Et si l’avenir, c’était travail ET retraite ?

Je reviens sur ce sujet crucial pour nous les femmes quinquas, la transition entre le travail et la retraite. Les mères que nous sommes souvent auront en moyenne une retraite très inférieure à celle de nos conjoints, ou ex-conjoint, alors que nous vivrons bien plus longtemps qu’eux. Les divorcées et les séparées sont particulièrement touchées par ce phénomène, notamment celles qui ont travaillé à temps partiel ou pris un congé parental.

D’une façon ou d’une autre, on voit bien que si on est dans ce cas, on va devoir repousser l’âge de la retraite. On se voit déjà épuisée et croulant sous la tâche, bossant sans plaisir 3 ou 5 ans de plus que les autres. Mais pourquoi miser tout cet effort sur quelques années, plutôt que de créer une transition de façon plus harmonieuse, sur 10 ou 15 ans, par exemple ?

Répartir un effort sur une longue période, en l’organisant sciemment et en le combinant à des loisirs, aux côtés d’autres séniors, peut être valorisant et même franchement épanouissant. C’est garder un pied dans le monde professionnel, exigeant et rémunérateur, et placer l’autre dans des loisirs, relaxants et stimulants… Travailler avec des gens plus jeunes, se détendre avec des personnes de notre génération.

Combiner le meilleur des deux mondes, en fait.

1- Moitié travail, moitié retraite

Le système est séduisant, à condition de le penser sereinement. Bien sur, tout le monde ne pourra pas le faire, tout le monde ne voudra pas. Mais si vous, cette transition vous tente, si vous ne voulez pas vous retrouver étiquetée « retraitée » ni vous sentir à la marge du progrès et de la marche de la société, mais si vous voulez aussi profiter du temps libre, rencontrer souvent vos amies et avoir du bon temps, pourquoi ne pas essayer ?

On pourrait inventer une autre façon de transitionner entre ces deux statuts qui ont l’air de se repousser l’un l’autre. L’argent est le plus souvent la première motivation pour travailler au delà des dead line traditionnelles, mais pas seulement : les années de vie en bonne santé s’accumulent, il va bien falloir les occuper. On risque bien de se lasser des semaines de voyages au loin, des heures de séries sur Netflix ou des dizaines de peintures à la gouache dont on ne sait plus quoi faire.

Cette double contrainte pourrait inciter de plus en plus de femmes à conserver un emploi, ou à créer le leur, selon leurs propres conditions. Oui, vous pourriez devenir auto-entrepreneure et développer une mini-activité à votre convenance.

Utiliser notre cerveau va forcément nous interpeller à un moment ou à autre (en tous cas pour moi, j’en suis absolument convaincue). Un système « hybride », comme le mentionne l’une d’entre vous. Les loisirs, le bénévolat, l’aide à la famille ou/et les voyages prendraient exactement la même importance que le travail, qui serait inclu dans « la recette », et non plus séparé. Et en plus, on gagnerait cet argent qui nous manque !

2- La retraite, ou les retraites ?

Si j’en crois le nombre de emails que j’ai reçu à la suite de mon premier article sur la retraite, il y a du pain sur la planche.

A l’évidence, le sujet vous concerne : pas seulement pour la partie financière, mais pour le mode de vie global qu’il induit, la remise en question radicale qu’il suppose, si on s’en tient au schéma conventionnel sur lequel notre génération s’est construite. La retraite d’aujourd’hui, elle nous coupe dans notre élan de femme. Elle tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

Plus j’y pense, plus je trouve ce terme inadéquat et restrictif. Il s’applique à des concepts carrément différents, presque antinomiques. Très clairement, on manque de vocabulaire, d’expressions, de définitions constructives pour caractériser cet ensemble de transformations privées et sociales.

En fait, il faudrait distinguer plusieurs états :

  • la retraite en tant que revenu – en l’occurrence passif et perpétuel,
  • la retraite en tant que statut – avec l’arrêt de l’activité professionnelle,
  • la retraite en tant qu’âge – par le démarrage de la vieillesse,
  • la retraite en tant qu’une somme d’occupations, autres que le travail.

Cette rupture étrange, presque artificielle, que l’on va vivre (j’allais écrire « subir »), aux alentours de nos 60 ans, j’ai très envie de la remettre dans un contexte plus large : celui qui commence à la ménopause et/ou au départ des enfants, jusqu’aux années où on a vraiment besoin de se retirer d’une vie sociale devenue pesante.

Donc grosso-modo entre 50-55 ans, à 75-80 ans.
Une vingtaine d’années, presqu’une génération entière ! J’en parle souvent, mais c’est incroyable l’impact que cette poche d’air pourrait avoir sur la société dans son ensemble. Je ne cesse de m’en réjouir, je ne cesse d’en parler autour de moi.

3- Une nouvelle étape de vie, riche et gratifiante

Cette période de la vie, c’est notre « ère miraculeuse ». Celle des Nouvelles Femmes. Je la vois comme l’étape « post famille-travail », très dense, de 25/30 à 50/55 ans. Qui elle-même succédait aux « premiers pas », une période essentiellement formatrice, de l’enfance à l’âge adulte.

J’ai bâti tout mon blog là-dessus. L’ère miraculeuse, ce sont ces années de renaissance, pragmatiques et fécondes, qui nous donnent l’opportunité de nous ouvrir au monde, d’accomplir des ambitions laissées de côté, de devenir des rôles-modèles. Elle est hélas interrompue par l’évènement « retraite », un symbole particulièrement important en France – qui sonne comme la libération d’années de servitude, si l’on en croit les médias toujours prêts à rebondir sur le pire.

Quel dommage de se focaliser dessus, et de tirer un trait sur de multiples possibilités sous prétexte que l’on a acquis son dû financier. Est-ce qu’on a travaillé plus de 40 ans uniquement pour se payer une retraite ? J’ai beaucoup de mal à le croire.

4- Des idées pour envisager la suite

Remettons-nous dans un déroulement de vie fluide… et non administratif. L’objectif est de conserver une activité professionnelle choisie et de la diminuer progressivement, au fur et à mesure du temps, de ses obligations et de son état de santé, chaque cas étant différent.

Mais c’est totalement utopique, ça n’existe quasiment jamais, allez-vous me répondre ! Mais si, en réalité beaucoup d’entre nous peuvent, et auraient intérêt, à réfléchir différemment. A consulter les agences de l’Apex ou de Pôle emploi pour les obliger à aller dans votre sens et à être créatives. La question est « qu’est-ce que je pourrais bien faire de rémunérateur et qui me conviendrait » ?

Une excellente solution serait évidemment de conserver votre poste et de diminuer progressivement la charge de travail. Mais vous pouvez aussi passer à autre chose : 

  • Pour les intellectuelles, pensez à l’aide aux devoirs, aux cours, à la rédaction web pour celles qui aiment écrire (vous m’en parlez souvent), aux traductions, à la correction.
  • Pour les relationnelles, le monde du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration recherche désespérément de bonnes âmes pour prêter main forte.
  • Les businesswomen pourraient se lancer dans le web marketing, en créant leur affaire ou en se lançant dans l’affiliation pour promouvoir un produit. Le travail digital est dans ce cas un atout car il est délocalisé.
  • Celles d’entre vous qui aiment s’occuper des autres pourraient garder des enfants, s’occuper de malades ou de personnes âgées, les centres de soin recrutent à tour de bras, à vous d’imposer vos conditions.
  • Les hyper-actives pourraient aussi postuler dans les chaines de distribution, alimentaires ou pas. J’ai noté que les salles de fitness sont en plein boom et ont une clientèle senior très demandeuse.
  • Toutes les spécialistes d’un sujet pointu gagneraient à faire du conseil ou du coaching, c’est à dire à utiliser leur savoir-faire pour guider les autres.

5- Organiser son temps pour cumuler effort et plaisir

A 55 ou 65 ans, il est l’heure de se concentrer sur un objectif, ou plusieurs : que veut-on réaliser, quelle empreinte voulons-nous laisser ?

On trouve dans notre ère miraculeuse une richesse d’activités, dosées à notre goût :

  • le travail productif et rémunéré (ou pas, selon les revenus que l’on possède),  
  • l’engagement au service du collectif, typiquement du bénévolat,
  • un réseau pour s’entre-aimer et pour s’entre-aider, intime, amical, familial, social,
  • l’apprentissage technologique (indispensable une fois qu’on quitte un travail), 
  • la stimulation intellectuelle, par les livres, les langues, les cours,
  • la transmission de connaissances, savoir-faire et savoir-être,
  • des loisirs tels que sports, voyages, arts, culture, maison, jardin, etc.
  • la relaxation, soins du corps et… « ne rien faire ». 

Il n’y a pas de date couperet, dans cette ère-là.
Il y a une évolution juste, logique, celle que l’on peut se permettre, car on en a les moyens physiques, intellectuels et financiers.
Et si on ne les a pas, on les trouve.

6- Le travail bien choisi est aussi une source de bonheur

Le travail, salarié ou pas, apporte beaucoup plus que des rentrées d’argent.

Il apporte des challenges que nous devons résoudre, et c’est cela qui nous tient à flot.
Supprimer ces défis, ces problèmes et ces tracas, c’est se laisser engourdir un jour ou l’autre par la facilité, l’ennui ou la mélancolie. Le travail est une vraie source de joie quand on a des collègues que l’on apprécie, des missions valorisantes, des horaires qui nous plaisent.

Plutôt que de tout faire pour se débarrasser de son « devoir professionnel » en fonçant tête baissée jusqu’à l’obtention de sa pension de retraite complète, on pourrait l’étaler dans le temps, le recomposer, le distribuer différemment. Le rendre attractif, tout simplement.

C’est un vrai risque lorsqu’on quitte d’un jour à l’autre toute activité produisant ce qui est utile à la société – c’est à dire lorsqu’on passe définitivement à la retraite. On risque, oui, de se retrouver dépourvue de sens social, détachée d’une frénésie professionnelle, d’une routine structurante, d’une mission unique.

C’est vrai, certaines ont des professions dévalorisées, stressantes voire éprouvantes – évidemment que l’on veut protéger celles qui les occupaient ! Mais ne rien faire ensuite ne va pas les sauver, au contraire, le choc risque d’être rude. Passer d’une activité épuisante à pas d’activité du tout est forcément déstabilisant.

Le système de retraite progressive existe déjà, parions qu’il va se s’enrichir avec la réforme en cours. Encore une fois, l’emploi des séniors est crucial, surtout pour nous les femmes qui devons conserver les moyens de vivre au cours d’années de plus en plus nombreuses, grâce à notre système de santé performant. Notre intérêt est de nous organiser au mieux pour ne pas subir cette réforme, mais en profiter.

7- Mettre en oeuvre ce qui l’on n’a pas pu faire avant

Et pour toutes celles qui se trouvent « dégoutées » de leur job et de ses injustices, faut-il tout arrêter ? Ou bien trouver précisément ce qui nous manquait dans la nature du travail ? On pourrait se reconvertir en quelque sorte… juste au moment où l’on prend sa retraite.

Pourquoi ne pas tenter de réussir ce que l’on a raté ?
Pourquoi ne pas essayer de réaliser ce qui nous a manqué ?
Poursuivre plus tranquillement, changer de rythme, mais sans s’arrêter ?
Oui, même à 59 ans ?

Si on n’avait pas cette assurance de revenu à vie, on le ferait, d’une façon ou d’une autre.
Alors agissons comme si nous n’avions pas de pension mensuelle, ni de pression de notre conjoint pour arrêter de travailler. (Mais quelle injustice : on a « payé » pendant que l’on travaillait, en gagnant moins que les hommes et en étant davantage à l’écart… et maintenant on va « payer » encore plus, jusqu’à la fin de nos jours !).

Allez, courage mes amies ! On n’a qu’une vie ! Donnons le meilleur de nous-même – rien n’est plus satisfaisant.
Le jour viendra bien assez tôt où l’on ne pourra plus…

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Et vous, comment allez vous organiser votre transition travail-retraite ?

Racontez-nous votre expérience pour que chacun puisse s’enrichir de vos idées !


    4 replies to "Créons une vraie transition travail-retraite"

    • Anne

      ah oui la Retraite grand sujet du moment !!! qui cristallise tant de schémas et d’idées préconçues. Merci pour cette réflexion du week-end et ce que vous dites sur ce thème. pour ma part ce sont « les autres  » qui me rappellent que je suis dans cet âge de bientôt seniors …. avancés, c’est certain mes collègues on l’âge de mes enfants et on ne fonctionne pas pareil . Par obligations familiales et personnelles je suis rentrée tardivement dans cette course boulot (contractualisée paye) car je travaillais déjà… alors comme beaucoup d’entre nous je suis pénalisée, par un calcul d’une retraite misérable !!! je me sens peu concernée donc par ce yoyo du plus 1 ans 2 ans 3 ans . ce que je vois c’est que le jour où j’arrêterai je perds 75% de revenu et d’indépendance acquise à marche forcée ou je me suis épanouie. Alors ce n’est pas une perspective qui m’enchante à quelque niveau que ce soit (hors le fait davoir plus de temps pour les miens) , j’aime ce que je fais pour la valeur qu’il apporte à autrui, jai l energie, alors pour le moment je passe mon tour et pense au présent .Merci Véronique

      • Véronique

        Merci Anne pour ce témoignage bien représentatif de ce que nous vivons ou avons vécu ! Quelle société inégale dans laquelle notre génération évolue. On s’est battue pendant que l’on travaillait… et désormais on devra se battre quand on ne travaillera plus. Mais c’est l’occasion d’inventer de nouvelles façons de faire, accrochons-nous !

    • Cathelle

      Bonjour Véronique,

      A la retraite depuis quelques mois seulement et à très bientôt 65 ans, je me permets enfin de vivre à mon rythme : un rythme lent, un rythme de paresseuse, un rythme que j’ai dû mettre de côté pendant les 45 ans de ma vie de mère de famille nombreuse (5 enfants) et les 18 dernières années de ma vie professionnelle (assistante familiale, autrement dit famille d’accueil, j’ai notamment accueilli 2 bébés l’année de mes 60 ans alors que j’avais déjà 2 ados placés à la maison ! Ces 2 bébés ont été adoptés 3 ans plus tard et les ados sont restés chez nous encore près de 2 ans).

      Du coup moi cette retraite, même si je ne l’attendais pas spécialement puisque j’aurais pu encore travailler 4 ans de plus, je la savoure chaque jour !

      Je me fais violence de temps en temps pour voir du monde et quitter ma maison, essentiellement pour que mon mari hyper actif ne soit pas cantonné au ménage et au jardin ;). J’exagère un peu, mais très peu…
      Pour autant je ne me sens pas vieille, ni inutile. Juste à ma place, place que j’ai gagnée et méritée, et même s’il est un peu difficile de s’adapter à un budget serré (comme au bon vieux temps de nos débuts), pour l’instant je n’imagine absolument pas reprendre une activité.

      J’imagine que peu de femmes approuveraient mon état d’esprit, mais je le revendique !

      • Véronique

        Au contraire, des tas de femmes approuveraient cet état d’esprit, Cathy. Quand on a tout donné, et sur une très longue période, on a forcément besoin d’un super break. Pour vous qui avez été très entourée (une mère professionnelle) et qui êtes dotée d’un mari hyperactif, le calme doit être savoureux. Ne vous isolez pas trop longtemps, ça serait dommage. Vous vous « faites violence pour voir et du monde et quitter la maison », c’est donc que vous n’êtes pas du tout encore prête. Mais j’espère pour vous que cela viendra, vous êtes une femme faite pour les relations inter-personnelles, à l’évidence, ne restez pas trop longtemps sans contact avec autrui, d’une façon ou d’une autre…

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