Trouver et devenir une référence pour les autres après 50 ans

On évoque souvent l’importance des rôles-modèles chez les enfants. Il s’agit de personnes qui les inspirent et les incitent à choisir un comportement exigeant, souvent dans les normes (des parents, de l’école, du pays, etc.). On veut faire en sorte qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Le rôle-modèle, c’est celui dont on sait instinctivement que l’on peut tendre vers son talent, voire son génie. Qu’il va nous aider à nous dépasser, à surmonter nos frustrations et accomplir plus que ce que l’on ne croyait pas pouvoir faire.

Il me semble que contrairement à ce qu’on admet en général, plus en vieillit, plus on a besoin de ces références qui nous aident à nous positionner dans la vie. Qu’en est-il des femmes dans la cinquantaine ou la soixantaine ? Il s’agit d’années cruciales, quand la vie est déjà bien avancée mais au cours desquelles l’on va pouvoir se montrer en exemple chez des plus jeunes.

Influencer, encourager, motiver… nous aussi, on peut le faire !

Le concept de rôle-modèle a été largement utilisé dans le milieu féministe pour encourager l’égalité des femmes aux hommes dans le milieu professionnel. Ça n’est pas l’angle que j’ai retenu dans cet article : c’est le côté personnel, identitaire qui m’intéresse ici.

1- S’identifier à autrui aide à n’importe quel âge

Je me souviens d’une anecdote lorsque j’étais interne au lycée. Un jour, j’étais dehors dans la cour et j’ai vu passé une femme plus âgée (peut-être 20 à 25 ans de plus que moi à l’époque, donc autour de quarante ans, bien que très différente de ma mère). Il y a quelque chose chez elle qui m’a plu et j’y repense régulièrement.

A l’époque, je n’aimais pas comment se présentaient les femmes d’une génération de plus, mes tantes, voisines, vedettes, etc. Il s’agissait d’une brune aux cheveux courts (comme moi), souple et bien habillée (selon mes critères, en fait elle était juste en pantalon). Elle ne ressemblait pas aux femmes de mon entourage, et pourtant je suis certaine qu’elle était française. Quelque chose dans son style m’avait frappée : une aisance, l’absence de gêne à se retrouver parmi nous, adolescentes instables et mal fagotées, enfermées dans la cour de récré et rongées par l’ennui.

C’était la première fois que je voyais quelqu’un à qui j’aurais voulu ressembler « plus tard », physiquement.

L’existence de rôles-modèles, de référence, est cruciale dans la vie. Ne pas avoir quiconque à qui ressembler nous laisse seule et désorientée. Sans repère et sans trace. Le rôle-modèle est notre héros/héroïne. Il/elle apporte de la motivation, de l’émulation, l’envie de poursuivre, le désir de progresser et de se dépasser.

  • Quand on est enfant, beaucoup de filles rêvent de faire/d’être comme tata Isabelle, Padmé Amidala ou Taylor Swift : elles s’identifient aux « autruis » qui les impressionnent. 
  • Ensuite on vieillit, on devient ado, et on passe souvent par une phase d’aversion, où on ne veut absolument pas ressembler à telle personne ou tel groupe. Inversement, une adoration soudaine pour un/une rebelle se déclenche selon l’opportunité. On se développe par à-coups.
  • Adulte, typiquement, on déchante : ces gens qui s’affichent ne sont pas si sincères que ça, il y a de l’arnaque dans l’air, ou tout au moins de l’exagération. On a compris les principes du marketing et on réalise qu’ils s’appliquent très bien aux humains, qui savent montrer ce qui est enviable et cacher le reste. On devient un peu blasé… Identifier des références « nobles » aide beaucoup à croire à son futur.
  • Plus on prend de l’âge, plus il est important, à mes yeux, de conserver des modèles qui vieillissent bien, qui réussissent leur vie comme on le voudrait nous-mêmes, qui s’accomplissent et s’épanouissent jusqu’à la fin.

2- Un rôle-modèle permet d’être performant plus rapidement

Ce qui importe, c’est d’identifier pourquoi et comment on aime ou on n’aime pas ce type de personnes. Qu’est-ce qu’on trouve fondamental dans ces vêtements, dans cette coiffure, dans cette attitude, dans ces valeurs, dans cette rage de vaincre ou de se différencier. Qu’est-ce qui nous rebute dans tel métier, tel choix de vie.

Les modèles nous guident et nous façonnent, c’est pourquoi on fabrique des patrons lorsque l’on taille des vêtements avant de les coudre, ou des moules pour la sculpture que l’on est en train de couler. On les construit selon un cadre structurant, une série de choix qui nous fera trancher net entre ce qui appartient à notre création et ce qui n’y appartient pas. 

Tout ce qu’on a choisi fait partie de nous, mais tout ce qu’on a rejeté en dit autant. Percevoir ces choix, ces attirances, ces dégouts est extrêmement structurant. Ne pas percevoir ces archétypes autour de nous donne une impression d’isolement, de manque de structure ou de ratage. 

C’est déprimant d’être tout seul, on a forcément l’impression que c’est sa faute. D’où l’intérêt de sortir de son univers quand on déprime, d’aller voir ailleurs comment font les autres, s’il n’y aurait pas d’autres façons de faire qui nous conviendrait davantage. Qui nous conviendrait, tout court.

Ceux qui pensent qu’il est inutile de quitter notre univers ont, eux, trouvé tous les modèles dont ils rêvaient, ou au minimum s’en satisfont. Mais si vous n’en avez pas, il faut aller voir ailleurs, les chercher, les trouver et assembler en vous ces différentes qualités que vous aimeriez possédez, qui vous inspirent, qui vous donnent du plaisir à vivre. 

Un rôle-modèle permet d’être plus performant, plus rapidement, c’est comme un tuteur privé… qui ne sait probablement pas que vous aspirez une partie de son aura, littéralement, pour vous construire vous-même.

3- Le principe : devenir soi-même en s’inspirant des autres

Quand on a réussi à devenir ce qu’on admire chez les autres, même s’il ne s’agit que d’un minuscule trait de caractère, un geste, on le porte avec fierté, comme un étendard, et ce drapeau sera visible par les plus jeunes que vous. La confiance que vous avez acquise est proéminente et donc repérable.  Vous devenez vous-même une référence, sans avoir besoin d’être une star de série-télé ni une cheffe de grande entreprise : vous l’êtes par votre assurance, par votre charisme, par votre sentiment d’assumer votre vie, vos réussites et vos erreurs, vos interrogations. 

Vous délivrez une image claire et lisible, sans confusion sous-jacente, et vous vous percevez de même. Jusque-là, l’image de vous-même et celle perçue par autrui ont pu être bancales, floues, voire franchement décalées, antinomiques. Plus vieille, on devient aussi plus entière, peut-être plus intègre, plus accomplie… enfin, c’est l’objectif, non ?

Je demande souvent aux jeunes qui n’arrivent pas à définir ce qu’ils veulent de la vie, ce qu’ils aiment chez un autre et qu’eux n’ont pas. C’est parfois plus facile de parler des autres que de soi. Mais les ados ne sont pas les seuls à manquer de repères. 

A chaque fois que l’on franchit un cycle de vie, on cherche un ou des nouveaux modèles. Après la jeunesse formative (l’exploration de l’enfance et les études) puis l’âge adulte productif (la construction de la famille et le travail) on entre dans une nouvelle phase. 

Appelons-la maturité ou intégration, en tous les cas c’est l’époque où l’on sait, d’expérience, de quoi on est capable, si on peut encore surprendre, ce qui nous manque. Les quinquas que vous êtes débutent typiquement ce dernier stade de leur vie, le stade de l’achèvement, lorsque les enfants quittent leur foyer. Et là il y a un déclic qui se passe : on n’est plus dans l’apprentissage, ni même dans la construction. C’est le moment de faire le compte de nos acquis : on est dans la récolte. 

Alors, qu’a-t-on semé ? Souvent, on ne le sait pas très bien. On a accumulé des journées de vie qui nous semblent les mêmes les unes que les autres. Pourtant elles ne sont pas celles des autres, elles n’appartiennent qu’à nous. Il est donc important de définir ce qui nous distingue : qu’est-ce qu’on a fait qui nous est propre ? Quels traits de personnalité avons-nous définitivement ancrés dans notre quotidien ? 

Faire le compte de ce que l’on est devenue et de ce que l’on a accompli, c’est passionnant au cours de la cinquantaine, car on va pouvoir les mettre en pratique efficacement. Peut-être moins rapidement que pendant notre jeunesse, sans doute plus prudemment, mais certainement plus directement : on ne va plus s’encombrer d’illusions, chercher à être ce que l’on n’est pas, édulcorer ou occulter le passé. La franchise, la volonté d’affirmation et la qualité de notre expression vont se dessiner puis prendre une place énorme : elles vont devenir indispensables, elles vont nous définir.

4- Trouvez votre authenticité en regardant autour de vous

Ce que l’on cherche, c’est une articulation, une sorte de vérité, un style, qui ressortent de notre parcours de vie. Ce sont précisément ces tendances inhérentes à nous-mêmes que l’on va promouvoir grâce à de nouveaux modèles. Il s’agit de s’affiner, de se raffiner, de se perfectionner, d’aller dans les détails de ce schéma encore grossier que l’on a sous les yeux.

Pour cela, il faut travailler tout simplement à l’embellissement de notre vie – maintenant qu’elle est riche et bien en place. On ne cherche pas à devenir quelqu’un d’autre, mais à optimiser ce que l’on est déjà. Ouvrons les yeux sur l’extérieur : qui possède cette posture qui donne cette allure folle ? qui s’habille avec un goût qui me touche particulièrement ? qui a obtenu cette certification qui transformerait ma carrière professionnelle ? qui a réussi à changer de ville comme j’en rêve ?

Ouvrons les yeux et de tâchons de :

  • Trouver des modèles et les observer finement, 
  • Détecter leur logique, ce qui fait la différence entre le hasard et la méthode,
  • Travailler sur les petites choses élémentaires plutôt que sur les grandes différences écrasantes, 
  • Être précis, pour passer à l’acte rapidement sur un trait circonscrit.

J’ai toujours aimé l’idée que le progrès provient autant de ce qu’on accomplit à l’intérieur qu’à l’extérieur de soi. On peut obtenir plus de charisme en réussissant à augmenter son salaire, autant qu’en changeant sa façon de marcher. Les deux fonctionnent, car les deux demandent du travail et de la ténacité. Les deux transforment.

Souvent, c’est la combinaison d’une évolution interne et d’un changement externe qui produit le plus d’effets. On savoure les bénéfices de ses efforts au travail… et on travaille mieux car on adopte la démarche d’un professionnel. L’enclenchement d’un cercle vertueux, c’est la juste dose de satisfaction intime combinée à une gestuelle, une technique, bien maitrisée.

Le tout est de détecter ces petites touches qui auront le plus grand effet sur notre vie. Je pense qu’on le perçoit instinctivement, en observant attentivement chez les autres ce que l’on sent intimement qu’il nous manque. Pour cela il faut s’affranchir de l’envie et de la jalousie, de la critique et du dénigrement, de l’adoration et de l’idolâtrie. Il faut regarder précisément « ce que fait » ou « ce qu’est » l’autre, de façon complètement neutre, sans émotion. Et c’est peut-être cela qui est le plus difficile.

5- Après 50 ans, il est temps de devenir un rôle-modèle

Ce qui nous amène à devenir nous-même des modèles. Les Américains en sont fanas : ils ont l’art de promouvoir des comportements publics exemplaires (encouragés dès la petite enfance) qui sont copiés par les autres.

D’où ma question : 

  • En quoi êtes-vous un rôle-modèle pour autrui ?
  • Qu’est-ce que vous maîtrisez naturellement que les autres cherchent à imiter ?
  • Comment faites-vous en sorte que l’autre puisse copier ce que vous avez si bien réussi ? 
  • Comment restez-vous humble, un simple relai de transmission de ce talent, pour aider autrui à grandir et à s’accomplir ?

Nous devons nous sentir modèle quelque part, pour quelqu’un, c’est quasiment une obligation morale liée à notre âge. Pouvoir transmettre, et pourquoi pas enseigner, ce que nous avons appris est un plaisir et une fierté. Il me semble que c’est une des plus belles satisfactions de cette vieillesse redoutée, que nous débutons après 50 ans. 

Devenir un guide, une référence, un instigateur, même pour la plus minuscule des attitudes ou des actions. Si elle compte dans la vie d’un autre mais qu’elle lui semble inaccessible, alors nous aurons fait beaucoup : nous aurons vraiment été utile en montrant l’exemple ! 

Les femmes quinquas et sextas me paraissent être la cible idéale de ce type de comportement. D’abord, puisque nous connaissons le pouvoir de l’éducation, que l’on a exercée au travers de nos enfants. Et puis nous allons, pour la plupart d’entre nous, vivre encore (très) longtemps. On a donc largement le temps de travailler à deux choses :

  • Ce que l’on veut apprendre soi-même, 
  • Ce que l’on veut montrer aux autres.

Se sentir invisible, n’est-ce pas avant tout se sentir dénuée de références et d’exemplarité ? Personne ne nous regarde car nous n’avons rien à montrer, ni rien à apprendre… 

Alors retroussons-nous les coudes et affichons-nous. 

Démontrons que l’élégance, le bonheur ou le succès sont bien plus beaux et bien plus solides lorsqu’ils sont profondément intégrés, assimilés. Lorsqu’ils sont le fruit des décennies d’expériences de vie.

Et lorsqu’on qu’ils sont partagés.

Il y a des années que j’ai vu passer cette « apparition » dans la cour de mon lycée. Je ne sais pas vraiment si j’ai acquis son aisance, sa souplesse, sa confiance en elle. Mais ces caractéristiques, portées comme un vêtement qui tombe merveilleusement bien, m’ont tirées vers l’avant, irrésistiblement. Sa qualité de rôle-modèle a été bien modeste, mais très marquante.

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Et vous, avez-vous manqué d’un modèle ? Etes-vous un modèle pour autrui ?

Parlez-nous de votre expérience dans les commentaires, plus importante que jamais sur ce sujet crucial.


    2 replies to "Avez-vous et êtes-vous un rôle-modèle ?"

    • Christine Bodineau

      Je pense que le mieux qu’on peut faire pour être inspirant à notre tour quand on vieillit, c’est d’être toujours en accord dans nos actes avec nos paroles et pensées, ne pas déroger à sa ligne de conduite ou rarement et d’une manière exceptionnelle, consciente et assumée, justifiée. C’est même un devoir d’ailleurs car ayant pris de l’âge, on a moins de risque à rester fidèle à nos idées au risque de déplaire, en général, on a plus confiance en nous que plus jeune et donc, on se fiche un peu de perdre du monde qui ne comprendrait pas nos positions, être réglo face à nos valeurs est plus important, si l’entourage ne comprend pas, tanpis mais ça quand on est jeune c’est naturellement dur à suivre alors les adultes bien matures que nous commençons à être se doivent de donner cette exemplarité 🙂

      • Véronique

        Merci Christine, oui, être fidèle à soi-même, de plus en plus et de mieux en mieux ! 50-60 ans, c’est l’âge où l’on s’assume. Et c’est plus facile quand les enfants sont partis et que ne se sent pas obligée par la société de respecter les codes de l’air du temps en vigueur.

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