Comment équilibrer l’éducation des enfants aux tâches ménagères

Les tâches domestiques constituent un sujet continuel de tracas dans un couple et une famille. Au point que la manière la plus simple de ne pas se fâcher, c’est de renoncer à imposer un partage, et de les faire nous-même.

La parentalité, autrement dit l’art et la manière d’être parent, n’accorde pas tant d’importance à ce sujet, et distingue sa partie noble, qui consiste à élever la fratrie dans la bienveillance, de la partie moins reluisante : apprendre à s’occuper de la maison.

Pourtant, vu les discussions continues sur la charge mentale des femmes et la position en apparence privilégiée des hommes, on devrait avoir depuis longtemps rééquilibré les forces. Et en particulier élevé de la même manière nos filles et nos garçons sur le terrain des tâches ménagères et de l’encadrement de la famille.

Mais souvent nous n’y arrivons pas, et ce faisant nous entretenons des habitudes inégalitaires. Je suis frappée de voir que les jeunes femmes d’une trentaine d’années, féministes “mainstream”, se heurtent à une forme de passivité de leurs conjoints quand il s’agit de s’occuper du foyer. Même avant d’avoir des enfants !

Elles endossent un rôle de ménagère de façon automatique (même si elles ne l’ont pas appris) et se le reprochent, tout en travaillant activement à construire leur carrière. Pourquoi cela, comment y remédier ?

1- La double vie des femmes, la simple vie des hommes

1- Argent ou temps : un choix très difficile

Difficile de se défaire des automatismes

L’inégalité des tâches domestiques fait l’objet d’un nombre incalculable d’études, sans que l’on ait jamais résolu le problème. J’ai la sensation tenace que les femmes se font souvent avoir sur ce terrain : elles veulent être les égales des hommes en terme de carrière, mais eux ne veulent pas être leurs égaux en terme de tâches ménagères.

Ou plus insidieusement, elles n’osent pas ne pas le faire. Elles se déclarent perdantes d’avance. Peut-être parce que :

  • il n’y a pas de glamour à entretenir son logement, donc autant le faire sans y penser,
  • elles en savent pas déléguer, ou ont peur de s’imposer,
  • elles ont vu leurs mères se plier à la contrainte du ménage sans discussion et les copient
  • ou au contraire leurs parents se fâchaient sans cesse sur la question, ce qu’elles veulent éviter.

Bref, elles capitulent trop vite.

Le confinement imposé pendant la pandémie de 2020 a remis à l’ordre du jour la disparité des situations, et l’implicite attente que l’on a envers les mères d’entretenir le foyer. Même si elles ont un travail à plein temps. Beaucoup de femmes ont eu la sensation d’un véritable retour en arrière, alors qu’elles étaient bloquées chez elles.

Difficile de ne pas se complaire dans les tâches ingrates

Car dès lors que l’on a un emploi et que l’on s’occupe des enfants, on devient doublement encerclée, dans le travail du soir (par sa famille) et dans le travail de jour (par son boss, ses clients, etc.). 

Toute la période de la vie où l’on cumule enfants et travail se manifeste par un ensemble de pulsions contradictoires, source de stress et de mal-être. Les marges de manoeuvre se réduisent à vue d’oeil. Du coup on vise rarement un maximum de responsabilités au travail, car notre conjoint a peu de chances de pouvoir prendre le relais à la maison (ce qu’on interprète comme un genre de fatalité).

Celles qui le font néanmoins et assument franchement leurs ambitions professionnelles géreront la culpabilité de ne pas être près de leurs enfants. Ce qu’elles jugent implicitement moins pénalisant que la dépendance financière et l’absence d’apport d’argent dans leur couple. Tandis que les hommes géreront la culpabilité de ne pas produire les revenus à l’extérieur, ce pour quoi ils ont été conditionnés dès le berceau.

Nous les femmes avons complètement intégré la nécessité d’exercer une activité professionnelle pour nous protéger matériellement en cas de séparation. 

Car beaucoup de celles qui nous ont précédées n’avaient pas pu prendre leur liberté lorsqu’elles l’auraient voulu, faute de ressources, et l’ont payé au prix fort.

2- Les valeurs masculines ont pris le dessus

Nous nous sommes donc imprégnées des valeurs des hommes, qui consistent à avoir un revenu pour assurer notre sécurité. Tout en étant conscientes de notre handicap initial : on fait des études comme eux (au cours desquelles on obtient de meilleurs résultats), puis on cherche du travail comme eux (pour lequel on perçoit un salaire inférieur). 

Nous avons patiemment fait notre travail d’apprentissage et sommes devenues capables : 

  • de remplacer notre conjoint en travaillant, ce que nous avons appris à l’école, 
  • tout en conduisant notre famille et notre ménage, ce que nous avons souvent appris sur le tas. Car les tâches domestiques s’apprennent un peu au hasard, la plupart de nos mères n’ayant pas eu le loisir de nous les enseigner, par manque de temps.

On remarquera au passage le tiraillement qui heurte nombre d’entre nous. La charge mentale, ressentie à la maison, se combine potentiellement au travail avec le syndrome de l’imposteur.

2- L’approche différente de la vie familiale selon les genres

1- Inégalités de tâches domestiques : est-ce la faute des pères ?

Les pères, par contre, se sont arrêtés à la première partie de l’équation. D’eux-mêmes, ils n’ont souvent pas cherché à se former pour s’occuper des enfants et de la maison. 

Il ne s’agit pas d’un acte de protection ni de sécurité dans leur esprit, mais d’une charge, d’un devoir, voire d’un plaisir dans le meilleur des cas. 

Ils se reposent automatiquement sur leur conjointe, de façon tout à fait naturelle, si j’ose dire. Connaissez-vous beaucoup de pères qui se sentent profondément tourmentés parce qu’ils ne font pas la cuisine ? Ou même parce qu’ils ne savent pas faire la cuisine ?

Ils appliquent aux tâches domestiques une méthodologie hyper simplifiée, qui consiste à effectuer le minimum indispensable, c’est à dire ce qui leur saute aux yeux. Le reste, il ne le voit pas. Ce qui a l’art de nous horripiler.

2- Les pères se dispersent moins que les mères

Il est frappant de constater qu’un homme qui doit s’occuper de ses enfants et de sa maison, car il est le seul adulte chez lui, suscite de nombreux regards attendris de la part des femmes qui sont dans le même cas. Elles savent bien combien il doit galérer pour gérer ça tout seul. Elles auraient presque envie de l’aider, le pauvre. 

L’inverse n’est pas vrai : un père de famille ne passe pas son temps à plaindre les mamans qui l’entourent… et il n’aurait jamais l’idée de les aider si elles ne lui demandaient pas explicitement. 

Nous les mères connaissons les deux parties du monde, le monde de l’entreprise et le monde familial ; les hommes vivent dans les deux, mais souvent n’en explorent qu’un seul. Leur connaissance de la vie humaine est d’une certaine façon plus superficielle, même s’ils sont capables de prouesses par ailleurs. 

3- L’indispensable formation des garçons à la vie du foyer

1- La difficulté d’échanger les rôles

Il n’y a pas que dans la sphère professionnelle que l’on a besoin de formation, d’émancipation et de promotion sociale. La vie domestique en manque terriblement. 

Tant que les hommes n’apprendront pas à cuisiner et à nettoyer la salle de bains (et surtout à anticiper ces activités d’eux-mêmes, de façon totalement autonome), les femmes n’obtiendront aucune reconnaissance supplémentaire pour la charge qu’elles supportent. 

Si elles choisissent de se concentrer sur leur seule famille, leur dépendance financière et le rapport à l’argent dans le couple ne changera pas. 

Leurs conjoints doivent d’abord réaliser qu’il leur manque quelque chose. Qu’il y a un autre monde à connaitre et que dans ce monde, la mère de leurs enfants a besoin d’aide. 

On connait toutes des cas de femmes et d’hommes qui utilisent savamment leur énergie et leurs ressources émotionnelles et intellectuelles pour réussir sur les deux plans. On les salue quand on les croise, car cela nous semble relever du tour de force. Cela prouve que c’est faisable. Mais la plupart ne savent pas vraiment s’y prendre. 

2- L’éducation, un mélange de clichés et de réalité

Les hommes, spécifiquement, n’envisagent pas devoir s’en préoccuper, même s’ils sont théoriquement et physiquement capables de le faire. 

Les mères apprennent malgré elles, les pères apprennent s’ils en ont envie. Étonnamment, il leur est encore assez facile de fermer les yeux et de se réfugier derrière leur travail « officiel ».

Pour cela, il n’y a qu’un remède : c’est aux deux parents de former leurs garçons aux tâches du foyer, et non plus aux seules mères de former leurs filles. 

Pourquoi est-ce que les femmes n’ont jamais réussi à transmettre cela à leurs garçons ? Abandonnent-elles trop tôt ? Est-ce que les pères s’y opposent ? Est-ce qu’elles-mêmes n’y mettent pas les moyens ?

L’éducation des petits est pleine de surprises, et de déceptions. Je me souviens d’avoir trouvé terriblement bizarre que les garçons s’intéressent spontanément aux voitures et aux avions et que les filles préfèrent les animaux ou les robes de princesses. 

Il y a toujours autour de moi une amie pour me dire que c’est faux, que tout cela, c’est du conditionnement social. Mais franchement j’ai du mal à y croire. Car quand un garçon passe son temps avec ses poupées, ou qu’une fille ne joue qu’avec des garages, rares sont les parents qui laissent faire, sans les inciter à s’intéresser aussi aux jouets de leur genre.

Est-ce qu’on se laisse envahir par des clichés ? Et si ce sont des réactions typiquement culturelles, a-t-on intérêt à aller contre la culture ? Pourquoi at-on peur de laisser les enfants faire ce qu’ils aiment, ce qui les attire naturellement ?

4- L’immense désir féminin de progresser

1- On attend plus des filles que des garçons

1- Les femmes rattrapent leur retard à toute vitesse

Pendant l’enfance, l’approche du monde extérieur est différente, en tous les cas on la perçoit comme étant ainsi : plus affective pour les unes et plus logique pour les autres. Mais lorsque l’on devient adulte, la société considère que nous les femmes devons être capables de remplir le même rôle que les hommes, et donc d’avoir intégré la dimension rationnelle. C’est ce qu’on apprend à l’école. 

Les résultats sont ambivalents : les filles ont de meilleures notes que les garçons pendant la scolarité quotidienne, mais elles stressent au cours des examens et perdent plus souvent leurs moyens. Au final, elles ont plus de connaissances et moins de récompenses, mais elles progressent irrésistiblement.

2- Mais elles n’imposent pas encore leurs méthodes

Plus tard, au travail, elles seront les candidates idéales dans l’enseignement, le secteur social, la communication ou les ressources humaines. Des métiers de liens, en apparence moins décisionnels, où la grille de salaires ne risque pas de faire de l’ombre à celle de leurs techniciens, cadres et ingénieurs de maris. 

Combien compte-on d’infirmières épousant un médecin, par rapport au nombre de femmes-médecins épousant un infirmier ?

Et elles peuvent être de nouveau pénalisées par le système promotionnel à l’intérieur de l’entreprise, qui se base sur des ratios et des objectifs chiffrés, et non pas sur une approche holistique et un bien-être perçu.

On estime qu’il faut toujours apporter une preuve par les chiffres. Comme s’il n’y avait pas d’autres moyens de tester les résultats d’un processus ! C’est la même dynamique qui joue pour l’argent : on le compte… donc il existe, donc il est une référence facile à intégrer quand il s’agit de valeurs.

2- C’est au tour des hommes d’apprendre plus

Mais les femmes sont des élèves soucieuses de bien faire, et elles apprennent à utiliser les méthodes statistiques qui leur permettent de se comparer à leurs confrères. Par contre, eux découvrent la lune quand ils doivent intégrer « la dimension émotionnelle » dans leur travail, à coup de stages de développement personnel et de séances de coaching. 

Cette féminisation des méthodes de management est un phénomène à suivre attentivement. Mènera-t-elle un jour les hommes à rattraper leur retard et à assurer sur tout, techniques et personnes, avec un sens plus large et plus subtil des responsabilités, comme le font leurs conjointes ? 

Si cela se produisait, on peut parier qu’ils s’emploieraient énergiquement à diminuer la charge mentale qui leur tomberait fatalement dessus ! Ce qui au final devrait alléger la pression sur tout le monde. 

5- La formation des filles et garçons en question

1- Les tâches domestiques étant ingrates, on ne les enseigne plus

Si nous travaillons avec nos garçons pour les éduquer à la vie privée, alors on peut penser que dans une seule génération on atteindra ce stade de complémentarité. La clé pour obtenir cet équilibre, c’est de former mieux, autant les garçons que les filles, pour être efficace à la maison autant qu’à l’extérieur. On a d’ailleurs prouvé que les filles dont les pères s’occupent activement de la maison sont plus ambitieuses une fois adultes.

Les deux doivent apprendre concrètement (c’est à dire prendre des cours) à s’occuper de leur foyer (et des tâches domestiques) comme de leur carrière, et à ne pas associer strictement réussite et emploi. 

Depuis que les classes sont mixtes, l’éducation nationale ne travaille pas du tout sur l’aspect domestique : elle compte depuis belle lurette sur les mères pour le faire. L’enseignement se consacre donc strictement à la vie culturelle, économique et sociale. 

Mais comme désormais la majorité des femmes travaillent, et que les hommes ne se sentent pas concernés, la transmission des techniques et des codes domestiques et éducatifs s’est interrompue, ou tout au moins fortement ralentie. 

2- L’évolution sociale va changer le mode de fonctionnement du couple

Personne n’apprend plus la cuisine, le ménage, le budget, les principes éducatifs, etc. C’est d’ailleurs un énorme marché qui s’est développé sur le web, avec des milliers de sites dédiés à ces aspects.

Il est temps d’y remédier, de réaliser que tenir un foyer et élever ses enfants nécessitent un savoir et donc un apprentissage, qui, lorsqu’ils font défaut, peuvent détruire un noyau familial. 

Cela aiderait à construire une société plus juste, qui ne repose pas uniquement sur des considérations financières supposées nous libérer, nous les femmes. 

Les grandes évolutions sociales, comme l’envie de consommer moins, de ralentir son rythme de vie et de limiter son impact sur l’environnement, pourraient accélérer cette tendance de repli sur le foyer et de partage plus équitable des rôles de chacun.

3- Attention aux stades de la vie où il est tentant de copier le passé

Mais n’oublions pas qu’une fois qu’ils ont grandit, et même si on pense leur avoir enseigné le b.a.-ba de la réalisation et de leur répartition des tâches domestiques, les jeunes adultes doivent faire un autre effort : celui de ne pas succomber au partage traditionnel des rôles lorsqu’ils entrent en ménage.

Ils devront se concerter avant, exactement comme lorsqu’ils ont effectué leurs premières colocations d’étudiants. Car s’imposer une neutralité de comportement n’est pas si facile, quand on est amoureux…

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Et vous, comment avez-vous enseigné les tâches domestiques à vos enfants ?

Vous avez l’impression de leur avoir enseigné la même chose, mais une fois adultes, ils sont revenus à des modèles traditionnels ? Partagez votre expérience, ou écrivez-moi directement pour me faire part de vos préoccupations sur le sujet.


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