2ème partie : Les enjeux de pouvoir pour les mères concernant l’argent familial

Considérer et gérer les finances du couple, est-ce une activité qui est encore généralisée ? Oui, essentiellement par les femmes. Même si dans les faits chacun gagne son propre revenu, et éventuellement en met une partie dans un pot commun pour le foyer. Sans enfant, de nombreux couples s’en tiennent à des comptes entièrement séparés, où ils s’avancent et se remboursent des dépenses si nécessaire. En famille, les femmes gèrent leur compte en banque… et celui de leur conjoint.

Ce qui frappe dans les discussions concernant l’argent et les revenus chez les hommes et chez les femmes, c’est l’importance qu’il a dans la vie d’un couple et l’ambiguïté supplémentaire qu’il prend chez les femmes. Car si elles sont très attentives au budget à la maison, ayant souvent la main sur les dépenses du quotidien, les mères n’ont jamais réussi à prendre ce pouvoir financier sur le lieu de travail.

Mais petit à petit les pratiques évoluent. Une nouvelle catégorie de dépenses monte en importance concernant l’argent que les femmes gagnent elles-mêmes : le développement personnel. Il s’agit en particulier d’acquérir les outils qui permettent de se sentir mieux dans sa peau et plus ajustée et plus forte dans son rôle de mère, de conjointe, de collègue ou d’entrepreneure.

1- Finances dans le couple : les perspectives de chacun restent différentes

1- Pour les pères, la tradition se poursuit

Pour les hommes, il est logique de consacrer son temps à gagner sa vie, c’est un but en soi, pour lequel ils sont éduqués. Ils y mettent une valeur considérable, c’est leur mission première et principale. Si au sein d’une famille, on voit les pères prendre en charge davantage de tâches domestiques, et en premier lieu le suivi scolaire des enfants, cela reste secondaire par rapport à l’activité professionnelle.

Traditionnellement ils tiraient les ficelles familiales, avec plus ou moins de subtilité. L’objectif était de faire en sorte que leur conjointe leur obéisse en leur “donnant” une partie des revenus chaque mois, pour qu’elles gèrent le foyer et s’occupent d’elles-mêmes. Tandis qu’eux plaçaient le reste selon leur bon vouloir.

Ce système a conservé de fortes racines, puisque les hommes continuent de dépenser occasionnellement mais pour de gros achats (voiture, etc.), tandis que les femmes utilisent quotidiennement de petites sommes pour les multiples besoins de la vie domestique.

2- Mais pour les mères, vie professionnelle et domestique s’additionnent

Pour les femmes, consacrer tout leur temps à gagner leur vie et celle de leur famille, c’est réduire le champ d’expérience de la vie. Elles ont du mal à se voir uniquement en pourvoyeuses économiques. Je suis toujours frappée de la culpabilité de celles qui s’occupent de nourrir financièrement leur famille. Les hommes, eux, ne culpabilisent pas.

En réduisant l’équilibre du couple à l’apport financier, les femmes se font évidemment avoir. Car même si elles accèdent à un travail qui leur convient et qui est très rémunérateur, elles conservent, consciemment ou pas, la volonté et/ou la charge de gérer le foyer (enfants, maison, etc.). Étonnamment, il est rare de voir des femmes en France déléguer entièrement la vie du foyer à leurs hommes, si elles sont en couple.

Autant les hommes ont du mal à abandonner leur pouvoir en termes monétaires (même s’ils affirment le contraire), autant elles ont du mal à abandonner le leur sur le plan domestique (même si elles voudraient le contraire).

2- Mesurer le travail + les finances dans le couple

1- Mesurer l’argent, est-ce souhaitable ou pas ?

L’avantage de l’argent est qu’il est mesurable, et que l’on peut quantifier très vite le pouvoir qu’il apporte. D’où l’intérêt pour les femmes d’en gagner (en plus de la reconnaissance sociale et de l’expression de ses capacités propres). Multiplier les comptes bancaires individuels devient :

  • Rassurant en théorie (puisque chacun perçoit et maitrise son autonomie),
  • Angoissant en pratique (puisqu’une mère ne cesse de visualiser qu’elle gagne moins que son conjoint, tout en travaillant largement autant).

Mais calculer scrupuleusement les apports d’argent de part et d’autre, c’est lui donner énormément d’importance… et diminuer d’autres éléments constitutifs d’une famille, moins facilement mesurables : le temps et l’attention, par exemple, qui auront un impact sur le futur des enfants (ou du couple lui-même !) aussi marquant que la hauteur du compte en banque. La richesse n’empêche pas le divorce, ni les déchirements familiaux. Et la pauvreté peut aussi renforcer les liens et obliger à se serrer les coudes.

2- Accepter l’imperfection des tâches familiales

J’ai souvent observé que les femmes n’ont pas confiance dans leur conjoint pour s’occuper de la maison, même si elles rêvent qu’ils le fassent. Elles ont beaucoup de mal à leur laisser la main complètement libre sur ce plan, à les laisser faire selon leur bon vouloir. Elles peuvent avoir littéralement l’impression de confier leur famille à un incompétent, qui va négliger les détails qui ont toute leur importance, selon elles.

Ce point est criant quand on parle aux femmes qui ont apporté la majorité des revenus dans une famille. Rien n’est assez parfait. La pression qu’elle mettent sur leurs propres épaules est surprenante, tout autant que la réserve qu’elles ont vis à vis des capacités domestiques de leur conjoint.

Eux ont appris à partir au boulot l’esprit tranquille, ou préoccupé par d’autres tâches que celles du foyer. Ce qui n’est pas le cas des mères, qui cumulent “volontiers” les soucis professionnels et privés, sans savoir renoncer à aucun d’entre eux.

3- Savoir fermer les yeux quand son conjoint est peu performant

Elles n’arrivent pas à fermer les yeux quand elles rentrent chez elles, à ne pas voir la maison mal rangée, le diner trop cuit, les enfants indisciplinées, etc. Leur niveau d’exigence les pousse à tout faire, et à être déçues si elles délèguent, y compris à leur conjoint.

Je me suis souvent posé la question suivante :

  • Est-ce que les mères choisissent de porter la pression sur leurs épaules (parce qu’elles pensent être plus qualifiées, ou qu’elles sont plus méfiantes),
  • Ou est-ce qu’elles ne savent pas comment ne pas le faire (parce qu’elles ont été conditionnées et éduquées pour ça, ou pour répondre à un besoin viscéral de protection, impossible à réprimer) ?

Dans le premier cas, les techniques d’organisation aident à s’en sortir (ou tout du moins à gérer le nombre de tâches à mener de front). Dans le deuxième cas, les techniques de lâcher-prise et de recul volontaire sont privilégiées… mais il me semble qu’elles cachent autre chose :

4 – L’équilibre revenu/tâches est-il insoluble ?

1- Les hommes ont une mission, les femmes plusieurs

Observons les hommes. Ils possèdent l’art et la manière de ne pas se mêler de “ce qui ne les regardent pas” quand c’est nécessaire… Non pas simplement se mettre en retrait, mais ne pas le voir, ni y penser.

Au point où leurs conjointes s’imaginent qu’ils sont indifférents. Négligents. Egoïstes. Plutôt que de s’obliger à ne pas “micro-manager” leur foyer, elles se persuadent que leurs conjoints ne peuvent pas apprendre, ne veulent pas apprendre.

Elles ne voient que ça, cette différence criante entre leurs attentes et celles de leur conjoint, qu’elles estiment être en leur défaveur. Elles se convainquent qu’elles se font avoir par les hommes, qu’elles ont failli sur leur devoir de mère, que le monde du travail est contre elles. Et qu’au final elles se font berner sur tous les fronts, en particulier concernant les finances : couple, travail et famille.

C’est la somme des attentes qui est fondamentalement différente chez les uns et chez les autres. Pour les hommes, l’objectif reste à la fois clair et unique ; pour les femmes, plusieurs objectifs se télescopent.

2- Finances dans le couple : comment dépenser de façon équitable ?

D’autre part, elles s’interrogent continuellement sur la part qui va au couple et la part qu’elles gardent pour elles. Eux ont l’habitude, d’une certaine façon, de rapporter de l’argent pour un groupe, leur famille. Leur approche est professionnelle avant tout, la profession sert ensuite à la famille. Pour les femmes, c’est la famille qui cache la profession.

On les sent écartelées entre la nécessité de s’occuper des enfants, de la famille et du foyer, et celle de gagner leur vie. Elles multiplient leurs exigences par deux. Par souci d’égalité et d’indépendance, pour s’épanouir socialement, intellectuellement, prouver qu’elles le peuvent tout comme les hommes, pour dépenser ce qu’elles veulent, pour leur retraite, etc. Elles cumulent les raisons de se distinguer, et en même temps les raisons de s’en inquiéter.

Finalement le couple peut avoir du mal à savoir que faire de ces deux revenus et comment les attribuer : à une entité commune, ou à trois entités (chaque parent plus la famille). La confiance ne règne pas dès lors qu’il s’agit d’argent !

3- Méfiance et pouvoir se heurtent du côté des mères

1- Prenez conscience de votre attitude méfiante

D’abord, les femmes s’attendent à être moins bien traitées en tant que salariées, sur le plan des responsabilités, de la reconnaissance, de l’évolution carriérale et de la paye. Cela les met dans un état de méfiance sous-jacent : à tort ou à raison, elles se croient dans une situation de compétition qui leur est défavorable.

Ce déséquilibre est largement entretenu par les médias et le discours féministe mainstream, qui cherchent à débusquer les inégalités et à les exposer publiquement, pour que les femmes les empoignent et s’en débarrassent.

Mais s’en tenir à la dénonciation ne les incite pas toujours à agir. Il est facile de se sentir écrasée par l’agencement sociétal complexe de ce système… et de renoncer à y prendre part :

  • En décidant de ne pas avoir d’enfant, par exemple,
  • En adoptant l’attitude impitoyable d’une “battante”,
  • Ou encore en acceptant d’avance la défaite, sans chercher à progresser professionnellement même si elles en ont les capacités,
  • Voire en sabotant leurs chances, à l’aide d’un malheureux mélange de panique et d’erreurs idiotes.

Pourtant, dans la réalité, beaucoup de femmes savent s’imposer. Avec un revenu, ou sans. La reconnaissance publique de l’égalité est loin d’être achevée, mais individuellement certaines prennent l’initiative d’assumer leur puissance sans l’étaler au grand jour, ni en faire un outil de lutte explicite.

D’ailleurs elles l’ont toujours fait : le pouvoir féminin ne date pas d’hier, c’est plutôt sa verbalisation et son authentification qui deviennent pressantes à l’échelle de la société.

2- Prenez conscience de votre besoin de pouvoir

Il est important de prendre conscience de notre besoin, parfaitement légitime, de pouvoir. Et que celui-ci peut être mis en oeuvre au travail (ce qui reste rare, même si l’on bosse beaucoup) ou se manifester ailleurs. Et donc typiquement, à la maison.

Si on ne s’en rend pas compte, si on n’exprime pas consciemment son désir naturel de puissance et de pouvoir de décision, si on ne le partage pas explicitement avec son conjoint et ses collègues, on risque de le manifester de façon indirecte, insidieuse, compliquée – j’allais dire malsaine.

Au bout du compte, cette méthode sera ressentie négativement par les autres, qui perçoivent l’ambiguïté de nos ordres et de nos contradictions. Elle sera forcément culpabilisante pour nous, tout en étant inefficace pour autrui.

S’effacer ou abandonner n’est pas forcément la bonne solution : il faut parfois au contraire s’imposer plus explicitement, mais sur un terrain mieux circonscrit, que l’on définit plus clairement.

4- Financer des outils de développement personnel : une vraie tendance

1- Dépenser pour se transformer

On sait que les femmes sont mal à l’aise avec l’argent. D’une façon générale, elles demandent moins d’augmentation, utilisent moins le crédit, ont du mal à mettre une valeur sur leur travail, et ne veulent surtout pas relier les personnes à un prix. Le rapport des femmes aux finances est basé sur une éducation inégalitaire qu’il est difficile de changer en une seule génération.

Mais aujourd’hui, les femmes tendent à vouloir gagner leur propre revenu pour s’offrir, à elles-mêmes, des outils de développement personnel, suivant la généralisation du concept du “souci de soi” . Il s’agit du besoin de :

  • Dépenser ses propres deniers,
  • Pour sa propre transformation.

Par exemple, reprendre sa vie en main après 50 ans quand les enfants sont grands et que l’on peut enfin se réaliser à sa juste capacité. Ou encore, apprendre des techniques d’émancipation pour grimper les échelles au travail, ou de relaxation pour supporter les cris des enfants, ou de nutrition pour perdre les kilos en trop.

2- Et protéger les autres, encore et toujours

Je ne vois pas ça comme une démarche égocentrique, bien au contraire : c’est un acte de protection (encore un autre) vis à vis d’autrui. C’est le même réflexe qui est enseigné dans les avions en cas de dépressurisation : mettre un masque sur son propre visage avant d’en poser un sur ses enfants. Suivant le principe que si on ne se protège pas soi, on ne peut pas protéger les autres.

D’ailleurs, les méthodes de développement personnel sont-elles vraiment à destination des femmes elles-mêmes ? Ou pour se fortifier en vue des futurs problèmes (qui sont le plus souvent liés à un tiers, y compris les enfants et le conjoint) ? La charge émotionnelle tombe le plus souvent sur les mères, on peut même dire qu’elles se précipitent dessus, voulant sincèrement régler les tensions. L’autoprotection est donc indispensable.

Les dépenses de développement personnel sont certes dirigées vers soi, mais fondamentalement réinvesties dans la relation aux autres.

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