1ère partie : comprendre et changer les liens de dépendance financière dans un couple et une famille

L’argent dans le couple, ses aléas et ses conséquences, j’y ai beaucoup pensé puisque je me suis retrouvée des années sans revenu suffisant qui aurait permis de me faire vivre.

Et je ne suis pas la seule, car quand on est mère de famille, on a toutes les chances de connaitre des hauts et des bas financièrement. Il faut donc compter sur son conjoint, ce qui n’est pas simple, ni pour nous ni pour lui.

La dépendance financière vous préoccupe ? Votre faible rémunération (ou pas de rémunération du tout) vous met mal à l’aise quand vous l’évoquez avec d’autres ?

C’est normal, la question du revenu et du niveau de vie revient continuellement dans les discussions, souvent pas explicitement mais sous forme de sous-entendus.

A tel point que l’on finit pas se considérer comme mal lotie si l’on décide de suivre un modèle “traditionnel” de l’un au travail, l’autre à la maison. Autrement dit l’un qui apporte de l’argent et pas l’autre.

Bref, il est devenu anormal de ne pas être rémunérée. Pourtant, il est parfaitement possible de régler la répartition des gains avec son conjoint, et d’en changer plusieurs fois au cours d’une existence.

1- L’indépendance financière au prix de la charge mentale

1- Travail des mères = argent

Vous l’avez remarqué, on ne parle jamais de l’indépendance financière des hommes. Elle ne devient un problème que lorsqu’elle s’applique aux femmes, sinon c’est une qualité.

C’est donc à nous qu’il revient de le régler. En faisant un effort pour s’aligner sur la vision actuelle, qui est que chacun doit être capable de satisfaire à ses besoins matériels et financiers.

Cela signifie pouvoir se débrouiller seule pour vivre, si c’est nécessaire. Les femmes n’ont plus de raison de dépendre de leur conjoint, elles travaillent si elles le souhaitent, et il est dans leur intérêt de le souhaiter. Aujourd’hui, il semble impensable de ne pas bosser.

D’ailleurs, le mot “travail” a changé de sens et signifie désormais “activité rémunérée”, à laquelle on adhère pour notre bien : construire la société, s’épanouir socialement et intellectuellement, sortir du train-train, etc.

2- Travail des mères = charge mentale

Mais le coût personnel est élevé. Le prix à payer pour nous les femmes qui avons des enfants, c’est la charge mentale, et il est impossible d’y échapper. Remarquons que l’expression n’a été formulée que récemment ; auparavant cette double contrainte travail/foyer n’avait même pas de nom. C’est dire si on revient de loin.

En parallèle, être dépendant d’une tierce personne est perçu comme une faiblesse.

On l’accepte pour les personnes malades ou handicapées ou âgées, et bien sûr pour les enfants. Par contre, tous les adultes doivent être autonomes, c’est-à-dire capables de se former, de trouver un job, et surtout de gagner leur vie.

2- La production d’un revenu est une valeur obligée

1- L’argent dans le couple est très normé

C’est sur le plan financier que se trouve la dépendance la plus difficile à supporter. Gagner son propre argent dans le couple est considéré comme une valeur essentielle dans la vie contemporaine.

Société de consommation oblige, on sent bien qu’il est plus important d’être rémunéré(e) pour montrer sa valeur que d’apprendre à vivre avec moins. Ou de choisir de partager avec un autre.

Imaginer qu’un membre du couple puisse payer pour les deux est dépassé, voire rétrograde. Celui qui “ne fait rien” est considéré à la fois comme chanceux et dévalorisé. Quoi qu’il en soit, il n’est pas normal, il n’est pas adapté, en tous les cas en France.

L’indispensable émancipation des femmes, qui a été possible en générant leurs propres ressources, nous a permis d’accéder au divorce et de pouvoir construire notre propre vie seule, si besoin.

Désormais chacun gère ses étapes et son parcours comme il veut pour s’associer avec un autre, avoir des enfants, se séparer, reconstruire. Pas question d’avoir besoin d’autrui pour pouvoir s’appuyer dessus financièrement.

2- Réussir sa vie, c’est être capable de générer un revenu 

La plupart d’entre nous font donc le choix de cumuler deux emplois. Celui de s’occuper de la maison et des enfants tout en travaillant, plutôt que de se sentir dépendante de notre conjoint. La charge mentale est donc aussi intentionnelle que subie. On en parle beaucoup, mais on ne songe pas à la remettre en question.

Toutes les mères peuvent décrire en long, en large et en travers les difficultés qu’elles ont de mener conjointement une vie professionnelle, surtout si elles ont des responsabilités d’encadrement, et une vie familiale – où elles ont structurellement des responsabilités d’encadrement. 

La différence entre l’amour et l’argent, c’est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente. L’idéal étant d’arriver à partager son amour avec quelqu’un qui a du pognon.

Philippe Geluck

7- Quatre visions possibles de l’argent dans le couple

1- Les rôles sont distincts et marqués par la dépendance

1- Chacun se spécialise dans une fonction précise

Dans ce premier modèle, les partenaires sont obligés de se faire confiance car ils ne possèdent pas les capacités de l’autre. Chacun accepte de déléguer son pouvoir pour que l’association puisse fonctionner.

Traditionnellement, le père ne se mêle pas de la maison et suit son propre parcours, la mère ne se mêle pas de sa carrière et applique ses propres méthodes domestiques.

Chacun peut en théorie donner le meilleur de lui-même, exercer ses pleins pouvoirs dans son domaine et encourager l’autre à progresser sur son terrain.

Il s’agit au fond d’un réel partage des pouvoirs, mais si et seulement si chaque partenaire respecte la position de l’autre. Ce système offre une certaine liberté dans la mesure où chacun accepte son rôle, s’y conforme et s’y tient. Et bien entendu, s’ils sont formés pour celui-ci.

2- Un équilibre qui fonctionne sur un temps déterminé

Mais si l’on n’est pas content de son sort, il est facile de pourrir la vie de son partenaire. Quand l’un d’entre eux a la sensation de se fait avoir (elle qui découvre qu’elle n’a pas son mot à dire en dehors du ménage et de la cuisine, ou lui qui ne se sent pas intégré dans le noyau familial), le conflit s’installe durablement. Avec son lot d’aigreurs et de ressentiment, où chacun accuse l’autre de manquer d’intégrité.

Dans une famille unie où les valeurs sont partagées et où beaucoup d’efforts sont produits pour conserver le dialogue, l’équilibre prévaut et les enfants apprennent une forme de respect dans la différence. La dépendance financière de la mère est entière, mais fonctionnelle.

L’argent n’est pas au centre du couple. C’est là aussi que les femmes forment le mieux fils et filles à la vie domestique… puisque c’est leur métier. 

Et puis la frustration de ne pas s’épanouir socialement et de ne pas gagner sa vie peut parfaitement se résoudre quand les enfants partent.

2- Le modèle de la réaction et contre-dépendance

1- Une réalité douloureuse pour les femmes

Dans ce deuxième cas, l’air du temps, les réseaux sociaux, les amis, les influenceurs, la précarité du travail… tout envoie des signaux contradictoires chez les parents. Qui ne veulent pas reproduire le modèle traditionnel de la dépendance financière dans le couple. Dans un souci à la fois réel et illusoire d’être à égalité, les deux travaillent.

Ceux qui explicitent et organisent la répartition des rôles s’en sortent bien. Mais certains ne s’embarrassent pas de ces discussions et ne savent pas évaluer ce qu’est le travail domestique.

Leur vrai travail est rémunéré, à l’extérieur ; le reste est accessoire et vient après.

Très vite, ce couple s’enlise et n’arrive pas à gérer la totalité des activités requises pour faire fonctionner une famille et un foyer. La vie est épuisante. Le manque de valeurs communes, ou de traditions partagées, n’aide pas à trouver des solutions durables. 

Nous les femmes sommes particulièrement écartelées entre l’envie (ou plutôt l’obligation) d’être autonomes financièrement en apportant notre part d’argent dans le couple, et celle de s’occuper du foyer.

2- Un risque de burn-out parental

La charge mentale pèse de tout son poids. On bosse le jour au bureau puis rebelote le soir à la maison. En pensant continuellement à ce que l’on n’a pas fait correctement et en se sentant éternellement coupable de ne pas assumer ses devoirs de mère, de conjointe et de salariée.

Le manque de temps libre et le cumul des deadlines sont oppressants. Il est facile de s’énerver sur les enfants quand on est soi-même épuisée, ou d’accuser les enseignants de ne pas faire leur travail.

On est toujours en train de réagir à ce qui s’est déjà passé, plutôt que d’anticiper ce qui va se produire. On est dépassée, engloutie dans océan d’obligations et de routines sans fin. La vie n’a plus de sens, elle se réduit à une longue liste de tâches logistiques.

La déprime guette, le divorce aussi. Le manque de proactivité joue à plein. Mais tout ça n’est pas terminé : que ce soit ensemble ou séparé, le couple parental se battra souvent pour savoir qui vaut plus que l’autre ou qui en fait plus ou moins que l’autre.

3- L’indépendance, où chacun poursuit son propre agenda

1- La nécessité d’embaucher du personnel extérieur

Troisième cas. Ils ont suivi chacun leur chemin, se construisant des réseaux distincts si nécessaire. Ils sont très organisés et se voient peu, car aucun d’eux ne peut investir vraiment dans la vie du foyer.

Ça tombe bien, car toute l’activité domestique peut potentiellement se déléguer, y compris les valeurs éducatives.

Ils comptent énormément sur le baby-sitting et ses variantes de petits métiers peu rémunérés, pour compenser leur manque de temps et de compétences à la maison : cuisine et accompagnement des enfants pendant les repas, courses, ménage, aide aux devoirs, suivi des activités extra-scolaires, etc. 

On peut parfaitement imaginer un couple de parents-managers qui investit et gère sa famille-entreprise, en employant un vocabulaire de business et des méthodes industrielles mises en place par un staff payé aux performances. Ça parait exagéré, mais j’ai vraiment vu des familles fonctionnant de cette façon.

2- Une question d’éducation et de génération

Les conjoints ont les moyens d’employer du personnel pour les remplacer à la maison, puisque leur vraie valeur se situe dans leur emploi, plus que dans la famille.

Comment ne pas faire ce choix quand les deux membres du couple ont produit de gros efforts pour faire de bonnes études ?

Et que la société dans son entier leur susurre que la vie au foyer est nettement moins valorisée et stimulante que celle du bureau ?

Notons que cette vision va probablement évoluer dans la génération d’adultes en devenir. Les sociologues nous prédisent que les enfants de la génération Z (nés entre 2000 à 2020) seront ceux de la vie à l’intérieur, domestique et cozy, du repli sur soi, du confort de la maison, du homemade cooking … et de Youtube et des jeux vidéo. 

Je vous parie que prendre soin de son foyer, que ce soit par les femmes ou par les hommes, reviendra en force chez ce type de parents.

4- La collaboration et l’interdépendance

1- Un choix de vie volontaire et exigeant

Cette fois-ci, chaque membre met en commun ses ressources pour créer quelque chose de supérieur à la somme de ce qu’ils apportent individuellement : ils veulent accéder à un niveau qu’ils n’auraient pas été capables d’atteindre seuls.

C’est le monde idéal de la collaboration volontaire. Les garçons, qui sont ceux qui ont le plus à progresser sur le sujet, peuvent (et veulent !) enfin en faire autant que les filles.

Ils sont capables de s’occuper des enfants, d’entretenir le foyer, de faire la cuisine, d’organiser la vie sociale et de gérer les relations affectives… sans que personne ne leur demande.

De même, les filles travaillent pour obtenir les mêmes revenus, les mêmes promotions et les mêmes responsabilités que les garçons. C’est un système égalitaire et fructueux, comme on l’observe davantage chez les couples homosexuels ou dans les pays du nord de l’Europe.

2- Un modèle qui profitent à tous

On peut parfaitement concevoir que les partenaires changent de rôle selon les circonstances ou selon leurs objectifs. Si les deux disposent de capacités équivalentes, ils peuvent organiser leur vie de façon plus limpide et plus intéressante pour chacun, choisir la position qu’ils souhaitent avoir pendant un certain temps puis inverser si nécessaire.

Hommes et femmes ont donc tous les deux la possibilité de s’épanouir dans le travail et dans la vie privée de façon concomitante ou à tour de rôle lorsque les enfants sont jeunes. Ce qui favorise une existence plus épanouissante et plus calme. Si dépendance financière dans le couple il y a, elle est temporaire, choisie et bien vécue.

Un rêve ? Aujourd’hui oui, demain non. Je suis convaincue que les générations à venir vont chercher à réduire le temps de travail de chaque parent, pour augmenter leur temps de famille. En attendant, vous pouvez consulter des conseils d’expert pour tenter de trouver l’équilibre concernant l’argent dans le couple.

9- Résoudre la dépendance à l’argent dans le couple : le récapitulatif

  1. L’argent est un moyen, ce qui compte c’est le temps de travail réel fourni par chacun,
  2. Déterminez qui est rémunéré dans le couple dans la période où les enfants vivent au foyer,
  3. Réfléchissez conjointement à la durée, au rythme,
  4. Etablissez les tâches domestiques à accomplir,
  5. Et séparez-les en fonction du temps de chacun,
  6. Soyez responsable et fière de votre part, que vous soyez rémunérée ou pas,
  7. Alternez les rôles si nécessaires et reconsidérez-les quand les enfants partent.

C’est drôle, quand j’y pense, il me semble que j’ai vécu moi-même les 4 modèles successivement concernant l’argent dans mon couple. Aujourd’hui, je n’ai plus d’enfant à la maison, et je suis donc libre de faire ce que je veux. Une nouvelle phase de vie, que vous toutes allez connaitre !

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