La ménopause implique souvent un redémarrage de nos existences et une renaissance sur le plan physique, relationnel, intime et social.
Nos hormones changent de flux au moment où nous avons déjà vécu un demi-siècle, quand nos enfants prennent leur envol, quand nous voulons une vie en conformité avec ce que nous sommes devenues.
La pression sociale sur l’apparence aidant, beaucoup d’entre nous en profitent pour tenter d’effacer l’effet du temps et de refaire leur visage après 50 ans. Certaines s’y sont mises depuis longtemps déjà, en commençant par les injections de Botox ou d’acide hyaluronique.
Soyons assurée que les réseaux sociaux nous bombarderons de sollicitations pour expérimenter telle ou telle méthode, et que cela va s’intensifier avec notre montée en âge. En tant que femmes, citoyennes et consommatrices, prenons le temps de réfléchir vraiment avant de passer à l’acte consistant à modifier ses traits naturels. Surtout si cela nous semble être la seule solution pour retrouver l’envie de nous regarder nous-même, les yeux dans les yeux.
Cette démarche n’est jamais anecdotique et j’en parle régulièrement avec vous, sous tous les aspects, en particulier celui qui lie l’appartenance sociale et la beauté.
Voici une synthèse de mes propres réflexions sur l’image de soi des femmes de 50 ans ou 60 ans, le désir de changer notre corps, et les conséquences que cela implique.
1- Le visage parle avant les mots
Notre front, nos lèvres, nos cernes, nos ridules et nos yeux parlent, autant que notre bouche, et souvent avec davantage de justesse. Ils disent beaucoup et à longueur de journée, sans jamais utiliser de mots mais en soulignant, appuyant, cadençant nos émotions profondes.
C’est ainsi que l’on saisit ce que voudrait dire une personne qui s’exprime mal dans notre langue : en la regardant et en l’écoutant mieux.
Une personne expressive (qui pense, s’amuse ou grimace avec évidence et clarté) est plus lisible. Elle rit, pleure, juge, s’énerve ou s’interroge beaucoup plus distinctement et explicitement qu’une autre dont la peau serait lissée.
Notre peau nous enrobe de la tête aux pieds. Elle est tellement présente qu’on ne la voit plus, sauf lorsque sa couleur diffère de la nôtre. Sinon, on a tendance à utiliser d’autres attributs pour décrire une personne, comme les cheveux ou la taille.
Mais si on tire ou qu’on l’aplanit, soudainement elle apparait figée et l’autre la remarque, constatant que quelque chose cloche.
Car nos traits forment une vraie langue, complémentaire à la parole.
2- Devenir neutre ou moins lisible ?
On peut croire qu’une femme au visage remodelé et dont l’expressivité décroît a atteint la neutralité, le flegme, l’absence de conflits et de partis pris, une forme de calme intérieur et de maturité longuement recherchés.
Alors qu’en fait, elle a diminué sa capacité d’être compréhensible.
On a montré par exemple que les bébés sont désarçonnés par leur mère (ou la personne qui s’occupe d’eux) lorsqu’elle porte un masque, réel ou figuré.
Les très jeunes enfants ne comprennent pas ce que nous disons en langage formel mais interprètent, très bien, ce que nous voulons dire – car tout notre corps accompagne notre pensée : expression du visage, voix, odeur, énergie, etc.
Si nos traits sont minimisés, alors il faut en faire des tonnes avec les autres vecteurs de communication non verbale.
Bref, nos rides sont un excellent messager de notre véracité. S’en priver, c’est se rendre un peu muette.
Dans la cinquantaine ou la soixantaine, alors que l’on croit devenir invisible, je ne suis pas sure qu’il faille se priver des capacités d’être vue et entendue.
Minimiser ses rides, contrer le relâchement cutané, raffermir l’ovale de notre visage, c’est entrer dans un engrenage au cours duquel il faudra intervenir de plus en plus en profondeur au fil des années, et par conséquent diminuer progressivement son impact :
- en augmentant la distance interpersonnelle,
- en suscitant l’incompréhension,
- en ne dévoilant pas instantanément ce qui nous anime.
Plus on efface les signes du vieillissement, moins autrui s’attarde sur notre message (qui devient compliqué à décrypter) et moins on est capable d’entrer en intimité. On s’éloigne de l’autre en ne livrant pas l’étendue des nuances qui nous composent.
Nous voudrions le faire, mais ce bistouri qui nous tentait tant nous en a coupé les moyens.
Notre peau est moins marquée mais nos relations deviennent plus froides. Certaines jeunes femmes en viennent à arrêter le botox pour retrouver des relations sincères.
J’ai aussi envie de rappeler que notre âge est une grande source d’information pour notre interlocuteur. En induisant ce dernier en erreur, ou en croyant le faire, on crée un malentendu qui n’aide pas à la communication.
3- Les vraies raisons sont sociales
Refaire son visage après 50 ans, de façon temporaire ou définitive, répond donc à d’autres besoins que celui de communiquer un message de maitrise, d’assurance, de beauté ou de jeunesse.
Je crois que la raison profonde de céder à la chirurgie plastique ou aux seringues des esthéticiennes et dermatologues, c’est un acte d’appartenance à un groupe social et culturel.
C’est endosser un costume qui va nous distinguer, à l’heure où tout le monde sur terre s’habille plus ou moins de façon identique.
Les Parisiennes veulent de la discrétion : montrer qu’elles restent élégantes et chics comme elles sont supposées l’être, alors qu’elles travaillent dans le stress, le bruit et la pollution.
A Nice, les Russes ont toutes, ou quasiment, les lèvres repulpées. Cela ne les rend pas plus belles : cela les rend plus russes !
Idem pour les Latino-américaines qui veulent exagérer leurs attributs féminins : c’est surtout, à mon sens, une façon de se reconnaitre dans la rue et d’afficher, en quelque sorte, son identité patriotique. On nait Colombienne… mais on le devient bien davantage quand on se met à gommer ses rides.
C’est un code, un genre de rite de passage dans le groupe des femmes adultes, qui pourtant, en intervenant très tôt, induit une impression de malaise, voire de manipulation collective.
Je me souviens de Jacques Séguéla affirmant : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie » (il est revenu dessus ensuite).
Cette remarque me fait toujours penser aux clichés attribués à un homme américain typique. Et bien refaire son visage, ça serait l’objectif de sa femme. Le but n’est pas que cela soit insoupçonnable, bien au contraire : il faut que ça se sente, que ça se devine, que ça se déduise.
4- Pour qui refait-on vraiment son visage ?
On fait cela pour l’autre, bien plus que pour soi, contrairement à ce que les agences de marketing tentent de nous convaincre.
Car malgré les heures passées devant le miroir, nous ne voyons pas grand-chose de nous-même.
Il faut que des yeux étrangers se posent sur nous, qu’ils nous révèlent, pour que nous nous découvrions…
Et nous avons terriblement besoin que ces regards soient confiants et flatteurs.
A quoi servirait-il de payer des milliers d’euros si personne ne s’en aperçoit ?
A rien, évidemment. De plus, dépenser une telle somme c’est démontrer aussi qu’on la possède, et donc que l’on a atteint le stade optimal de l’insertion sociale dans son milieu de vie.
Enfin, je crois aussi que l’on joue, parfois malgré nous, un rôle de modèle auprès des jeunes.
On se déforme ainsi, un peu ou beaucoup, pour qu’ils comprennent subtilement que la vie authentique à laquelle ils aspirent est un leurre : si après 50 ans on ne veut pas avoir l’air pauvre et dépassé, il faut bien apprendre à s’enlaidir un peu…
Bon, je blague.
Mais je voulais quand même insister sur le message suivant : modifier sa figure nous fait entrer dans un monde que nous n’avions pas forcément prévu d’atteindre.
On espère des compliments, que l’on reçoit forcément de notre milieu socio-culturel qui s’attendait à notre transformation… ce qui d’ailleurs valide notre entrée officielle chez les seniors (attention à ce qu’elle ne soit pas prématurée !).
Pour les autres personnes, on aura droit au mieux à un léger recul, au pire à des soupçons.
Car en tentant de corriger notre faciès pour nous sentir en adéquation avec les autres humains, on pourrait en fait créer une distance et s’éloigner de la proximité recherchée. Avoir l’air d’une jeune femme et se comporter comme sa mère, voilà de quoi nous mettre en porte à faux !
Quand on efface magiquement 10 ou 30 ans de son visage, on a drôlement intérêt à ce que le reste de notre corps et de notre vie se cale sur ce rajeunissement – et c’est là que les conséquences insoupçonnées apparaissent.
5- Changer d’allure sans trahir son histoire
Souvent dans la vie, pour passer une étape cruciale, il faut en venir à nous transformer physiquement.
Dans ces moments où l’on veut changer, on a fortement conscience du besoin de compter sur ses forces corporelles – changer, c’est toujours mettre en œuvre un projet utilisant l’une ou l’autre des capacités de son corps.
Et pour cela, il faut s’armer de patience et générer son propre courage.
Mais, vous l’avez remarqué, aucun exercice et aucune salle de sport ne parviennent à dompter ces flétrissures qui prolifèrent irrésistiblement sur notre visage.
Pourtant les techniques pour modifier notre apparence sont très nombreuses et nous adorons en jouer.
Autant les hommes ont tendance à conserver le même style, autant nous aimons nous déguiser – ou peut-être que nous avons du mal à nous tenir à un style et a une allure définie car nous sommes particulièrement sensibles à la mode, autrement dit aux courants collectifs mâtinés de « qu’en dira-t-on ».
- Modifier sa coupe et sa couleur de cheveux, porter ou pas des lunettes, s’habiller plus sexy, plus sportif ou plus chic, se couvrir ou se dévoiler davantage, tout cela a l’air plutôt facile.
- Plus ardu, on peut maigrir, redresser sa posture et assouplir sa démarche, se muscler, abaisser son timbre de voix, écouter davantage, se mettre plus en avant, etc. Là, on sent bien qu’il y a du travail en perspective, mais c’est encore à notre portée.
- Et puis il y a les transformations magistrales, qui s’impriment dans notre chair et qui n’autorisent pas de retour en arrière, comme se faire refaire le nez, les seins, la bouche.
C’est une rupture franche et nette avec son hérédité, la volonté d’un nouveau départ non marqué par les souvenirs, d’effacer l’ombre de notre passé qui, littéralement, nous colle à la peau.
Et comme notre vie est le résultat de ce que l’on fait de son corps, on le change, en espérant que la vie que nous fabriquerons désormais sera plus neuve, nettoyée de ses manques et de ses excès.
6- Un autre programme que le botox
Changer de tête au moyen de quelques injections ou à coup de scalpel ne devrait se faire que lorsqu’on a épuisé toutes les autres options – celles qui nous permettent de mieux nous sentir dans notre peau et de rayonner sereinement.
Pêlemêle, il s’agit chaque jour de :
- sourire au quotidien,
- aimer ses proches, de même que les inconnus,
- passer du temps dehors, sans regarder son téléphone,
- assouplir, muscler et entretenir son physique,
- porter des vêtements qui mettent sa silhouette en valeur,
- avaler nos carottes et nos épinards,
- apprendre et transmettre,
- servir, participer et améliorer la société,
- avancer vers son but.
L’effet est moins rapide que le botox, mais je vous assure, il est vraiment naturel et très enrichissant.
Et super bonus, il vous rendra systématiquement fière de vous. Retrouvez ici mon article pilier sur le corps.
7- Refaire son visage après 50 ans : plaisir, danger ou malentendu ?
Je vous invite à la prudence : la peau est un marché très lucratif et il reste beaucoup moins coûteux d’accepter ses rides.
Espérons que pas une seule d’entre nous ne regrettera son choix de se métamorphoser… surtout si ça n’est pas interprété par autrui comme un rajeunissement ou un embellissement !
Nous le savons bien, mais nous aimerions tellement oublier que les années ne s’effacent pas d’un coup de gomme.
Les signes de l’âge sont aussi les signes de notre existence et nous avons tout intérêt à les embellir, à les mettre en valeur eux, plutôt que de céder notre corps à un tiers qui ne sait rien de nous, qui ne connait pas ces flots d’humeurs, de désirs et de pensées qui nous traversent, de ces aventures que nous avons vécues et qui nous caractérisent si bien.
C’est comme lorsque l’on confie notre maison à un designer : Le résultat sera très joli, vous serez heureuse de la faire visiter à la ronde, mais il reflètera son état d’esprit à lui plutôt que le vôtre.
Un jour, tous ces nouveaux meubles que vous n’avez pas choisis pourraient sembler alourdir le fond de votre cœur. Est-ce que la nostalgie de votre passé vous rattrapera ?
8- Tatouages et applications de retouche, des héritages à méditer
Cela me fait aussi penser à la génération entière qui a été fascinée par les tatouages comme marqueur identitaire (enfin, c’est ce qu’on lui a vendu) et qui aujourd’hui cherche à s’en débarrasser à prix d’or.
Les tatouages visibles ont été une marque de créativité et de rebellion. Désormais ils fonctionnent comme une cicatrice qui pèse sur le nouveau look « clean » en vogue et les recruteurs des entreprises s’en méfient.
Impossible enfin, de ne pas évoquer notre passion pour les selfies, les filtres et les applications de retouches pour améliorer notre portrait.
Cette pratique nous démontre que changer de tête est véritablement instantané, que c’est à portée de tout le monde… et que tout le monde le fait déjà.
Peut-être que remodeler son visage, ça n’est que se conformer à ce que nous exposons de nous sur les réseaux ?
Une version améliorée de nous-même, qui existerait précédemment en ligne !
La dermatologie, phase ultime d’une transformation déjà entamée sur les écrans, a décidemment de beaux jours devant elle.
Renaître, c’est aussi oser se raconter
Ce blog continuera de le faire, chaque dimanche matin. Inscrivez-vous à ma newsletter et écrivez-moi dès que vous en ressentez l’envie. J’adore vous lire, j’adore vous répondre. Ce blog est un espace d’échange et de réflexion entre vous et moi sur ce thème fabuleux de la réinvention personnelle, profitez-en.
Pour aller plus loin dans ce blog :
- Retrouver son corps après 50 ans : regard, bienveillance et liberté
- Prendre soin de soi à 55 ans : allez, on s’y met !
- Physiologie des femmes, de la naissance à la mort
- Les 5 sens et ce satané vieillissement
- Look à 50 ans : adapter la mode à son corps
- Etre bien dans sa peau après 50 ans
Enfin je vous invite à laisser un commentaire, et à partager votre propre expérience sur le sujet.
2 replies to "Refaire son visage après 50 ans : rides, image de soi et pression sociale"
Bonjour Véronique,
je suis d’accord avec vous sur un point quand ça se voit, c’est pas terrible et les lèvres ça se voit et c’est ce qu’il ne faudrait pas faire.
Sinon j’ai 56 ans et j’ai eu recours à la chirurgie esthétique plusieurs fois et je peux vous dire que ça ne se voit pas du tout.
Si je ne le dis pas , personne le vois, je suis très contente de l’avoir fait.
Je ne suis pas sur les réseaux sociaux, je ne prend pas de selfies.
Je l’ai fait pour moi. et les gens me comprennent toujours aussi bien, mon visage n’est pas du tout figé.
Les plus jeunes en font des 25 ou 30 ans , nous ne sommes pas leur modèle, elles/ils vivent dans un monde différent.
Quand c’est bien fait la chirurgie esthétique est justement esthétique et ça ne se voit pas.
Si certaine le font pour que ça se voit, c’est leur choix mais il ne faut pas généraliser.
Tant qu’on vivra dans un monde patriarcal qui rend encore trop souvent invisible les femmes de plus de 50 ans , moi je vois cela comme un acte féministe voir militant.
Au plaisir de vous lire
Cha
Bonjour Karine et merci beaucoup pour ce témoignage, dans lequel vous livrez votre experience publiquement (les autres ont écrit sur mon email). Je sais qu’une fois sauté le pas de la premiere fois, on a tendance à recommencer avec confiance. Le tout est de débuter le processus de la chirurgie esthétique par petites touches de façon à ce que cela passe inaperçu pour les autres mais pas pour soi. Vous voyez cela « comme un acte féministe voire militant » : là dessus je peux vous assurer que chaque femme se pense dans cette catégorie, particulièrement celles qui ne cèdent pas aux sirènes des canons esthétiques en vigueur. Le désir de se manifester visuellement après 50 ou 60 ans, tel qu’on le decide et même si le résultat peut sembler négligé ou artificiel (trop naturel ou trop contrôlé) est largement répandu et répond aux désirs collectifs du moment. N’hésitez pas à m’écrire de nouveau, cela enrichit un débat qui va nécessairement se poursuivre.