Etre sans âge, et choisir son époque selon nos desirata, est une idée séduisante. Elle permet d’éviter la catégorisation, surtout après 50 ans ou 55 ans, quand on est supposée s’acheminer doucement mais surement vers l’ombre, puis vers l’oubli. C’est vrai, notre condition physique diffère énormément au fur et à mesure de notre vieillissement, et celles qui s’en sortent bien préfèreraient qu’on oublie leur année de naissance.

Dans cet article

Les jeunes femmes sont souvent fascinées par les femmes « qui vieillissent bien » ; cela les rassurent. La vieillesse fait peur, elle est associée à la maladie, la dépendance, la solitude. En fait, et de façon très injuste, elle ressemble à une forme d’échec. Au contraire, rester sans âge, en flottant indistinctement entre les générations et les clichés, est perçu comme un engagement public : celui de la résistance au temps. Mais vieillir bien, est-ce que cela signifie avoir l’air plus jeune que l’âge de ses artères ?

La perception du vieillissement est subjective

Etre plus mâture que son âge… seulement quand on est jeune

Pourtant ça n’est pas si simple. Dès leur naissance, les bébés sont observés sous toutes coutures. Les critères de croissance, selon le nombre de jours, puis de mois d’existence, sont fondamentaux pour connaitre leur état de santé. Déjà, in-utero, ils étaient l’objet d’intenses auscultations pour déterminer, entre autres données, le jour de leur conception !

Ça n’est que le début d’une longue série de comparaisons, de classements, tous basés sur l’âge. Quand on est jeune, la précocité a l'air d’être un atout. A l’école, on s’empresse de savoir si vous êtes du début ou de la fin de l’année. Celles qui ont un an d’avance sont valorisées. En France, c’est un signe de maturité intellectuelle, et croit-on, de réussite professionnelle. Pourtant dans d’autres pays, on pousse les enfants à être les plus vieux de leur classe d’âge, car la maturité physique et émotionnelle comptent davantage dans la vie affective et sociale. J'ai vu cela au Colorado, où les parents de plusieurs garçons de 5 ans, comme mon fils, les inscrivaient à l’école plus tard pour qu'ils soient moins fragiles.

Celles qui ont une année de retard, par contre, auront du mal à développer une estime d’elles-mêmes sur le plan intellectuel. On ne peut pas être en retard quand on est jeune – par contre c’est beaucoup mieux de l’être quand on est vieille !

Ne pas faire son âge… un impératif ensuite

Car plus on vieillit, plus on voudrait oublier les classements. Adulte, la précocité n’est plus du tout dans notre camp. Qui voudrait se mettre avec les quinquas alors qu’elle est toujours quarantenaire ? L’apparence prend de plus en plus de poids.

On ne veut plus « avoir 54 ans », on veut désormais « avoir l’air d’en avoir 49 ». Plus question d’avouer son âge, mieux vaut afficher la joie et la fantaisie d’une personne plus jeune. Car les personnes âgées n’ont intrinsèquement ni joie ni fantaisie, c’est bien connu.

Et tant pis si cela veut dire avoir l’air plus immature. Passé 50 ans, ne pas faire son âge est le plus grand compliment que l’on puisse nous faire. C’est une vraie reconnaissance sociale, en fait, qui montre que :

  • On a fait l’effort de rester digne, présentable,
  • On a pris en compte le regard des autres dans notre attitude,
  • On est encore présente dans l’espace public, et non pas en retrait dans la sphère privée.

Des facteurs génétiques entrent en compte

Les études scientifiques sur le vieillissement montrent qu’on peut agir sur l’âge que l’on parait (voir plus bas). Mais certaines personnes paraissent plus âgées que les autres. Elles sont porteuses d’un gène spécifique qui leur donne une apparence de deux années supplémentaires par rapport à « la normale ». Plus largement, le mécanisme de vieillissement est dû à une combinaison complexe de facteurs génétiques et biologiques, comme on le voit ici.

D’après cet article récapitulatif, deux actions sont efficaces pour le ralentir : réduire l’apport calorique à chaque repas, et faire du sport. On voit que l’on est très loin des compléments alimentaires et des crèmes anti-rides, qui nous réconfortent bien plus qu’ils ne nous soignent. Mais prendre soin de notre beauté contribue largement à notre représentation et donc à notre insertion sociale et professionnelle, même si l’on aimerait l’oublier. L’habit fait le moine dans la plupart des situations, et plus on vieillit, plus on en est consciente.

Entre d’autres termes, qui dit ralentissement du vieillissement dit automatiquement entretien de son image globale :

  • Celle que les autres ont de nous,
  • Celle que l’on a de nous-même.

L’effet est clairement double. Et là on touche à beaucoup plus que notre look objectif, mais au bien-être et à l’équilibre que nous transmettons.

Décider de son âge idéal… quand on en a besoin

Assumer son âge, c’est reconnaitre que l’on projette une image, qu’elle nous précède et qu’elle nous suit à la trace. Plutôt que je vous comparer au passé, à vos photos de mariage ou à la naissance de votre premier enfant, je vous propose de passer résolument vers l’avenir. Eh oui, il est impossible de revenir en arrière… et il est tout autant impossible de ne pas aller vers l’avant.

J’ai publié un grand témoignage sur ce saut en avant volontaire, vers la vieillesse, la maturité, la sagesse… l’équilibre. Je préfère très largement anticiper avec plaisir, que de me retrouver coincée dans mes regrets, hors de mon temps.

Etre sans âge, ou la personnalité plutôt que l’apparence

On a toutes un curseur personnel qui détermine où l’on se sent bien, entre l’apparence et la personnalité. Pour celles qui comptent sur le regard des autres pour vivre pleinement, lutter contre les signes de l’âge est fondamental. On veut pouvoir rester quelque part dans le coin de leurs yeux, on ne veut pas ne plus être vue. Je suis de celles-là. Je ne voudrais pas disparaitre de la collectivité, crier dans le désert, m’évaporer dans un nuage sans que personne ne s’en soucie.

Mais je suis aussi du côté des autres. Celles qui veulent renforcer leurs choix, leur desirata, leurs projets personnels. Qui veulent s’imposer et affirmer leur potentiel, sans souci du regard des autres, du qu’en-dira-t-on, réel ou imaginaire. Celles qui assument leurs différences et poursuivent seules si c’est nécessaire, sans avoir besoin de la bienveillance d’autrui. La bravoure est une forme d’isolement, mais c’est aussi une pulsion qui nous révèle et nous enrichit.

Etre sans âge, c’est exactement ça : cet arrangement que nous faisons avec nous-même, la dose d’intérieur/ extérieur qui nous définit. Mais que nous devons modifier au fur et à mesure de l’avancée de notre vie, de nos besoins, des conditions dans lesquelles nous sommes. C’est un âge de grâce, durable, où nous sommes pleinement dans l’action ET pleinement dans la réflexion. Qui nous porte loin et pour longtemps.