Ne laissons pas autrui choisir qui on est, ni à qui on ressemble

L’image des femmes quinquas est en train de changer. On n’est plus jeune, on n’est pas encore vieille, et il est clair que l’on devient visible sur le plan social, en tant que groupe, de génération, de classe d’âge. C’est cet « entre les deux » qui nous force à nous positionner et à choisir ce que l’on veut communiquer, nous. On a des atouts pour le faire.

Au cœur de l’été, alors que tout ralenti tandis que j’écris cet article, profitons-en pour récapituler où nous en sommes. Oui, nous ! Les femmes de 50, 55 ou 60 ans. Il faut être aveugle pour s’imaginer qu’on est transparente. N’en déplaise à Yann Moix, l’écrivain qui trouve que notre corps n’est « pas extraordinaire du tout ». Mais désormais, nous, les cinquantenaires, sortons de l’ombre et parions sur ce qui fait notre différence. 

Les femmes de 55 ou 60 ans s’imposent sur Instagram et multiplient les blogs de mode et de lifestyle, sans plus chercher à copier ceux des trentenaires ou quarantenaires. Oui, on sait manier le smartphone et l’ordinateur, et on n’a pas besoin d’autrui pour nous représenter. Oui, on aime que certaines d’entre nous s’exposent, se prennent en selfie, avec des trucs portables, pas réservés aux anorexiques de 17 ans.

1- Mais pourquoi faut-il se montrer après 50 ans ?

On l’a vu en long, en large et en travers au festival de Cannes 2021, les cheveux gris ou blancs sont à la mode. Dans la foulée, on choisit de s’exhiber sur la plage si l’on en a envie, avec ou sans maillot. A Berlin, de nombreux sites accueillent les nudistes, notamment le lac de Teufelssee dans la forêt de Grunewald. Il très fréquenté par les baby-boomers, hommes et femmes. Nettement plus âgés que nous. S’ils le font, pourquoi pas nous ? C’est un bon moyen de réaliser que nos corps sont… aussi divers que normaux, et que se sentir à l’aise nue et en public fait du bien au cerveau.

Il est temps de vraiment nous regarder. De bien nous VOIR. Pour mieux nous montrer. Tâchons de définir notre image, plutôt que d’attendre d’être classifier par autrui (et de ne pas aimer où on s’y trouve). Passer de l’ombre à la lumière, c’est exactement ce qu’on est en train de faire.

Il faut que l’on se montre car ne peut pas passer sous silence ces 20 ou 30 années qui se glissent entre la ménopause et la vieillesse. On ne va pas s’imposer le placard dès 55 ans juste pour satisfaire l’égo et l’équilibre émotionnel des porteurs de clichés qui préféreraient qu’on y reste. Comme ça, eux, ils peuvent tranquillement se mettre en avant. 

2- Cinquantenaire, l’âge de la conquête

Ce temps intermédiaire, après la jeunesse et avant la vieillesse, sans nom, sans véritable objet (autre celui qu’on lui donne, nous) s’allonge de plus en plus. Pour certaines, c’est une génération entière qui est ajoutée à leur temps de vie (25 ans). Pas à la fin, mais juste après le milieu. A condition d’être vigilantes, physiquement, socialement, intellectuellement. 

Vu que l’on va (peut-être) vivre jusqu’à 95 ans bien tassés, autant profiter de ces décennies autrefois passées dans l’ombre, en attendant la retraite, la maladie… la sinistrose. On sait qu’avec les progrès de la santé, une nouvelle génération apparait : après la ménopause et avant l’effacement social. Je les appelle les Nouvelles Femmes pour signifier :

  • Que les mères deviennent d’autres personnes une fois leurs enfants partis,
  • Que la ménopause est une libération du corps,
  • Et que notre existence devient à nouveau féconde, d’idées, de projets.

Je vois les quinquas comme des conquérantes, qui se libèrent des contraintes quotidiennes de la famille et tournent leur regard et leur vie un espace social beaucoup plus large. Dans lequel elles vont agir sur leurs propres projets, avec leur propre style.

3- Derrière la ménopause, il y a l’avenir !

Nos ambitions, arrivées à maturité, éclosent sans frein, à condition de s’en donner la peine. Après 50 ou 55 ans, il nous reste encore une bonne vingtaine d’années pour être pro-active, pour s’imposer, pour défricher, pour aider tous celles/ceux qui n’ont pas notre expérience. Les Nouvelles Femmes utilisent les années passées, les bonnes et les mauvaises, elles en fabriquent un avenir. Elle ne gomment rien, elles construisent.

Fièrement. Peu de magazines parlent de nous avec tact, simplicité, sans prendre des tas de précautions ridicules, comme si on était de grandes malades. Ou alors en choisissant de publier avec témérité des photos de femmes aux cheveux gris pour nous représenter visuellement (il faut bien nous distinguer, pardi).

Non, il n’est pas encore l’heure de s’abonner à Notre Temps ! Marie-France fait des appels du pied aux quinquas, dans un style bon chic-bon genre, mais oublie une bonne partie de celles d’entre nous qui sont restées fidèles aux jeans et aux baskets. Même en prenant des kilos. Ou des rides.

On veut vivre notre temps bien à nous, avec nos codes, nos cheveux de n’importe quelle couleur. Nos fringues, nos copines, nos transgressions, nos conquêtes. Une phase d’équilibre de vie et de bien-être, après les étapes intenses de l’adolescence, de l’accomplissement professionnel, de la maternité.

4- Parler de nous, faire parler de nous, occuper la scène

J’aime l’idée que l’on retrouve une sérénité et une liberté perdue depuis l’arrivée de nos enfants, même si on les a beaucoup aimés. On évite d’en parler ouvertement en France, où l’on préfère mettre en avant la femme que la mère. Mais une des différences majeures entre une femme de 25 ans et une autre de 50, c’est qu’entre les deux, il y a un, deux, trois enfants. Ça compte. Énormément.

  • Quand ils arrivent, ces tous petits, on se métamorphose, nécessairement. Et quand ils partent aussi, même si cela se déroule sur plusieurs années. Je suis étonnée de réaliser que le fait de ne plus être mère « active » n’est pas évoqué comme étant une source majeure de réinvention de soi. 
  • Et puis, que de remue-ménage dans nos vies et dans nos organes, autour de 48-55 ans. La ménopause laisse des traces, pendant et après, c’est impossible de ne pas le voir/ressentir. 
  • Cela dit, il me semble que la séparation des enfants, même si elle est bien vécue, laisse elle aussi ses marques, affectives et sociales. 
  • Mais l’indépendance est bien là, au bout du chemin, à condition de faire un vrai saut, physique, mental. Culturel. Le renouveau ne se fait pas tout seul, c’est la leçon que je tire de toutes les portraits, livres, interviews, de celles qui laissent qui témoignent.

5- L’image des femmes de 50 ans, on la construit ensemble

Les sourires affichés par toutes ces quinquas ou plus sont le fruit d’une vraie stratégie. Qui demande un effort, un budget, un projet. Qui impose de se prendre par la main. Ce ne sont pas des années où on se la coule douce (même si on aimerait bien que les autres le croit). L’équilibre est à la fois le fruit de la volonté, de la persévérance et de la confiance.

Attention à n’afficher que la « face claire » de notre génération. Tout n’est pas rose à 55 ans, pas plus qu’à 15, 42 ou 78. Pour sortir de notre grisaille, on ne se montre pas effacée, mais on ne choque pas non plus. On y est gaie et souriante – créative mais pas dérangeante. Surtout pas de dents trop longues, ni de larmes apitoyées. On n’est pas là pour refaire le monde, mais pour en profiter ?

Prudence. Les divorcées esseulées, les professionnelles qui ne retrouvent pas de poste, ou celles qui sont rongées par le cancer ont du mal à entrer dans cet univers. Elles ont intérêt à s’accrocher pour trouver leur bonheur. Car c’est exactement le moment où l’on peut facilement se retrouver dépourvue de réseaux (professionnels, amicaux – celui des autres mères), mais pourvue de ce corps qui vieillit, qui nous échappe. De projets de vie qui s’achèvent, de rêves avortés.

Serrons nous les coudes ! Aidons-nous les unes les autres, pour mieux profiter de cette nouvelle étape de notre vie. On est quasiment la première génération à la connaitre, quelle chance ! Transmettons cette énergie puissante et intacte chez certaines d’entre nous, pour grandir toutes ensemble. A 51 ou 58 ans, la vie nous a rendues très différentes les unes des autres, mais restons unies pour nous afficher et montrer le meilleur de nous-mêmes.

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Et vous, comment voudriez-vous influer sur l’image des femmes de 50 ans et plus ?

Votre expérience m’intéresse. N’hésitez-pas à décrire ce qui vous motive ou qui vos préoccupe sur ce sujet. Et dites-moi aussi si vous avez envie de témoigner et de partager votre vécu.


    2 replies to "L’image des femmes de 50 ans : à nous de la choisir !"

    • DESHAYES Marie Josée

      Bonjour Véronique, merci pour votre article passionnant et brillant, merci pour toutes les femmes. Nous pouvons exister quel que soit notre âge, notre statut social, notre physique et nous pouvons être solidaires. La vie et le temps sont précieux et bien loin des dicktats de la société de consommation. Merci vraiment

      • Véronique

        Merci beaucoup Marie-Josée !

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