Voici un petit texte destiné aux hommes de plus de 50 ans, par une femme du même âge. Je parle de ceux qui nous ont accompagnés tout au long de nos vies, et qui se retrouvent aujourd’hui suspectés de nous avoir insultées, harcelées, dominées à un moment ou un autre.

Dans cet article

Oui, vous les hommes quinquas, vous devez trembler dans vos baskets, en ce moment, vu la révolte grandissante que l’on perçoit d’un bout à l’autre de l’hexagone (ce texte a été écrit au moment d'un énième épisode post MeeToo, de dénonciation d'actrices et de personnalites publiques).

Soudainement, il y a quelques semaines, devant la marée de dénonciation qui s’est abattue sur les personnages publics, je me suis dit cela : j’en ai marre, vraiment marre, qu’on me prenne pour une opprimée.

Et j’en ai assez qu’on vous prenne pour des tyrans.
Vous êtes loin d’être parfaits, je vous rassure. Mais quand même : je n’arrive pas à croire que vous soyez systématiquement privilégiés, et nous éternellement lésées.

Et aussi, je ne pense pas qu'il faille traiter les conditions de vie professionnelles des actrices ou chanteuses et leurs relations avec leurs collègues masculins comme les nôtres. J'ai discuté avec de très nombreuses femmes et hommes sur sujet et on doit quand même rappeler que les conditions de travail sont très différentes dans nos métiers "normaux" par rapport à ceux des arts du spectacle ou des carrières publiques "prestigieuses" comme dans les médias. Ce qui n’enlève rien à la gravite des faits et ne diminue pas un instant la nécessité de revoir en profondeur ces cultures et pratiques professionnelles malsaines.

Au fond, on a les hommes que l’on mérite – enfin je crois. Voici donc ce court morceau… à prendre au 3ème degré, bien entendu.

Reprenons au début

Il me semble que tout le monde a son opinion sur « les femmes » – surtout celles qui ont dépassé les 50 ans. Leur place, leurs envies, leurs corps, leur sexualité, leurs contraintes, leur âge, leur pouvoir, leurs malédictions.

C’est fou comme on pose problème.

Comme je pose problème.

C’est comme je vivais dans un champ social miné où chaque pas de travers pouvait m’anéantir.

En lisant la presse, je découvre chaque jour à quel point je me suis fait avoir, depuis toujours (mais un peu moins maintenant, grâce aux prises de consciences éclairées et aux dénonciations salvatrices des plus lucides d’entre nous).

Alors je ne cesse de rembobiner le cours de ma vie pour identifier quand j’ai été harcelée, pourquoi j’ai ravalé mes larmes, si j’ai muselé ma parole, qui m’a choisi une place inférieure, comment je m’y suis prise pour faire trop de ménage, à quel point j’ai broyé mes enfants, combien j‘ai subi mon mari.

J’étais une femme, née juste avant la révolution des mœurs de 1968, grandie dans la révolution informatique. Et au final, que suis-je devenue ? Une vague quinquagénaire, victime de la société patriarcale tout entière organisée pour dénigrer ma personne et mon existence.

Ai-je lutté, ai-je souffert, me suis-je défendue, me suis-je imposée ? Je ne me souviens plus tellement, pour tout vous dire, tellement mon nouveau statut me tracasse.

Jamais je n’aurais cru avoir eu une vie aussi peu reluisante !

Les hommes de plus de 50 ans, c’est la cata ?

Je prends conscience chaque jour avec stupeur de mon destin funeste. J’ai été consciencieusement manipulée, savamment mise à l’écart. Les hommes, ceux de ma génération ou pas, ont profité de moi, à plus ou moins grande échelle. C’est simple : j’ai été programmée pour demeurer volontairement inférieure et pour aimer me taire, jusqu’à la mort. Et même au-delà, grâce à mes filles.

Comment ai-je pu être aussi bête !

Et vous aussi !

Car c’est là mon unique consolation : je ne suis pas la seule.

Toute la moitié féminine de l’humanité s’est débrouillée pour être régentée par des brutes épaisses, doublées de nigauds : nos conjoints, nos ex-conjoints, nos pères, nos fils, nos frères, nos amis, nos collègues, nos écrivains, nos profs, nos politiques, nos artisans, nos voisins et des tas d’inconnus.

Les hommes sont contre nous.

Il faut que je me mette bien ça dans la tête.

Ils nous méprisent, ils nous ignorent, ils nous divisent… ils ne nous voient même pas, c’est dire ! Sauf comme objet sexuel – enfin, pas nous, les quinquas, vu qu’on a passé l’âge d’en être.

Décidemment, je suis née au mauvais moment.

Pauvre de moi.

Et pourtant, je les aime bien (la plupart du temps)

Pourtant, j’aurais aimé bien m’entendre avec les hommes.

J’aurais pu leur dire que c’est chouette, l’idée de s’entraider, de s’entre-aimer. Ce n’est pas si mal d’être différents, ça donne de la perspective. Ça entretient l’intérêt. Peut-être même que ça aide à grandir.

On aurait fait des blagues lourdingues, mais on n’y aurait pas vraiment cru. Ni eux, ni moi. On aurait été un peu cons en étant jeunes, et puis on se serait améliorés. Ensemble.

Ben oui, encore une fois : on a les hommes qu’on mérite.
C’est quand même nous, ou plutôt nos mères, qui les avons élevés, au moins en partie !

Et je ne crois pas un instant qu’en leur tapant dessus, on va réussir, nous, à nous grandir. Au contraire, j’ai l’impression qu’on descend tous d’un cran, question harmonie sociétale.

Et s’ils ouvraient la bouche, les hommes de 50 ans ?

… Quand même, ça serait cool un jour d’entendre des hommes d’après 50 ans dire qu’ils ne s’en sont pas si mal sortis, avec nous. Parce que pour nous, on a l’impression que ça a été épouvantable.

Certaines jeunes femmes ne veulent absolument pas nous ressembler, nous leurs mères, tellement elles se sont convaincues qu’on était soumises et délaissées. Détestent-elles leurs pères à ce point, eux qui sont, justement, des hommes seniors ?? Là encore, j’ai du mal à y croire.

Mais moi moi moi, quand j’y pense, ils ne m’ont pas torturée à ce point, les hommes.
Ils ont bien sûr été pénibles, machos sans le savoir.
Et je leur aie rendu la pareille, docile sans le savoir.
Au final, malgré les remous, on s’est quand même plutôt bien débrouillés. On s’est fâchés, on s’est réconciliés, on s’est soutenus, on s’est séparés, on a recommencé ailleurs. Et bis repetita.

Entre nous, ça n’est pas demain la veille que l’histoire va s’arrêter. Enfin, il me semble.