Après 50 ans, nous lisons et nous entendons partout que la solution pour être plus heureuse et plus libre est de nous recentrer sur nous. Pourtant en réalité, ce qui nous tient en vie, c’est de se tourner vers le monde extérieur, les autres, le collectif.​ Autrement dit, de s’ancrer par l’action.

D’ailleurs le « récit de vie » (dont on a parlé dans ce blog) et l’observation de nos actes passés montrent que nous sommes déjà reliées à quelque chose de plus grand : une vie en construction.

Au lieu de chercher la vérité dans notre intériorité, plaçons notre corps dans le monde. Agissons, participons, servons.​ Rechercher infiniment notre « moi » génère mille questions qui s’emboitent les unes dans les autres et ne mènent nulle part.

Je vous invite dans cet article à prendre conscience d’une part des limites de l’introspection, et d’autre part de la réalité passionnante de l’expérience, qui ne fera que grandir avec notre âge. Je constate que je change d’avis sur ce sujet au fur et à mesure que les années passent et que l’avenir se rétrécit… et je suppose que vous ferez toutes de même, un jour ou l’autre.

S’ancrer par l’action après 50 ans, voilà ce que cela m’inspire désormais.

1- Une vision de la vie défaitiste

Au moment des vœux de janvier, j’ai demandé précisément aux personnes ce que je devais leur souhaiter. Les gens en emploi m’ont souvent répondu une variation de « plus d’argent ». Les personnes à la retraite m’ont répondu unanimement : la santé. J’en conclu que les soucis de travail et d’argent pendant quelques décennies se transforment en soucis de santé aux décennies suivantes.

C’est fou comme nous considérons la vie comme une série de contraintes obligatoires et successives : faire des études rébarbatives, trouver un emploi stressant car il faut bien gagner sa vie, supporter un conjoint et des enfants envahissants… et finalement passer ses dernières années chez le médecin.

Le sens du service, la progression sociétale, la mise à contribution dans un but plus large, la créativité, le contact, l’expression personnelle et le développement collectif, tout cela est secondaire.

2- Le réflexe de se replier sur soi

Quand on ne travaille plus, on reporte cette vision fataliste et matérialiste sur la santé. S’isoler pour prendre soin de soi plutôt que de prendre soin de la société est pourtant loin d’être aussi satisfaisant.

J’exclus ici les personnes qui reviennent de loin et qui ont vraiment besoin de retrouver de l’énergie sans se préoccuper du reste. Nous avons toutes des moments de crise suivis d’un intense besoin de convalescence, mais il ne s’agit pas d’en faire un mode de vie durable et encore moins permanent.

D’où l’importance de pousser nos jeunes adultes à expérimenter promptement de nouvelles situations/pays/groupes lorsque, à l’aube de se lancer dans des études ou dans la vie active, ils prennent peur et perdent pied.

Ils doivent savoir qu’ils sont faits pour participer au monde, et que c’est dans le monde qu’ils trouveront les solutions à leur mal-être.

D’autres populations aussi subissent ponctuellement un recul, voire une immobilisation : les jeunes mères réalisant la nécessité de se focaliser sur la famille, celles – à l’inverse – dont les enfants partent, les salariés perdant leur emploi, les couples qui se séparent, les retraités et inactifs qui se morfondent, les malades cloués à l’hôpital, etc.

On remarque souvent que ceux qui cessent de travailler tombent malades, physiquement ou mentalement. Quand on ne met plus son corps au service d’une mission, il ralentit et s’affaisse, à plus ou moins brève échéance.

3- Et pourtant nous sommes nées pour agir

D’où l’importance de demeurer chaque jour impliquée dans la collectivité, selon nos préférences, en ayant des activités fondamentalement utiles. Cela nous permet à la fois de nous oublier et de donner le meilleur de nous-même.

Je vous ai répété cela sous toutes les coutures, et je reste persuadée que c’est le meilleur des principes de vie. Regardons l’extérieur d’abord, ce qui nous est commun avec le reste de l’humanité, plutôt que de nous en tenir à nos particularités paralysantes.

La plupart du temps, c’est notre engagement dans un but bien plus large que la satisfaction de notre petite personne qui est épanouissante et qui nous tient en vie. Nous sommes absolument nées pour agir. 

En ce sens, c’est aller au-delà de nous-même, sans nous considérer comme victime ni comme supérieure, sans se préoccuper outre mesure de notre nombril, sans être continuellement à l’affut de nos émotions et sans appliquer au monde extérieur les sensations intimes que nous ressentons.

4- Pourquoi le repli nous nourrit si peu

La passion de participer à une œuvre plus grande que nous, menée à la fois seule et en groupe, est fondamentale pour se sentir vivante. On se place comme un membre d’une horde, où chacun a une place et un rôle qui permet à tous de survivre et de prospérer.

Cette vision n’empêche pas de penser, de lutter, de jouer, de s’individualiser. Mais elle évite de se perdre dans les méandres du soi et de toutes ces théories qui nous poussent à nous sentir plus importantes que tout le reste, personnes, choses et idées, sous prétexte que nous avons été exploitées, sous-estimées ou mises à l’écart pendant des lustres.

Se recentrer sur soi, si on en a besoin, ne doit pas durer trop longtemps : le monde est beaucoup plus riche et intéressant que nous. Il nous apportera bien davantage en termes d’ouvertures et de soutien qu’en nous focalisant sur nos émotions négatives.

Comme celles-ci sont engendrées par la friction du monde extérieur sur notre être intérieur, autant aller examiner directement la source plutôt que de spéculer sur l’effet.

C’est en se concentrant sur ce qui est autour de soi qu’on s’agrandit nous-même, pas en se repliant sur des souvenirs, des convictions, des impressions ou des rancœurs. Bref, en dehors des situations de crise, ce n’est pas en fouillant notre intériorité que nous trouvons des réponses, mais en nous confrontant au monde.

C’est l’expérience qui nous révèle.

5- L’introspection suscite une dépendance

Je lis, en parcourant la presse, que notre fardeau est pesant, plus que celui d’autrui (surtout si autrui est un homme) et qu’il faut nous libérer. Pour cela, il faudrait penser à nous d’abord, avant nos enfants, nos parents, notre conjoint et les membres de la communauté.

Je préconise de plus en plus le contraire : le repli ne résout pas grand-chose et il nous fait tourner en rond. C’est l’action engagée qui nous aide, et qui aide autrui par la même occasion.

On en parle souvent en coaching, mais je vous le rappelle ici.
Certes :
– la méditation calme,
– la spiritualité nous donne du baume au cœur,
– identifier ses traits de caractères est structurant,
– se remémorer son passé douloureux est éclairant…
… mais tout cela ne dit rien de notre capacité d’agir.

L’introspection est passionnante et addictive. Nous adorons justifier notre comportement… car nous pressentons qu’il n’est pas toujours si moral.

Nous cherchons par tous les moyens à excuser notre paralysie, notre indifférence ou notre égoïsme, comme s’ils constituaient une forme de ratage. Mais en vérité, personne n’est parfait et nous sommes toutes faites de vices et de mauvaises intentions qui cohabitent avec notre recherche sincère de beauté et d’équilibre.

Oui, les attraits du développement personnel sont multiples – par conséquence leur présence envahit les réseaux sociaux. Il est facile d’y penser à longueur de journée. Je connais peu de femmes qui n’aiment pas s’y glisser et s’y perdre comme dans un lit douillet.

Mais le rôle de l’introspection est limité si nous n’arrivons pas à nous mettre en mouvement. Il faut pouvoir quitter ce lit, se lever et sortir dehors.
Agir, construire, c’est mettre son corps en action dans le monde extérieur.
Et pour cela il faut savoir s’oublier un peu.

6- S’ancrer par l’action et la participation

Tout ce qui demeure dans notre cerveau à un stade de ruminations, d’analyses, d’espoirs, de principes ou de rêveries finit par nous étouffer et nous empêcher de vivre une réalité plus crue mais plus accessible.

Le monde a toujours été assez compliqué et assez trivial.
Il a toujours fallu plonger dans le vide tête la première et se dépatouiller.

Notre caractère se heurte de la même façon à l’environnement, tout au long de la vie.
On voit ça très bien sur nos enfants, beaucoup moins sur nous-même.

Nous pouvons rarement changer ce phénomène, mais nous pouvons le regarder sous un autre angle : ces impulsions qui nous envahissaient quand nous étions jeunes deviennent des stratégies que nous décodons avec de plus en plus d’aisance.

Notre façon naturelle d’agir demeure grosso modo la même (on apprend bien sûr à arrondir les angles), mais notre regard change : nous prenons du recul et sommes capables de resituer nos actions dans une partition personnelle et collective.

7- Apprécier nos actes plutôt que nos états d’âmes

Je vous ai déjà parlé de la technique du récit de vie, très éclairante. Elle nous permet de comprendre ce qui crée notre cohérence, ce nous porte dans la vie, et où nous allons.

Plus je vieillis, plus je réalise que son intérêt ne s’appuie pas sur des principes mais sur des actes. Après 5 ou 6 décennies sur Terre, nous avons forcément produit quelque chose, de gré ou de force.

Cette méthode ne regarde pas ce que nous avons pensé, voulu ou imaginé mais ce que nous avons accompli. Les blessures, les plaisirs et les choix n’ont pas d’impact dans ce narratif. Seuls les faits comptent.
Et ils sont criants.

Les résultats que nous examinons ne sont évidemment pas tous quantifiables de la même façon. Parfois, il ne s’agit pas compter des nombres, des notes ou des euros. Il faut définir d’autres échelles et les utiliser.

Observer les réalisations marquantes de sa vie, et seulement ensuite en déduire la nature de notre destinée, transforme notre vision de nous-même en la liant intimement à un espace-temps (environnement et contexte).

Nous devenons instantanément plus performante – plus ancrée, pour utiliser un mot à la mode – l’ancrage représentant la réalité palpable. L’intention compte sans doute, mais la réalisation est bien plus puissante.

8- « Que fais-je » plutôt que « qui suis-je »

Je vous assure que c’est un soulagement de décrypter lucidement ce qu’on a accompli. Très souvent, on y constate la réalisation de nos désirs sous une forme inattendue, à la fois plus banale et plus riche que ce que le hasard, notre sexe, notre parcours scolaire, nos parents ou la pression sociale nous ont commandé de faire.

C’est en partie ce que je travaille avec vous en coaching : pas la réécriture édulcorée d’un parcours, pas le remplissage d’un cadre que l’on trouve vide, brouillon ou raté, mais la trace tangible de ce que vous avez semé et entretenu et que vous ne discernez pas.

Tout le monde sème – et tout le monde doit savoir quelle est la nature de ses graines :
– qu’est-ce qui pousse, en fait ?
– dans quel type de jardin ?
– qui récolte et se nourrit grâce à nous ?

Le vague à l’âme et les illusions naissent très souvent de cette absence d’implication dans notre rôle symbolique de maraichère, nourrissant le monde pour qu’il survive, sans jamais se lasser, jusqu’à ce que nous mourions.

Dans cette conscience d’appartenir à l’espèce imparfaite des humains et de contribuer à sa transmission et donc sa survie, il y a quelque chose de prodigieux et de rassurant qui apporte la paix.

De plus en plus, je réalise que ce qui nous définit n’est pas la taille ou la couleur de notre « moi ».  C’est l’empreinte de nos actes dans le monde, produits à notre mesure et à notre façon.

S’ancrer par l’action après 50 ans, voilà un programme passionnant et durable.

Renaître, c’est aussi oser se raconter

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