Il y a quelque chose qu’on ne dit pas assez à nos enfants, et qu’on refuse de se dire à nous-mêmes. L’éducation n’est pas faite pour trouver un emploi, gagner sa vie la semaine et la dépenser le week-end. Elle n’est pas faite pour que nous, ou nos enfants, nous transformions en consommateurs – même si cela peut se pratiquer avec culture et style.

L’éducation sert plutôt à détecter et valoriser l’intelligence de chacun, puis à la mettre en œuvre pour le bien de sa famille et de la société tout entière. Nous devons ainsi apprendre nous interroger sur nos motifs, nos actions et leurs conséquences à long terme.

C’est pourquoi l’investissement de notre temps au quotidien révèle tout de notre futur et de celui de nos enfants : qu’est-ce que nous considérons comme prioritaire et digne d’y passer des heures pour un résultat lointain et incertain ? Dans cet article, j’ai fait le choix d’évoquer l’optimisation familiale comme mode vie moteur pour les parents.

Dangers du modèle dual travail-famille

Déléguer l’éducation, un choix souvent inconscient

Si nous passons toutes nos heures hors de la maison et loin des enfants, ce ne sont pas nous qui les élevons : c’est l’environnement extérieur et le système éducatif local qui prendront le relais. Si nous aimons ce qu’ils deviennent dans ce cadre, tant mieux pour nous.

Mais si nous désirons viser plus grand, plus intéressant ou plus diversifié pour eux, il faut les pousser à résister à ce que leur impose notre environnement – une mission ardue qui exige une présence quotidienne et un savoir-faire exigeant.

Limites de l’influence parentale sporadique

Les quelques heures énervées que nous passons avec eux chaque semaine, encadrées par un agenda rigide entre travail, ménage et préoccupations du conjoint, ont peu d’impact face au temps majoritaire qu’ils passent à l’école, seuls ou avec leurs amis.

Les adolescents disent souvent que leurs parents ne les connaissent pas vraiment, et ils ont raison. Comment espérer exercer une influence positive et durable sur eux dans ces conditions ? Pourquoi choisissons-nous de les stresser… et de nous culpabiliser par la même occasion ?

L’éducation ne prépare pas qu’au travail 

Puissance de l’investissement éducatif

L’investissement éducatif véritable – ce mélange de dialogues et de silences, de patience et d’ambition, de confiance et d’effort, d’autonomie et de joie d’être ensemble – rend les enfants confiants et désireux d’utiliser leur intelligence. Les enfants sont exactement comme nous : ils donnent le meilleur d’eux-mêmes quand ils se sentent vus et appréciés dans leur réalité, quelle qu’elle soit.

Au lieu de cela, nous les poussons dans un système scolaire souvent ennuyeux ou bancal, avec des professeurs de qualité variable, motivés par des facteurs ou des « valeurs » très divers. Et nous critiquons ces profs sur lesquels nous mettons trop d’attentes, espérant compenser notre absence d’investissement personnel.

Enjeu : motivation après le diplôme

Ils ont au moins un but annuel clair : passer dans la classe supérieure. Mais une fois qu’ils auront obtenu le Graal d’un emploi stable, comment recréeront-ils la motivation pour poursuivre un apprentissage tout au long de la vie ?

Qu’est-ce qui les guidera dans la vie, au-delà de la simple pression de la gagner ? Je me demande bien ce qu’il se passerait si par hasard ils devenaient riches ou si la vie les rendait à jamais pauvres : comment rester motivé par l’existence ? Puisque le bonheur consiste à s’entraider et à se sentir aimé, pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes, montrer l’exemple et se lancer dans l’aventure de l’éducation ? 

Nous sommes toutes concernées par ce thème, car quand un jour nos enfants auront des enfants, il faudra bien qu’ils entretiennent la flamme, eux aussi.

Mon choix : refuser le surmenage total

Absence de rôle-modèle après la grossesse

Quand je me suis retrouvée enceinte, j’ai très vite réalisé que je ne tiendrais pas à tout faire à la fois. Je travaillais un gros plein temps avec des déplacements réguliers le week-end. À l’époque, mon mari possédait déjà sa propre société basée aux États-Unis ; nous habitions en France, ce qui signifiait qu’il bossait tous les soirs, et que j’allais devoir m’occuper de la maison et de notre fils pendant ses horaires de travail.

Beaucoup d’entre vous auraient peut-être persisté, quitte à plier, se fâcher ou à divorcer, puisque c’est ce qui se passe dans de nombreux cas. Je n’ai pas choisi cette voie : je voulais que ma famille, moi comprise, soit épanouie, équilibrée et pas bridée par un mode de vie qui ne me satisfaisait pas. Et je le veux toujours.

De salariée à freelance : une autre voie

Je n’ai pas hésité à réduire mon temps de travail pour y parvenir. Quelques années plus tard, nous avons déménagé aux USA et je suis devenue freelance à temps partiel. On m’a souvent demandé comment j’avais pu réduire mon temps sans « lutter davantage » pour ma carrière. C’est précisément ce que je ne voulais pas faire : choisir l’argent, le stress et la conformité.

Et puis j’ai compris qu’il est très difficile de résister à la pression sociale et à la crainte de la séparation conjugale. Pourtant les travailleurs sociaux, les psys ou les amies poussent les deux membres d’un couple à travailler, le salaire étant perçu comme la seule protection réelle des femmes qui divorcent de plus en plus de leur propre chef. 

Mais l’épuisement et l’impression de devoir tout mener de front ne sont-ils pas les facteurs les plus déterminants dans un divorce ? Et une fois divorcées, seules et obligées de travailler plus que jamais, les mères sont-elles vraiment plus libres et plus heureuses ?

Bonheur du travail vs pièges du salariat

Il y a un vrai bonheur à travailler, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de la maison : choisir, produire, progresser, construire est grisant, et les relations avec les collègues peuvent être formidables. Gagner de l’argent l’est aussi, bien entendu.

Mais on sait toutes qu’elles peuvent aussi être décevantes, épuisantes ou même affreuses, autant avec les hommes qu’avec les femmes. Pensez à toutes ces années de travail : combien de moments ont-ils été valorisants ? Combien ont été déterminants dans votre vie intellectuelle et sociale ? Et dans la vie de l’humanité ?

Ma méthode à moi versus le cadre d’entreprise

L’autonomie et la vision… chez soi

Ce que j’ai aimé dans le fait de « rester à la maison » (quel vocabulaire réducteur, quand on y pense), c’est m’occuper de cette maison et de toutes les personnes, fonctions et objets qu’elle contient, mais aussi de le faire seule et selon mon bon vouloir.

Quand je vois toutes les jeunes femmes qui s’obstinent à tout vouloir partager avec leur conjoint… Moi, je ne voulais pas du tout cela. Je voulais absolument le faire selon ma propre méthode. J’ai vu trop de couples se maudire car ils ne s’accordaient pas sur ce temps de travail hors travail. Et je les ai aussi vus renoncer à avoir des enfants, pour ne pas ajouter de raisons supplémentaires à batailler et finalement devoir concéder que l’égalité du partage des rôles est un mythe.

Épuisement des femmes cadres

J’ai bien vu que les efforts des femmes cadres sont épuisants : faire le même travail que les hommes, imposer sa présence pour qu’ils vous respectent (sachant que rien que le timbre de notre voix nous dessert) tout en multipliant les actes de bienveillance qui manquent systématiquement dans le monde de l’entreprise.

Saviez-vous que les femmes ont désormais tendance à renoncer à leurs ambitions car elles s’épuisent à tout faire ? Je ne parle même pas de la maison, du conjoint ou de la famille. Entretenir les liens professionnels, envoyer des mots de remerciements, organiser des pots de célébration pour fédérer les collaborateurs, discuter psy ou mettre de l’huile dans les rouages, voilà toute une variété d’activités pratiquées en plus par les femmes lorsqu’elles sont en entreprise, exactement de la même façon qu’elles le font déjà chez elles.

Guérilla des sexes ou complémentarité ?

Une charge affective que les hommes ne pensent pas à assumer, ou ne veulent pas, ou ne savent pas faire. Cette féminisation de l’entreprise a ses revers : un courant de recherche en sociologie commence à en décrire les travers. Bien entendu ce point de vue est très controversé mais il a le mérite d’exister, alors qu’il est devenu presque impossible de discuter du pouvoir des femmes au travail sans accuser les hommes de domination volontaire.

En étant trop attentives, en voulant trop être respectueuses, en valorisant trop les soft skills, la position des femmes en tant que leaders desservirait le monde professionnel… dont l’objet n’est pas de produire de la valeur émotionnelle mais de la valeur financière. 

On peut bondir en lisant ce type de théories, mais ce sont des femmes elles-mêmes qui les ont mises au point, constatant que le concept d’entreprise a été développé par des hommes pour des hommes, et que le management féminin ne peut foncièrement pas se calquer sur ce type d’organisation.

Différences biologiques et sociales

Un débat qui n’est pas prêt de s’arrêter

Un des moyens pour que l’égalité en entreprise soit réelle et effective, c’est que les femmes doivent apprendre à moins valoriser les valeurs féminines et les hommes à les augmenter. Une autre serait de distinguer les entreprises « masculines », à vocation technique et technologique de celles à vocation « féminine » et sociale, ce qui se pratique déjà beaucoup dans les faits. Idem dans la vie privée, d’ailleurs. 

La recherche montre que le corps, le cerveau, les hormones, les muscles, les cellules des hommes et des femmes sont différents, plus qu’on ne le pensait, en fait.

Ces thèmes de recherche sont passionnants et absolument fondamentaux. Chaque nouvelle théorie sur la question suscite l’enthousiasme de ses partisans et les foudres de ses ennemis, ce qui montre que nous sommes très loin de tendre vers l’égalité souhaitée. Les jeunes hommes s’intéressent de plus en plus au masculinisme, les jeunes femmes au féminisme, chacun arguant que leurs besoins corporels et sociaux sont cruciaux et incompris par l’autre sexe. 

Je trouve remarquable que pour les uns et les autres, les différences physiques et émotionnelles femme-homme sont réelles mais ne peuvent pas intervenir dans un rôle social. Je ne sais pas si cette position est durable, nous verrons bien.

Prix psychologique du leadership féminin

Devenir « supérieure » professionnellement, prendre du galon, signifie que les subalternes deviennent symboliquement « inférieurs », comparativement plus petits, en particulier les hommes. Tous les hommes (employés, conjoints, fils, collègues) sont susceptibles d’être impactés par ce changement de statut.

Cela conduit les mères à en faire beaucoup (parfois beaucoup trop) pour que les hommes de leur entourage ne les prennent pas pour des « contrôleuses », castratrices en puissance, et qu’ils ne les rabaissent pas d’une façon ou d’une autre. Cette position n’est pas toujours facile à accepter tant nous sommes poussées à valoriser autrui plutôt que nous-mêmes et à ne pas mettre qui que ce soit en situation désobligeante.

On veut monter dans la hiérarchie grâce à nos compétences et donc assumer un pouvoir relatif, mais cela implique d’accepter que d’autres doivent en descendre et en perdre. Comme il est difficile d’assumer le pouvoir en public ! Au bout d’un moment, diriger devient émotionnellement épuisant et a un coût psychologique que les hommes nous font payer presque sans s’en rendre compte. 

C’est là que notre intelligence doit intervenir : qu’est-ce qui est plus important ? 
Où puis-je avoir le plus d’impact à long terme ?

L’intelligence au service de l’optimisation familiale

La pression du travail pour l’argent

Quand les deux membres d’un couple vendent leur intelligence au marché du travail quotidien – heures fixes, stress, déplacements, blocages divers – c’est souvent un mauvais investissement. La vie familiale devient cette charge logistique qu’il reste à gérer le soir en sortant du boulot.

On s’imagine que cela va nous détendre et nous changer les idées, que l’amour partagé sauvera de tout. Mais on se retrouve dans une bataille organisationnelle, à considérer son conjoint comme un collègue moins diligent que nous, à céder sous la pression ou à partir, à ne plus être capable de souffler et de nous recharger.

Spécialisation : libération et efficacité

C’est pourquoi je préconise souvent un autre type d’aménagement quand les enfants sont jeunes, peu pratiqué en France car assimilé à une défaite sociale, un comportement conservateur et un choix réactionnaire. Pourtant l’optimisation familiale par la spécialisation libère chacun : le parent qui gagne de l’argent peut viser haut sans frein domestique, tandis que l’autre gère le foyer avec créativité et impact éducatif direct et de long terme. 

Le vrai pouvoir réside ici dans cette répartition des leviers : économique d’un côté, éducatif et relationnel de l’autre. L’égalité est réelle mais les outils sont distincts, et le fruit de cet équilibre, financier et relationnel, bénéficie à tous. Je parle ici d’interdépendance, qui dure le temps que les enfants grandissent, et qui cède ensuite la place à un autre mode de répartition, permettant de renouveler la vie conjugale au moment opportun.

Mon expérience sur la question

Culpabilité et solitude en France

Je vous parle régulièrement de cela, et j’ai longtemps cru culpabiliser de ne pas avoir suivi le chemin « normal ». Je me voyais paresseuse, peu capable, décevante pour mon entourage professionnel et familial. Et puis j’ai finalement réalisé que je me sentais surtout seule dans mes choix.

En France, nous restons très attachés au travail, sous-entendu au travail des mères, même si celui-ci n’est pas intéressant, peu rémunéré et qu’il rigidifie énormément la vie familiale. Dans l’hexagone, les hommes ne sont d’ailleurs pas très créatifs sur ce sujet : ce sont surtout les conjointes qui se sentent tenues de démontrer leur modernité en exerçant une activité professionnelle rémunérée, quitte à crouler sous la charge mentale. Eux se contentent de participer plus et d’encourager leur conjointe à sortir du foyer, ce qui contribue à valoriser leur statut social masculin.

Soulagement culturel aux États-Unis

Ce fut un grand soulagement de partir aux USA, où j’ai réalisé que les couples s’adaptent beaucoup plus librement au duo famille/travail selon les circonstances et les ressources. Sans doute grâce à la variété des cultures et pratiques, et parce que les rythmes scolaires ne se calent pas sur les horaires des salariés, l’éducation des enfants y est privilégiée. Aux États-Unis, les stay-at-home parents – mères ou pères – sont davantage légitimes, avec un vocabulaire valorisant et une flexibilité culturelle qui normalise l’adaptation aux forces du couple. 

C’est un modèle d’optimisation familiale mieux accepté là-bas, pas une exception stigmatisée comme en France où la place de la mère dans le monde professionnel est considérée comme un enjeu de société majeur.

Le problème récurrent des femmes, c’est le désir d’articuler le court terme pour qu’il soit viable et plaisant… tout en abandonnant le long terme aux mains des hommes. Et si on changeait cela ?

Renaître, c’est aussi oser se raconter

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