Lorsque je me suis décidée à retravailler de façon plus sérieuse (j'avais toujours conservé une petite activité professionnelle en tant que rédactrice), j’ai dû repenser en profondeur à ma position de mère au foyer. Pourquoi l’avais-je choisi, comment m’expliquer aux yeux du monde, alors que je voulais reprendre une carrière ?

Dans cet article

Pour une femme, exercer ses droits consiste à pouvoir choisir son mode de vie sans avoir à demander la permission à un homme (père, mari) ni risquer de se faire rejeter par la société.

Car longtemps, les femmes n’ont eu que le devoir de procréer. Elles ont dû ensuite conquérir le droit de travailler. Tant et si bien qu’aujourd’hui, ce droit est devenu en France une sorte de… devoir. 

La pression sociale s’est déplacé du foyer vers la carrière, sans que les mères aient eu vraiment le choix de s’y prendre différemment. Mais on peut mener une vie par étapes, plutôt que de conjuguer travail et enfants simultanément.

J’observe qu’aujourd’hui les jeunes femmes de 30 ou 40 ans, qui n’hésitent plus à renoncer à la maternité pour conserver une vraie possibilité de se développer intellectuellement, publiquement, financièrement. J’aurais certainement été tentée moi aussi… sauf qu’après 45 ans, on peut toujours reprendre une carrière, mais qu’on ne peut plus avoir d’enfants.

Voici comment moi j’avais considéré ma position il y a une vingtaine d’années avant de devenir mère au foyer, puis de me reconvertir.

Remettez le contexte à sa place

A notre époque, ne pas travailler lorsqu’on habite en France, que l’on a fait des études et que l’on est en bonne santé, est inhabituel, voire douteux. On vous soupçonne de vous noyer dans un verre d’eau, d’être peu ambitieuse – voire passive, d’être tradi ou d’avoir un conjoint bonne poire. 

Ou alors « d’avoir les moyens », ce qui est vaguement déshonorant, surtout si vous vous serrez la ceinture pour conserver ces moyens-là. Car bizarrement, peu de mères qui travaillent reconnaissent le faire strictement pour l’argent. On affirme avoir besoin d’activités intellectuelles, ou manuelles, ou sociales, ou relationnelles. De s’épanouir loin de ces gosses qui nous cassent les oreilles, même si les clients et les managers ne sont pas plus fun.

Si vous, vous avez mis votre carrière sur le mode « off » pendant 10 ou 15 ans, et que vous pensez vous reconvertir lorsque vous atteignez une cinquantaine d’années, il faut d’abord vous réapproprier vos choix passés.

Vous êtes en dehors des clous, que faut-il faire pour vous y remettre ? Sachez pourquoi vous avez fait ces choix, explicitez-les, articulez-les, affinez-les pour les intégrer pleinement et pouvoir en parler avec aise et naturel. 

C’est l’étape la plus importante dans le processus de reconversion des mères au foyer.

Réappropriez-vous le choix d’être mère au foyer

Très souvent, vous allez penser que ça n’était pas une décision, justement : c’est venu automatiquement en fonction des circonstances. Alors repensez à ces circonstances, et comprenez comment vous avez voulu mettre en œuvre le meilleur dans l’environnement en place, et à quel point vous avez dû choisir cette forme de vie.

Pourquoi ? Parce que vous allez forcément devoir vous justifier, auprès des recruteurs, auprès de la famille, auprès de ceux qui vous ont réservé une place bien au chaud dans leur propre schéma de pensée et de clichés. 

Ils ont l’habitude de vous penser au foyer, il va falloir qu’ils prennent l’habitude de vous voir ailleurs : expliquer votre nouvelle position et vos objectifs aux autres sera aussi important que de les pratiquer vous-même.

De toutes façons, que l’on choisisse d’éduquer ses enfants à plein temps ou de bosser à plein temps, on se retrouve la cible de questions incessantes. Même si l’on est à temps partiel. On soit systématiquement expliquer sa position et se justifier quand on est une mère, car la maternité ne semble pas du tout digérée par la société civile. Le « plafond de mère », ça vous dit quelque chose ?

Préparez-vous avec méthode

C’est en vous racontant que vous trouverez votre fil d’Ariane : vous comprendrez rétrospectivement avec quelle motivation vous avez fait vos choix de vie. Vous avez peu ou pas travaillé pour mieux vous consacrer à votre tâche de mère. Et grâce à ce choix, vous avez réussi « ça et ça », vous avez raté « ça et ça » et vous l’avez corrigé en vous y prenant « de telle ou telle façon ».

Soyez consciente de la réalité de votre travail auprès de votre famille, de son impact à long terme. Prenez la mesure de ce vous n’auriez jamais atteint sans le temps prodigieux que vous lui avez dédié. Vous pouvez vous posez la question suivante : quels sont les objectifs que je n’aurais pas accomplis si je n’étais pas restée au foyer ? Et vous pouvez évidemment faire aussi l'inverse : quelles sont les réalisations atteintes, quels moyens ai-je utilisé pour les mettre en oeuvre ?

Le monde du travail est un monde de quantités et de résultats, en tous les cas en apparence : adoptez son vocabulaire, sa façon de penser et surtout de présenter les choses. C’est absolument faisable, et c’est même très intéressant. Regardez-vous tout à coup parler comme une cadre ou une entrepreneure, avec assurance et conviction, sans vous laisser influencer par les doutes ou la condescendance que vous vous imaginez entrevoir chez votre interlocuteur. Entrainez-vous, évidemment. Et plutôt deux fois qu’une.

Démontrer que vous avez été solide dans votre choix de vie d’adulte, consciente de réduire votre place dans la vie publique pour privilégier le monde privé, c’est une position stratégique. Elle est aussi forte, largement, que le choix de suivre "ce qui se fait" (même si faire comme les autres apporte un réel bien-être social). Elle ne plaira pas à tout le monde, mais elle prouve que vous êtes une mère au foyer autonome, décidée, responsable. Et libre.

Apprenez à vous raconter utilement

Préparez votre « narratif », votre histoire : quelques minutes de présentation qui racontent votre propre parcours, qui remettent de la logique dans des évènements disparates, qui vous posent comme maîtresse de votre destin. Ne vous attardez-pas sur les circonstances qui sont à blâmer, mais sur la façon dont vous avez rebondi. C’est long à faire, mais utile et passionnant.

N’oubliez-pas : vous avez choisi ce parcours, parce qu’il vous convenait et que vous pouviez l’assurer sereinement, mais aussi pour réaliser un projet éducatif ambitieux. Dans la vie, faire un choix adapté et réfléchi est plus fructueux que de ne pas en faire… et de suivre le mouvement en espérant rester sur le haut de la vague, pour que les autres nous voit, ne nous oublient pas.

Et ce que vous allez faire désormais, vous allez aussi le choisir, et tout autant l’assumer. Oui, vous êtes mère au foyer. Vous avez privilégié la famille sur la profession et son salaire. Non, vous n’êtes ni naïve, ni dépassée. Au contraire. Vous savez vous mettre sur le devant de la scène quand c’est utile, mais aussi opérer en coulisses. Et c’est là que se concentre une bonne part du travail, partout dans le monde : préparer demain.

Ensuite, approfondissez avec les éléments plus émotionnels, subjectifs, que l’on suppose être votre spécialité en tant que mère « professionnelle ». Par exemple, vous savez doser entre discipline/récompense, méthode/imagination, douceur/sérieux, autonomie/collectif, en fonction de chaque personne.

Prenez de la hauteur

Elever sa famille n’est pas un destin. Ça n’est qu’une étape, y compris dans la vie professionnelle. On y consacre 10 ou 20 ans, 25 ans tout au plus. Ce qui représente la moitié du temps de travail d’une personne lambda. C’est ainsi que le départ des enfants, ou en tous les cas leur émancipation, marque la moitié de l’existence. Oui, à 45 ou 55 ans, vous vous retrouvez à l’aube d’une nouvelle époque, et d’une nouvelle carrière.

La suite ? Inventez-la. Donnez-vous un, deux ou trois ans pour faire le point, décider de votre orientation, vous reconvertir, en suivant les formations adéquates si nécessaire. Et faites-vous suivre sur ce processus lorsque vous en avez besoin. Vos enfants ne trouvent pas leur voie instantanément, et vous non plus. Ils changeront plusieurs fois au cours de leur vie, et vous aussi.

Cette partie vous tracasse ? 

Pourtant elle est beaucoup moins décisive que celle d’avant, où il s’agissait de réaliser qu’en choisissant d’élever vos enfants, vous avez été en position de force. Celle de construire, de transmettre, de créer une société meilleure et plus juste. 

Et que cette force peut non seulement se réutiliser, mais s’étendre. Vous réussirez beaucoup mieux si vous avez cela en tête. Chaque jour, même si vous vous sentez un peu perdue. Pensez à la puissance que vous avez déployée en tant que mère au foyer, et utilisez-la dans votre reconversion. La confiance ne remplace certes pas les démarches, la formation et les opportunités, mais elle permet de les mettre en oeuvre en acceptant l'effort, la souplesse et la persévérance qu'elles supposent.