S’occuper de ses parents ne veut pas dire les prendre en charge au quotidien. Mais plutôt contribuer à organiser leur vie pour qu’elle soit la plus douce possible, en fonction de leurs souhaits et de nos possibilités). Quand on est dans la cinquantaine, on est sûre que ça va nous tomber sur le dos un jour ou l’autre. En fait, soyons réalistes : ils n’ont même pas besoin d’attendre d’être vieux pour avoir une crise cardiaque, se casser un membre, perdre un peu la tête, ou être atteint d’un cancer.

Dans cet article

Je ne fais pas dans le catastrophisme, mais nos parents ont besoin de soutien, comme nos enfants auparavant. Pourtant nous n’avons pas forcément de relations proches, ou sereines. Pourquoi prendre soin de ses parents quand on se sent pas intimes avec eux ? Notre génération a souvent rejoint les grandes villes à la recherche d’un bon boulot. Cet éloignement géographique a pu impacté, souvent en négatif, notre connaissance de nos parents alors qu’ils vieillissaient.

On est parti quand tout allait bien et que l’on avait l’avenir devant nous. On les retrouve avec des décennies en plus, et des besoins physiques qui nous dépassent. Et dont on pressent qu’on en sera victime nous aussi, le jour venu. Comment peut-on éviter les problèmes, anticiper leurs vieux jours avec pragmatisme et garder un contact épanouissant avec nos parents vieillissants ?

Connaitre le cadre de leur vie pour s’occuper de ses parents

L’importance du logement dans la santé générale

Mes parents et mes beaux-parents sont sur des sables mouvants en terme d’habitat. Les premiers car ils habitent à la campagne dans une maison certes adaptée, mais loin des commerces. Les seconds car leur logement, autrefois superbe, révèle aujourd’hui ses contraintes techniques : petites marches partout, style et plan adapté aux jeunes, mais pas aux retraités.

Pourtant on sait que les personnes âgées et malades passent la plupart de leur temps à leur domicile. C’est littéralement le centre de leur vie. Celui-ci est donc crucial pour assurer leur bien-être et le critère Numéro Un pour bien vieillir, c’est d’avoir un logement « adapté ». A l’extérieur et à l’intérieur. C’est à dire qu’il soit accessible dans son environnement global (près des transports publics, des commerces, des hôpitaux, etc.) ET pratique à utiliser quand on est à l’intérieur.

Car n’oublions pas ces 4 facteurs influents sur le vieillissement :

  • Un logement non adapté accélère la maladie, la vieillesse ou la dépendance,
  • Un habitat bien conçu et bien placé les retarde, et sécurise leurs occupants ainsi que leur famille,
  • Quand on ne peut plus se débrouiller seul à domicile, l’aide extérieure, graduelle, s’impose,
  • Si celle-ci ne suffit plus, c’est une structure collective et performante qu’il faut choisir.

La connaissance des aides et services sur place

  • Tout d’abord, il est indispensable de bien s’informer sur les aides et sur les services payants (aménagement du logement, ménage, repas, etc.), assurances, ressources locales et référents.
  • Evidemment, tout ce qui est d’ordre financier compte beaucoup. Certains ne supportent pas que l’on regarde dans leurs comptes. Et tout le monde a entendu parler de ces vieilles personnes qui dilapident leurs réserves auprès de gens peu scrupuleux, mais qui ont l’avantage d’être sur place, attentifs et bien présents (même s’ils se comportent en parasites de notre point de vue).
  • Enfin, il me semble incontournable de faire le tour du cercle social de ses parents : les amis, voisins et relations diverses et bien sûr tout le corps médical, ceux qu’ils voient, ceux à qui ils font confiance et qu’on ne connait pas nécessairement.

Il y a donc une ou plusieurs semaines à y passer, en chair et en os.

Tout ce qui est important à leurs yeux, on doit le connaitre, et parfois le découvrir car on n’en avait aucune idée. Il est beaucoup plus facile de convaincre n’importe quelle personne de changer, quand on connait bien sa situation, son contexte à elle. Allez au supermarché avec votre mère, pour voir comment elle fait les courses et ce qu’elle choisit. Accompagnez votre père qui fait sa balade matinale et rencontre ses voisins. Tout compte.

Evaluer leur santé générale et les facteurs de risques

La préparation quand ils sont en bonne santé

Le bon moment pour s’organiser, c’est avant d’avoir des problèmes. Pourtant beaucoup refusent de voir que leur mobilité va forcément devenir plus restreinte en vieillissant, et qu’il faut dès à présent choisir un lieu de vie sécurisant, agréable et pratique pour y demeurer le plus longtemps possible. Si possible jusqu’à son dernier jour. Certains parents ne veulent absolument pas envisager cette échéance (même s’ils sont déjà plus ou moins invalides, d’ailleurs).

Dans ce cas c’est à nous, les enfants, de les inciter, voire de les pousser, à réfléchir à leurs conditions de vie futures. Je sais, ils vous répètent que tout va bien et qu’ils assurent tous seuls. A vous d’aller visiter des logements adaptés, des résidences seniors, des habitats collectifs de tous types et de vous faire une idée de la chose. Repérez ce qui vous semble convenir à vos proches, et faites-leur visiter l’équivalent près de chez eux.

Agir quand ils sont en mauvaise santé

Je reprends ce texte alors que mes parents sont tous les deux décédés. Autant ma mère avait fait contre mauvaise fortune bon cœur pour s’intégrer dans un Ehpad (qui s'est très bien occupé d'elle) où elle pouvait vivre "tranquillement" avec sa maladie neurologique dégénérative, autant mon père a refusé cette perspective pour lui. Pourtant nous l'avions inscrit dans le même établissement et même déménagé ses affaires. Il était prioritaire, vu que ma mère y résidait déjà - il a d'ailleurs payé le loyer. Mais il n’y est jamais entré. Il est décédé à l’hôpital en abandonnant ses traitements, de sa propre volonté. Il ne voulait pas, absolument pas, de l'Ehpad. Mon frère aîné, qui travaille dans le milieu médical, nous a dit que mon père s’était arrangé, en toute conscience, pour ne pas aller à l’Ehpad. Je crois que c'est vrai.

J'ai depuis entendu de multiples cas de lectrices et d'amis qui m'ont rapporté qu'il leur avait été impossible d'amener leurs parents à accepter de l'aide à domicile ou à déménager en établissement spécialisé. C'est une épreuve pour nous les enfants, et évidemment aussi pour nos parents. Ceux qui font part de leurs desiderata sont en meilleure posture... mais ils peuvent changer d'avis, comme mon père l'a fait. Mon mari et moi avons eu le privilège de pouvoir demeurer dans leur maison pendant un an et de les voir quotidiennement alors qu'ils étaient soignés ici et là, mais beaucoup d'entre vous n'auront pas ce choix. Cette situation peut être angoissante, surtout s'il y a désaccord entre les deux parents et avec vos frères et sœurs. Je vous en conjure : anticipez, anticipez, anticipez.

Vous trouverez le récit de ces péripéties, et celles, bien plus dramatiques finalement, de ma belle-mère aux USA, dans certains épisodes de ma newsletter ci-dessous.

Il est tout à fait possible qu’ils n’aient jamais aucun problème, en particulier s’ils ont une santé resplendissante toute leur vie et qu’ils entretiennent leur condition physique quotidiennement. Mais la plupart du temps, ils seront un jour confrontés à un problème, souvent à la suite d’une chute à domicile entraînant une hospitalisation puis le retrait des activités. C’est le risque principal que subissent les personnes âgées.

Les facteurs de risques, pour eux et pour nous

La durée de vie dans le monde a doublé depuis 1920, donc depuis 100 ans. Les progrès de la médecine, des campagnes de vaccination et de l’éducation sanitaire en sont les premiers responsables. Et du coup, nous sommes entourées de personnes plus âgées car elles meurent beaucoup moins prématurément. Elles accumulent les décennies, mais pas forcément en bonne forme.

Les années difficiles ont donc tendance à s’allonger. Bien sûr, on veut toutes vivre longtemps ET en bonne santé, mais il ne faut pas oublier les facteurs génétiques ni les mauvaises habitudes acquises depuis l’enfance. Car l’alimentation, l’activité physique, le tabac et l’alcool ont un rôle déterminant dans notre qualité de vie, et surtout le bien-être de nos dernières années.

Les campagnes de prévention de santé publique vont bon train depuis quelque temps sur ces sujets, mais ça n’était pas le cas quand nos parents ont grandi. Donc ils risquent de souffrir de routines débutées il y a belle lurette… Sans compter le cercle social qui se réduit, le décès d’un proche et en particulier du conjoint, l’arrêt des projets d’envergure : tout cela constitue des étapes usantes.

S’y ajoutent notre situation à nous : ménopause inconfortable, travail stressant ou ennuyeux, soucis financiers, enfants démotivés, couple qui flanche, etc. Juste au moment où nos enfants partent, où l’on prévoyait notre renouveau personnel, voilà que nos parents se mettent à sérieusement lâcher pied ! C’est le moment d’être doublement organisée.

Les avantages de résider près de chez nous

De l’importance de réapprendre à se côtoyer

Ma grand-mère paternelle vivait dans un logement accolé au nôtre, un simple studio, mais qui lui permettait d’être complètement autonome. Chacun vivait chez soi et avait ses propres activités et relations, et on partageait du temps ensemble, surtout nous les petits-enfants. C’était rassurant pour tout le monde, sans que l’on ait à « subir » l’autre, ou les autres.

On ne se mêlait pas de ses affaires, et elle ne se mêlait pas des nôtres. C’est tout un art de vivre en bon voisinage avec sa famille. D’accepter qu’elle affiche des façons d’être et des opinions différentes, d’un autre temps (mais de toutes façons, la vie se poursuit même si les gens ont des idées et des comportements aux antipodes des nôtres).

Quand ma grand-mère est devenue très vieille, elle a bénéficié de l’aide à domicile, sans jamais devoir déménager ailleurs. J’en garde un souvenir formidable. Et mes parents pouvaient sortir ou partir quelques jours ensemble sans se faire de tracas. Ce qui les a probablement bien aidé dans leur couple : je connais quantité de conjoints qui ne sortent plus quasiment jamais à deux pendant toutes les années où leurs enfants sont jeunes.

L’évolution des modes de vie va permettre de se rapprocher

Je fais un pari : avec la montée du nomadisme et la possibilité de vivre n’importe où (pour ceux dont le travail est basé sur l’informatique), les familles vont se rapprocher. On observe déjà que la vie nomade se repend sur tous les front, des espaces de coworking à la vente à emporter.

Car l’une des grandes causes de la difficulté des mères à combiner vie domestique et vie professionnelle est le manque de « main d’oeuvre » à la maison, en particulier le manque de personnes de confiance pour encadrer les enfants. Tandis que l’une des raisons de la détresse des personnes âgées est l’isolement de la famille.

Retrouver un mode de vie où un parent âgé est proche, voire sur place, va forcément revenir au goût du jour. C’est vrai, ce parent va nécessairement vieillir et avoir besoin de soins, mais je suis bien placée pour dire que ces soins sont beaucoup plus faciles à mettre en place quand on vit à proximité.

Mes beaux-parents habitent en Californie, mes parents dans l’ouest de la France, et moi à Berlin (à l’époque où j’ai écrit cet article – désormais je vis à Nice). Malgré tout ce que l’on peut accomplir par vidéo-conférence avec le corps médical et les entreprises diverses, il reste extrêmement difficile de comprendre et de communiquer avec des personnes âgées par ce biais.

Au moins, nous, quand on aura 85 ans, on sera des pros de Zoom, qui sera d’ailleurs beaucoup plus sophistiqué ! Mais pour le moment, la communication en réel, sur place, de personne à personne, s’impose. Au sortir du confinement, des études ont d’ailleurs démontré que les personnes âgées qui avaient utilisées Zoom ou Skype étaient plus déprimées que celles qui s’en étaient abstenues…

Quand nos enfants partent, le rapprochement des parents et des frères et soeurs

Autre avantage d’avoir ses parents sous la main, même s’ils sont malades, c’est évidemment d’être sur place en cas de futures pandémie, et donc de confinement. Tout ceux qui se sont retrouvés séparés ont pu goûté à l’amertume de l’isolement, particulièrement les personnes qui vivent seules chez elles. Et en maison de retraite, les visites restreintes, ou interdites, ont donné l’impression d’être en prison.

Pour une quinqua, les relations à distance avec ses parents, ou ses beaux-parents, vont souvent prendre une proportion importante du temps libre : weekends, vacances. Plus ils sont loin, plus on s’inquiète, plus il faut anticiper et s’organiser. « Gérer ses parents » peut être perçu comme une tâche parmi d’autres, et augmenter significativement le niveau de la charge mentale.

La fratrie aussi va reprendre de l’importance, vu qu’il faut s’organiser avec les frères et soeurs, beaux-frères et belles soeurs. Chacun avec son bagage financier, son temps libre et ses contraintes professionnelles et familiales. S’occuper de ses parents, c’est dans ce cas s’arranger pour que les relations familiales soient fluides et non conflictuelles. Pour pouvoir prendre les décisions qui les respectent et leur bénéficient, avec toute l’aide technique et logistique dont ils ont besoin.