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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 31 décembre 2023

Tous les garçons zé les filles de mon âge

Cette controverse « Gérard Depardieu » m’interroge nuit et jour. Il est vraiment d’une autre époque. Sa carrure massive et sa voix douce se sont retournées contre lui. Il s’est horriblement empâté, tandis que de sa bouche sortent des obscénités plutôt que de la poésie. Il n’est pas le seul à mal vieillir. Il n’est pas le seul à être entré sur la pente savonneuse de la beauferie, depuis belle lurette. Il était l’emblème de son temps… et il l’est resté.

Oui, bien sûr que oui ! Pourquoi aurait-il changé ? Quasiment pas une femme de ma génération (enfin, surtout celles qui ont 15 ans de plus que moi) n’a songé à lui commander de se taire.

Toujours séducteur, mais façon vicieux, c’est comme ça que les hommes puissants prennent de l’âge, non ? C’est fascinant, dans un sens, de remplir avec tant d’assiduité ce rôle sexuel que sa génération attendait de lui. C’était vraiment un pro On le voit en plein jour, les soixante-huitards vieillissent. Ils sont tous retraités, ou presque. Et ils doivent décider ce qu’ils veulent faire de cette sexualité qu’ils ont réclamés à corps et à cris.

Le sexe tumultueux de leur jeunesse, c’est devenu un genre de fardeau qui leur reste sur les bras. Doivent-ils se replier sagement et laisser leur place aux nouveaux emblèmes générationnels, fluets et androgynes, comme la star du jour Timothée Chalamet ?

Peuvent-ils épancher leur soif nostalgique de plaisirs physiques, quitte à céder à une obsession pour les adolescentes du porno en ligne ? Les jeunes, nos enfants, quand ils observent les Gerard Depardieu et Compagnie en puissance, ça les dégoûtent. Ça n’est pas seulement la vulgarité ou la permissivité, c’est aussi, j’en suis convaincue, le fait que ces gens ont l’âge de leurs parents. Ou même de leurs grands-parents. Il y a un petit côté incestueux dans toute cette affaire, qui n’est pas très rassurant. Et nous les quinquas, on se demande bien comment on doit jongler avec la libido qui nous échappe et l’envie si forte de rester toujours VIVANTE.

Le vieillissement, ça n’est pas seulement celui de notre visage et de notre cerveau. C’est aussi celui de notre image générationnelle, celui de notre passé à toutes. Le risque d’être collectivement relégués dans les placards du grenier de nos compatriotes nous pend au nez, à tous et à toutes ceux et celles de mon âge, qui ont grandi dans la mouvance post mai 68, où la sexualité ne s’apprenait pas, où les hommes devaient être entreprenants pour montrer qu’ils existaient, où les femmes – nous – devaient se placer stratégiquement dans le terrain de jeu des relations à deux, pour trouver l’indispensable conjoint dont on aurait plus tard une chance sur deux de se séparer.

La drague était ultra primaire. Et la suite – nos vies amoureuses – c’était vraiment une question de chance Mais les jeunes ne veulent plus de ça. Ils veulent choisir. Ou pas. Ça leur pose d’autres problèmes. Mais ils réfléchissent, ils essaient, et ils se prononcent.

Un jour on sera, ensemble, has been. Ou peut-être pas. A nous de regarder bien en face ce qu’on a construit de positif, et ce qu’on a laissé trainé car on ne savait pas comment s’y attaquer – parce qu’on ne savait pas que c’était vraiment attaquable. Il a fallu des milliers de générations pour que la sexualité face l’objet d’un authentique manuel de conduite, sachant qu’on en commence à peine la rédaction…

Pour l’occasion, je vous remets les articles où j’ai parlé de ces thèmes.

Véronique

Illustration de la lettre « Tous les garçons zé les filles de mon âge »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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