Lettre du dimanche · 17 décembre 2023
De plus en plus vite
Le temps galope à grande vitesse. C’est normal et c’est prouvé. Quand on est petit, on a vécu peu de jours. Comme le temps remplit déjà notre existence, il parait très très long, à hauteur de sa petite durée de vie. Une semaine d’école, ça traine drôlement en longueur, et si on n’aime pas ça, alors ça devient réellement insupportable.
Quand on vieillit, on accumule le temps, qui prend donc bien moins d’importance. Je viens de calculer que ce matin alors que je vous écris, j’ai déjà vécu exactement 21400 jours.
21 400 ! La petite Olivia dont je vous parlais il y a quelques semaines vient tout juste d’accumuler 428 jours. Je me souviens précisément de quelques dizaines de jours de ma vie, au plus, et très peu dans leur totalité. Je serais déjà incapable de vous raconter heure par heure ce que j’ai fait dimanche dernier. Désormais, une semaine désagréable passe à la vitesse du TGV, même si j’accumule les nuits blanches dans l’inquiétude – une semaine merveilleuse passe tout aussi vite, malgré mes efforts pour en garder la trace.
La petite Olivia, elle, du haut de ses 428 journées, a appris à marcher, à ânonner quelques mots, à manger autre chose que de la compote. Elle est fascinante car elle se transforme visiblement, jour après jour.
Imaginez, si on continuait à se transformer ostensiblement, sous nos propres yeux, pendant 95 ans ? Si notre conjoint, nos collègues, nos voisins muaient un peu chaque semaine, au point d’être devenus méconnaissables après 6 mois ? Il faudrait tout réapprendre d’eux à chaque rencontre, et ça, ça deviendrait réellement insupportable.
Regarder les bébés, ça nous donne une perspective sur le temps. Même quand tout parait figé, enlisé, après une année difficile, le temps coule quand même. Il nous fait dériver irrésistiblement sur le cours de notre vie. Alors on a intérêt à prendre des notes ou des photos, pour savoir où on est passé. A faire des croquis, des vidéos, des enregistrements. A interroger les uns les autres. A se souvenir, ou plutôt à faire un choix de ce qui est essentiel, ou digne de demeurer dans notre mémoire.
Qu’ai-je fait de mes 21 400 jours de vie ? Je les ai au moins découpés, comme vous, par décennie, par année, par mois. Heureusement. Ça ne donne pas un ordre d’importance, mais ça donne un ordre quand même.
En cette fin d’année, je vais faire le point, comme d’habitude. J’avais écrit un article là-dessus (voyez aussi celui-là, qui traite de nos croyances fondamentales au cours d’une existence).
Oui, on a bien besoin de ces 2 semaines à venir, pour réaliser ce qui s’est vraiment passé les 50 autres qui viennent de s’écouler.
Véronique

La lettre du dimanche
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Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
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