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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 13 novembre 2022

La nuit qui s’allonge

La nuit de novembre s’allonge, on doit s’y résoudre. Elle s’étire le matin, elle accourt le soir, elle occupe tout l’espace – parfois elle nous quitte à peine de toute la journée et s’étale lâchement dès que la pluie déboule. Elle est plus que présente : elle nous imprègne.   Chaque année, elle glisse dans mon corps et m’envahit comme une ombre, une maladie triste, froide. Je tremble toujours en pensant à novembre, ce mois où l’on perd la lumière, où l’on rétrécit, où l’on chuchote. Où l’on crie.

Alors pour me donner du courage, je passe beaucoup de temps dehors. Avec un peu de chance, il fait soleil, et je marche dans les feuilles aussi mortes que vivantes .

Mais s’il pleut, je sors quand même. J’écrase la gadoue collante, j’ai le nez qui goutte et les mains gelées. Je sors dans le brouillard, dans la bruine et dans la tempête. Je me presse, vite vite, vite, sous les étoiles et dans le vent. Je sors pour dire à la nuit que je n’ai même pas peur, même si ça n’est pas vrai. Je marche pour me prouver que je suis bien vivante, que je respire, que l’atmosphère sombre ne m’aura pas. Je vais rentrer au chaud, tout ira bien.  Car il faut s’activer dans tout ce noir. Se reposer mais sans s’assoupir. Travailler, faire comme si le soleil nous regardait de là-haut.

Neuf heures et demie de nuit, ça devrait être neuf heures et demie de sommeil. D’ailleurs je suis debout, mais n’est-il pas l’heure de dormir ?  Les rêves et les cauchemars me traversent quand même, comme si j’étais un fantôme. Je suis dans un sommeil-éveillé, un peu glacée, un peu brûlante. Sur le qui-vive. Cette nuit-jour sans fin de novembre ouvre nos cœurs. Elle laisse déborder le rire et les larmes. Les frissons et le désir. C’est une pénombre en sursis, on y est insomniaque et somnambule, on y entre dans un état second, on en sort épuisée.

Mais débarrassée de ses tourments.  Force physique, force émotionnelle, force mentale, on y récolte tout. Ma nuit de novembre se révèle tellement généreuse, tellement électrique et tellement exigeante ! Je vous souhaite de doux rêves étranges en série… (mais que cherchent-ils bien à vous dire ?).

Véronique

Illustration de la lettre « La nuit qui s’allonge »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

La lettre du dimanche

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