Lettre du dimanche · 8 octobre 2023
L’amant(e), l’ombre qui plane sur le couple
Poursuivons avec l’exploration de l’infidélité, la part sombre de la vie conjugale qui plane sur nos têtes comme un oiseau de nuit. En relisant, je vois que cette lettre est drôlement longue, ça doit être l’effet du plein de café et du gros petit-déjeuner ce matin !
La semaine dernière, avec « L’infidélité, la comprendre et la vivre mieux », je voulais commencer par le contexte. Car finalement, on a un peu trop tendance à se sentir à l’origine de ce qui se passe dans sa vie, du meilleur au pire, en passant par le banal et le surprenant.
Non, l’infidélité n’est pas uniquement de votre fait : c’est le fait de l’organisation globale de la société, du couple et de la culture dans laquelle on baigne. Ça n’est pas une anomalie qui vous tombe dessus, mais un phénomène absolument courant, donc normal, que l’on a intérêt à bien observer – pour mieux s’en sortir si jamais ça nous arrivait.
Nous, les quinquas francophones, avons énormément de références communes. On a lu plus ou moins les mêmes livres à l’école, on a vécu l’effondrement de l’union soviétique en direct à la télé, le trou dans la couche d’ozone, le bug de l’an 2000 et les études de nos enfants en pleine pandémie du Covid.
Nos choix de vie sont certes personnels mais vont dans la même direction, celle qui était considérée comme fondamentale quand nous avions vingt ou trente ans. Bien entendu, on les digère chacune à notre façon, mais on reste portées par des idéaux (ou des catastrophes) communs qui soudent chaque génération et la distinguent des autres.
Par exemple, nous qui sommes nées dans les années soixante, avons suivi des études supérieures plus longues que nos prédécesseures, tout en demeurant souvent « les assistantes » que le monde contemporain recherchait : enfin on s’apercevait que les femmes étaient multi-talentueuses et corvéables à merci… grâce aux hommes qui savaient adroitement les diriger.
On a été aussi la génération de l’union libre, avant celle du Pacs. Et celle de la séparation généralisée. Et des mères seules. Oui, nous, on s’est drôlement émancipées. On a travaillé, on a fait des enfants et on a divorcé ! (On commence à comprendre que nos filles ne s’empressent as de répéter ce modèle, qui nous a pourtant donné l’impression d’être modernes et progressistes).
Nos conjoints pouvaient bien butiner ailleurs, rien ne nous a empêché de les quitter, même si la suite a été dure. Pas question de faire comme nos propres mères, qui ravalaient leur peine, soupiraient un bon coup et poursuivaient le ménage et la cuisine en jetant un œil sur la télé.
Nous sommes la génération qui s’est affranchie de l’infidélité, en décidant qu’elle n’était pas acceptable. Au fur et à mesure des décennies qui passaient, on s’est tellement persuadées qu’on était des victimes, qu’on était manipulées, infériorisées (et que les hommes n’étaient pas beaucoup plus que des machos en puissance), qu’on n’a pas toléré qu’ils nous maltraitent davantage en nous trompant. Comme il a été ardu d’avancer avec l’émancipation dans une main, et un conjoint dans l’autre !
L’adultère, encore aujourd’hui, est toujours présentée de façon négative. C’est une trahison, forcément suivie par une rupture. Comment rester digne et sauver son mariage alors que l’omniprésente « Défense de la cause des femmes » nous susurre de mettre les bouts ? C’est ce qui m’intéresse aujourd’hui. L’infidélité est un conflit émotionnel personnel et collectif.
On y trouve de la peine et des larmes, de la routine et de l’ennui, de l’autonomie et de l’aventure. Il y a de la rancœur définitive – et de la déception temporaire. La tristesse de se voir délaissée, la culpabilité d’aller voir ailleurs. Mais est-ce que tout cela vaut le coup de mettre son couple sur la sellette ?
Quand on est quinqua, on se pose forcément des tas de questions. Que l’on soit trompée, que l’on soit trompeuse.
Cette semaine, je vous ai écrit un deuxième article, du point de vue existentiel et émotionnel. Comment faire en sorte que tout cela s’allège, dans nos cœurs et dans nos mœurs ?
J’espère qu’il vous apportera des pistes, pour toutes celles d’entre vous qui doutez ou qui ruminez.
Véronique

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