Lettre du dimanche · 15 juin 2025
Those good kids
Jeudi mon mari et moi avons récupéré Maddie, une Américaine de 22 ans, qui passe quelques jours avec nous. 👩 J’adore côtoyer des jeunes de l’âge de mon fils, qui en plus ne connaissent rien de la France. Je les regarde comme si j’étais au cinéma, je les écoute comme s’ils passaient à la radio et je leur pose de multiples questions pour savoir ce qu’ils feraient, en tant qu’Américain (ou Japonais, Italien, Égyptien, etc.) dans les situations que nous vivons au quotidien : les repas, les balades, le boulot, la météo, la politesse, l’habillement - de minuscules détails changent d’une culture à l’autre, jusqu’à la façon dont on pose pour les photos ou le ton de la voix en extérieur.
Au contact de la différence, une révélation s’opère et soudainement leur parole coule, de façon claire et limpide. Ces jeunes de 22 ou 23 ans ont la faculté de penser comme vous et moi, mais ils n’ont pas encore de carrière ni de famille au sens propre - et ils n’ont pas non plus de passé qui n’appartienne qu’à eux. Mais ils partagent leur univers avec une candeur merveilleuse. Ils savent qu’ils sont au seuil d’entrer dans la vraie vie des adultes, celle où on travaille pour gagner de l’argent en tâchant d’utiliser au mieux son cerveau et sa sensibilité. Ils savent que l’emploi de l’argent gagné peut construire ou briser la vie. Ils savent que les choix amicaux ou amoureux aussi, peuvent construire ou briser la vie. C’est l’âge où l’éducation qu’ils ont reçue joue à plein, du pire au meilleur. C’est grâce à eux que je vois le mieux le travail parental, mère et père, des deux décennies de leur jeunesse.
Derrière leurs paroles et leurs silences, il y a des discussions ou des fâcheries, la famille et le divorce, les déménagements, les rires, les traditions, le doute, le sarcasme ou la gentillesse. Il y a aussi la maladie, dans le cas de Maddie. En quelques heures, on peut deviner beaucoup de leur vie passée, et encore plus de leur vie à venir. Ceux qui ont été bien guidés, à la maison et à l’école, sont ceux qui se connaissent le mieux. Ils ont déjà beaucoup parlé d’eux-mêmes - on leur en a souvent donné l’opportunité. Ils n’ont pas fait qu’engranger des recommandations, des injonctions et des plaintes : ils ont beaucoup réfléchi seuls. Ils ont eu des références qui les ont aidés à se définir, à se caractériser, à se projeter. Ils ont une idée assez précise de ce qu’ils peuvent eux-mêmes attendre de la vie et dans quel ordre.
Ils ont une qualité d’échanges et une confiance en l’autre (en l’occurrence, en moi, une inconnue !) qui est remarquable, supérieure à beaucoup de personnes bien plus âgées. Ils ont aussi une pratique de la liberté, de la patience et de l’ambition, un drôle de trio qu’il n’est pas si facile de s’approprier. Et bien qu’ils ne soient pas écrasés par la dureté du monde, ils se montrent très conscients du niveau de difficultés qu’ils sont capables d’affronter ou pas. Ils ne flottent pas. Ils avancent. À leur rythme. Tous les jeunes ne sont pas ainsi. Mais quand on en voit, et que l’on a la chance de passer du temps seul à seul avec eux, on se dit que la parentalité est une activité extraordinaire, qui ne fabrique aucunement les enfants mais qui leur permet de se révéler.
Maddie en fait partie, et je sais d’expérience qu’elle est loin d’être la seule. Ils sont comme nous, quinquas : ils ont beaucoup à apprendre et ils ont beaucoup à transmettre. Ils ont acquis un état de réceptivité qui ne les quittera jamais. Les rencontrer est une joie partagée.
Je vous ai parlé récemment de ceux qui, se focalisant sur la douleur, coupent les ponts d’avec leurs parents. Aujourd’hui je voulais vous rappeler que d’autres choisissent l’espoir et bâtissent des ponts - avec leurs parents et avec le monde. Aidons-les à faire cela. Et soyons nous-mêmes comme ces jeunes de tous horizons : prêtes à se lancer dans la vie et à la réussir. Je pars mardi en Chine pour 3 semaines. Nous allons à la remise du diplôme de master de mon fils, puis nous voyagerons avec lui. Trop hâte ! Je vous écrirai de là-bas, of course.
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !