Lettre du dimanche · 18 février 2024
Perdue au milieu des plats ?
Même si j’aime cuisiner, même si j’adore diner, même si je ne déteste pas digérer, il y a très peu de jours dans ma vie où je ne me triture pas le cerveau en pensant à ce qu’on va manger.
Mon mari, cela ne lui arrive jamais. Je vous jure. Il ne se soucie strictement jamais de ce qu’il va mettre dans son assiette. Quand il a faim, il fouille dans le frigo. Quand il constate que le frigo est vide, il court au resto.
Pour moi, c’est juste impossible de baser mes repas sur le bistrot du coin, le camion pizza ou les plats tout préparés. Trop gras, trop salé, trop cher, trop fade, trop vide, trop moche. Il y a trop de tout et pas assez de rien, dans ces assiettes qui ne sont pas faites par mes mains personnelles à moi.
Je fais partie de ces femmes qui espèrent maitriser la vie entière en contrôlant ce qu’elles mangent.
Et vous aussi, selon toute probabilité. C’est normal. Il existe un complot contre nous, les femmes de 50 ans et plus. « On » veut nous contrôler. Nous faire avaler des trucs impossibles pour nous faire sentir mieux. Car on se sent mal, il faut le savoir : délaissées, déclassées, inintéressantes, grisonnantes, en phase accélérée de grossissement et de ratatinage. C’est « la société » qui le dit. Et qui nous pousse par la même occasion à nous régénérer en ingurgitant des aliments merveilleux, qui vont nous rajeunir, nous embellir, et nous donner une intelligence que nous n’avions jamais soupçonné posséder.
Le remède, c’est de réfléchir à ce qu’on mange. De s’y consacrer corps et âme. De ne jamais être tranquille tant qu’on n’a pas atteint la juste dose d’équilibré, de varié, de naturel, de saisonnier et de local - le tout mûr à point.
Quelle pression, de manger trois fois par jour dans les règles de l’art ! J’adorerais savoir comment faire pour prendre les repas à la légère. Devenir naïvement négligente, comme mon mari, c’est peut-être souhaitable. Et même nécessaire.
Comment ne pas se laisser dévorer mentalement par son carpaccio de céleri-rave bio aux pépins de grenade rôties ? Il est temps de prendre du recul sur le big bazar du perfectionnisme nutritionnel. Il est temps de s’organiser pour ne plus penser à ce qu’on va préparer à midi (dans quelques heures, déjà…). Puis ce soir. Puis demain midi. Puis demain soir. Etc.
Véronique

La lettre du dimanche
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Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
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