Lettre du dimanche · 5 février 2023
Du baume et du hasard
Février, le creux de l’hiver. Le mois où les phases de réchauffement se succèdent avec un temps glacial et démoralisant. On observe de petites plantules sortir de terre… puis y retourner illico. Snif, il faut encore attendre (le printemps). Vous allez au ski, en Martinique, au cinéma ? Vous dévorez des crêpes ou les séries télé ? Chacune trouve un moyen de se réconforter, de s’évader. Temporairement.
C’est le moment de revenir aux basiques du bien-être, ceux qui nous alimentent de sérénité jour après jour, qui nous permettent de lutter contre la frustration et l’impression de regarder passer la vie sans en tirer de fruits juteux. Le bien-être s’acquiert jour après jour. Il se travaille. Il repose sur des méthodes conscientes, des façons de considérer la vie. Et la capacité de saisir les opportunités. Je suis toujours frappée de constater combien les études à grande échelle pointent la part du hasard dans l’évolution de la vie.
Pour n’importe quel sujet, en fait. Couple, travail, argent, santé, amies, tout qui nous préoccupe, tout ce qui fait notre quotidien, dépend énormément du hasard. Les grandes fortunes sont construites sur une bonne dose de hasard que leurs propriétaires ont transformé en chance. Les couples heureux ont fait de même. (Et bien entendu, ils ont bossé sur cette fondation, mais pas plus ni moins que les autres) Avoir l’œil pour saisir les bonnes circonstances, pour repérer les occasions, les coïncidences, pour identifier les synchronicités, pour sentir la suite à venir. Flairer l’air de notre temps…
…La meilleure façon de mettre le hasard dans notre poche, c’est de s’ouvrir sur le monde. Conserver ses habitudes, c’est rejeter la surprise, et c’est donc décider que l’on veut rester dans la même position.
Si on souhaite davantage, ou mieux, ou autre chose, il faut forcément s’en remettre à l’inconnu. Relever la tête dans la rue pour voir ce qu’on ne voit plus. Parler à cette personne qu’on croise chaque jour sans la connaitre. Lire des livres de sa bibliothèque qu’on n’a jamais ouverts. Aller dans cette ville toute proche où on n’a pas mis les pieds.
Le hasard, c’est le choix de sortir de sa petite ritournelle protectrice. C’est faire un pas de côté, sans se mettre en danger. Quand la vie est trop chargée, on ne peut pas le faire, ou plutôt on ne peut pas l’accepter. On prend cela pour une charge inopportune, une perturbation pas du tout sympathique ni créatrice. Quand on est submergée, la seule chose que l’on désire, c’est le repli sur soi.
La répétition rassurante. C’est pour cela qu’il faut se libérer du temps. Pour voir autre chose et laisser le hasard s’introduire, avant de pouvoir le saisir.C’est vrai que celles qui « bougent », qui changent souvent, de ville, de métier, qui multiplient les expériences, ont davantage l’occasion de vivre un événement fortuit, un concours de circonstance étonnant, qu’elles apprennent à saisir. On a l’impression qu’elles ont de la chance.
Elles ont bénéficié d’occasions que nous on n’a pas eu, n’est-ce pas ?Nous, on ne peut pas changer de vie comme ça en claquant des doigts, on est tenu par notre boulot, nos vieux parents, notre prêt immobilier, etc. On a des obligations. Et comme on est super-responsable et super-organisée, on a décidé de supprimer le hasard de nos journées. Purement et simplement. Et ça marche – on est assez douée pour ça, en fait.
Mais en faisant cela, on a construit notre prison. On s’est exclue de la possibilité d’un coup du sort, d’un revers de fortune, d’un imprévu, d’une aubaine cachée derrière une savante routine. On s’est exclue de la surprise du hasard.
« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », disait, parait-i,l Einstein.Répéter chaque jour chaque élément de notre vie, c’est bloquer notre évolution. Et donc de ne pas se mettre dans des situations hors de contrôle. Et donc de ne jamais rencontrer le hasard. Et donc ne pas pouvoir rebondir dessus. Et donc d’entretenir la frustration de passer à côté de ce renouveau pourtant désiré.
Le bien-être à 50 ans, c’est aussi l’art d’être convaincue que la vie nous réserve de bonnes surprises, si on a l’œil ! Alors gardons-nous de tout maitriser. Provoquons le hasard, souvent, jusqu’à ce qu’il nous livre un petit, un moyen ou un grand miracle !
Véronique

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