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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 23 octobre 2022

Changer ses valeurs, ça aide

J’ai tendance à me méfier des valeurs. Ça doit me rappeler ces chartes d’entreprises, déclinant par le menu des principes moraux variant de la simple naïveté à une ambitieuse hypocrisie.

Vous aussi, je suis sûre que vous bossez pour une boite où l’audace, le respect de l’environnement et les valeurs humaines sont promus en grosses lettres. (Quand j’y pense, aucune entreprise aujourd’hui n’oserait ne pas promouvoir l’audace, le respect de l’environnement ou les valeurs humaines… c’est un peu grandiloquent, c’est un peu vague… ça ne mange pas de pain).

Qui aurait l’idée de dire que la guerre des prix, la copie des innovations des compétiteurs et la réduction des coûts constituent l’éthique du quotidien ? Pourtant la rentabilité, c’est ce qui fait que l’entreprise perdure. On n’aimerait pas du tout est être employé dans une structure super-vertueuse qui est en train de couler, par respect pour des valeurs intenables.

Eh bien voilà, c’est un peu pareil pour nous. Enfin, pour nos valeurs. Elles protègent notre ego, elles nous confortent dans le cadre culturel en vigueur, elles renforcent nos croyances… mais elles ne nous mènent pas forcément très loin. Et plus on en parle, plus on les affiche, plus nos interlocuteurs doutent. C’est parce qu’eux distinguent beaucoup mieux que nous ce fameux « alignement » dont on parle abondamment.

« Être aligné », ça veut dire grosso modo faire ce que l’on dit qu’on fait, penser ce que l’on dit qu’on pense. Être honnête, quoi. Ne pas prétendre ce qu’on n’est pas. Ou ce qu’on n’est plus. Ça nous concerne directement, nous les quinquas qui sommes en pleine mue, marquées par la transformation de nos familles, par le renouvellement ou la fin de notre carrière, par la modification de notre corps.

Pour garder pied, il faut bien s’appuyer sur quelque chose qui guide notre comportement. Quelque chose « qui fait sens ». Des rituels, des façons de voir qui nous caractérisent depuis toujours…

Mais voilà. Le vieillissement, c’est un changement de tout, y compris de nos valeurs. On s’adapte à la réalité de notre âge. On apprécie cette réalité. C’est formidable de changer et de s’adapter : qu’est-ce qu’on s’ennuierait si le temps n’existait pas, si rien n’évoluait autour de nous, si on était immuable

Qu’est-ce qu’on s’ennuierait, si nos valeurs persistaient, envers et contre tout, niant le déclin et la renaissance, effaçant l’effet du temps, nous coulant dans une pierre dure et froide. Alors que nous sommes de si belles plantes, qui aspirons à pousser encore et encore, à embaumer, à fleurir les vies autour de nous !

Cette semaine, j’ai écrit un article sur l’adaptation et les valeurs. Deux mots assez antinomiques, dans la pratique. Je sais, je sais, on nous sermonne avec l’importance des valeurs à longueur de journée : ce que nous croyons et qui est inébranlable (n’est-ce pas aussi la définition des préjugés ?). Et bien je pense qu’il faut prendre cela avec circonspection. Avec recul, vous verrez bien quelles sont les valeurs qui vous auront portées, une fois les années passées.

Pour le moment, profitons de la vie pour explorer, tester, nous confronter à des situations variées, étonnantes, inconnues. Pour remettre nos valeurs en question si c’est utile, si c’est nécessaire.  Pour contredire nos certitudes. Pour trouver de nouveaux sens.

Comprendre qu’il y a autant de valeurs qu’il y a de nuances dans la vie, n’est-ce pas une belle façon de grandir ?

Véronique

Une femme présente des bulles illustrant différentes situations de vie et des valeurs qui évoluent.
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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