Lettre du dimanche · 5 octobre 2025
Une théorie de la routine anatomique
Je n’aime pas faire peur, je ne pense pas que cela soit de la bonne pédagogie. Je préfère toujours parler, par exemple quand on change de travail, du plaisir de rencontrer de nouveaux collègues ou de la stimulation intellectuelle retrouvée, plutôt que des risques en cascade. Concernant la prévention du cancer du sein, je me demande souvent comment vous convaincre de l'intérêt de faire le dépistage sans focaliser sur la menace de la maladie. Et je me dis qu’en fait, il s’agit juste de transformer une corvée en routine. De banaliser le test. Que craignez-vous lorsque vous choisissez de ne pas vous dépister ?
La douleur de la mammographie ? Pourtant on ne se sent quasiment rien. Le résultat imprévu et la terreur qui s’ensuit ? Ça m’est arrivé deux fois, sans conséquences, et j’ai depuis bien compris que chaque mini-trouble potentiel est passé au crible par les machines, pour être bien certain qu’aucune tumeur maligne n’est présente. En fait, c’est presque touchant de voir à quel point on est surprotégée quand on va passer une mammographie. Les protocoles d’accueil sont tellement développés qu’on nous traite avec une compassion qui est de l'ordre du jamais vu.
Octobre rose a permis des collectes de fond phénoménales qui bénéficient autant au traitement qu’à la prévention, et je peux ici témoigner que tout, absolument tout, est fait pour que vous alliez faire le test de dépistage les mains dans les poches. Et puis les machines deviennent très sophistiquées et détectent le moindre petit point anormal. Ce qui fait que même si vous étiez malade, vous auriez toutes les chances d’être prise en charge à un stade précoce… quand le taux de survie à 5 ans s’élève à 99%. Pour ma part, j'ai commencé ces examens à quarante ans, chaque année de surcroit, sur les conseils de ma généraliste de Chicago.
J’ai poursuivi ainsi en Allemagne, en suivant bêtement les recommandations de ma gynéco, qui elle-aussi penchait pour le dépistage annuel. Idem à Nice (c’est étonnant quand j’y pense : je choisis toujours des femmes pour être suivie en médecine interne, et elles préconisent toutes un dépistage fréquent). J'ai dans mes placards une sacrée pile de radios de mes seins. Passer une mammo ne me fait plus ni chaud ni froid. Quand j’en sors, je fonce direct à l’étape suivante : les yeux. Car depuis très longtemps, je fais tous les examens médicaux en janvier. Les dents, les yeux, les veines, la gynéco, les seins – pour le moment c’est tout en ce qui concerne la routine. (Je sais qu’il faut que j’y ajoute le dermato – allez, je vais prendre rendez-vous dès demain).
Je suis super bichonnée. Et je préfère largement aller voir les médecins quand je suis en forme que quand je suis malade. Et je sais qu'il vaut beaucoup mieux aller souvent passer une mammo qu’occasionnellement - ou jamais. D’où ma « théorie de la routine anatomique », pour transformer cette crainte en banalité : les seins, c’est juste entre les dents et les yeux. Imaginez que vous ne soyez jamais allée chez le dentiste ni chez l’ophalmo ! Sans lunettes, pas mal d’entre vous ne pourraient même plus travailler. 😵💫 Et avec vos dents au naturel, vous n’oseriez plus rire ni sourire en public.
😬 Pensez-y : si on est toujours belles et vibrantes après 50 ou 60 ans, c’est beaucoup grâce aux dentistes et aux optalmos. Et bien sûr, c'est aussi grâce aux centres de mammographies. Car question attrait, les seins comptent aussi ! 🤗
Véronique

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