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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 18 mai 2025

Le jour où tout s’éclaire

Finie les trémolos de la semaine dernière, je récupère dare-dare. D’abord, la date fatidique de mes 60 ans est passée, donc je n’ai plus de raison de m’en tracasser. Vive l’avenir, droit devant ! 🤩 Ensuite, j’appréhendais de retrouver ma mère dans un état dégradé à l’Ehpad après 6 semaines d’absence. Ce qui s’est produit. L’avantage, si j’ose dire, c’est que tout se réduit chez elle : le squelette, l’élocution, la déambulation, les sens et tous les vecteurs de la perception de l’environnement. Elle a moins de contacts avec nous et ne paraît pas en pâtir puisqu’elle est de moins en moins capable d’échanges… ce qui nous évite de désespérer lorsqu’on la voit. Et réciproquement. Cela semble contre-intuitif, mais sa fin de vie est plus facile à vivre que celle de mon père, qui avait gardé toute sa tête et une capacité d’affection intacte jusqu’à son dernier souffle et qui en souffrait beaucoup.

Ma mère se « chosifie ». La maladie la ronge dans sa totalité. On a mis longtemps à le réaliser, on a mis longtemps à s’habituer, mais désormais c’est très visible : son corps est l’ombre de ce qu’il a été, et la personne que ce corps contient a beaucoup diminué de volume et de consistance. Tout son monde se ratatine - elle est en phase de lilliputisation. Nous sommes toujours très présents pour elle, mais nous nous sommes adaptés à cette petitesse qui la caractérise. Tout cela est triste mais nous demande moins d’efforts - et nos relations sont plus simples. Et puis nous avons appris que ce procès tant attendu (initié par l’entreprise de mon mari), après avoir couvé pendant presque 4 ans en nous occasionnant des insomnies et des tourments à n’en plus finir, aura lieu le 15 septembre.

Enfin une date ! 👍 👍 👍 Du coup on peut se repérer dans le temps, se préparer, affuter nos armes et nos esprits. On peut se projeter dans l’avenir, quel que soit le résultat auquel cette confrontation donnera lieu. Parfois le temps piétine. Les avancées sont souterraines, boueuses, si ténues qu’elles sont ressenties comme des fardeaux. Les minuscules changements sont bien plus insupportables que les gros. Mais ils produisent quand même un effet – il leur faut juste beaucoup plus de durée pour s’accumuler, se densifier puis se manifester. Tous ces pseudo démarrages, ses fausses nouvelles et ces multiples ratés que l’on croyait devoir gérer pour l’éternité dans un cycle infernal de remises en question, finissent par se transformer quasi chimiquement pour produire une matière nouvelle, prête à alimenter notre destin.

Patience et confiance. N’oublions pas que notre tour viendra – à condition de ne jamais laisser tomber ce qui est important.

Véronique

Illustration de la lettre « Le jour où tout s’éclaire »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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