Lettre du dimanche · 8 août 2021
Est-ce que l’herbe est plus verte ailleurs ?
Est-ce que, pour vous, l’herbe est plus verte ailleurs ? Pour moi, elle l’est. Systématiquement. Dans mon imagination, et dans la réalité. Changer, de domicile, de travail, de pays, m’a toujours été bénéfique. J’adore apprendre de ce que je ne connais pas, et donc je suis toujours rassasiée quand je pars. En revanche, je n’aime pas changer de conjoint, ni d’amis. Ni même de voisins ou de collègues (enfin, ceux qui sont cools). Cela me fait mal au cœur, profondément.
C’est pourquoi j’ai développé une super capacité à rester en contact avec les gens que j’ai connu. Ça consiste surtout à aller les voir, et ensuite à leur écrire et leur téléphoner. Personnellement. Pas par Facebook, évidemment. Il me semble que c’est ça qui bloque la plupart des gens à l’idée de partir, de quitter, n’importe quelle situation.
Ça n’est pas le défi intellectuel, ni même logistique. C’est le défi affectif. Quitter les autres, c’est s’exposer à ce qu’ils ne soient pas contents du tout et qu’ils vous laissent tomber. Ça arrive fréquemment : ils ont l’impression d’être abandonnés, d’être moins importants dans votre vie qu’ils ne le croyaient. Quitter les autres, c’est se retrouver seule, chaque soir. Quitter les autres, c’est devoir se contenter de son conjoint, quand on en a un. Quitter les autres, c’est risquer d’en rencontrer de nouveaux… et de les apprécier à tel point… que l’on pense moins à ceux que l’on a laissé.
Il y a une part de risque dans la séparation d’avec son entourage. Le risque qu’ils vous manquent terriblement. Le risque qu’ils ne vous manquent pas tant que ça. Le risque de les voir disparaitre de votre esprit petit à petit, malgré vos efforts. Le risque qu’ils vous remplacent. Qu’ils vous tournent le dos. Quand nos enfants partent, vont-ils nous oublier ? Vais-je, moi, les oublier ?
Nos pensées sont souvent fixées sur le quotidien, la routine. Il faut faire un effort pour penser au lointain, à ce qui n’est pas présent. Garder notre affectif flexible « géographiquement », c’est important dans la cinquantaine, quand les parents partent, pour toujours. Et les enfants aussi, mais moins longtemps.
Accepter la séparation, regarder vers l’avant, cela se pratique. Oui, c’est un entrainement. Pour que l’herbe reste bien verte et bien appétissante, il faut l’entretenir.
J’en profite pour vous remettre le lien sur le long article. Oui, c’est le parfait moment de la vie pour penser à vous et réaliser les projets que vous avez mis de côté pendant 20 ans ! Vous aussi, vous saurez apprécier l’herbe bien verte… sans avoir à déménager au bout du monde.
Véronique

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