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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 09/08/2026

Profitons quand même

Encore une semaine trop chaude à Nice. C’est bien pour cela qu'en août, la France se repose. Avant, c’était au soleil : remplir son corps de vitamine D pour ensuite tenir le reste de l’année.

On voyait des Allemands et des Suédois s’allonger toute la journée sur les plages et devant les piscines, en réservant leur place dès l’aurore. On l’anticipait depuis des lustres : une semaine parfaite, c’est-à-dire sans un seul nuage, avec des escapades matinales au marché du coin, des siestes paresseuses, des diners à la fraiche. Et rebelote le lendemain. Cette année, on s’arrache les sièges à l’ombre.

On rêve de giboulées, de balades avec un coupe-vent, de prairies verdoyantes garnies de vaches aussi paisibles qu’apaisantes, l’air parfaitement satisfaites. On aurait aimé lire quelques romans à intrigue, mais c’est tellement fatiguant ! Ces canicules nous ont laissé sur les genoux. Et pour ma part, avec un mal de dos tenace.

Les enfants s’énervent, les adultes ruminent, les vieillards s’éteignent. Personne n’arrive à refroidir ses pensées, à détendre ses muscles, à trouver ou retrouver la paix du corps et la légèreté de l’âme.

Nos régions étaient si bien agencées, avant, au cours de l’été : ceux du nord filaient sur la Côte d’Azur, ceux du sud les croisaient sur les routes en partance pour la Bretagne. On avait de gros embouteillages et on était content. C’était les vacances. Cette année tout a changé. Une fois que l’on a baigné dans son jus de façon exagérée, on se met à douter. Et si c’était toujours comme ça, et si on se mettait vraiment à alterner inondations et canicules, et si notre pays brûlait d’un seul coup et se vidait soudainement ?

C’est fou, quand même. Le bouleversement climatique a choisi de nous tomber dessus, Nous, pauvres misérables Français qui nous trouvons, quelle déveine, au centre du centre des catastrophes à venir.

Nous qui avions tout ce qui fait le bonheur des générations humaines : la mer, la montagne, la campagne, les villes prospères et les villages pittoresques… la littérature, la gastronomie, la mode… franchement, est-ce que l’on mérite notre terrible sort ?

Si on disparaît de la planète, qui va prendre notre place ? Ça n’est pas si facile de créer une Culture. Il faut une bonne géographie, une riche histoire, de vaillants autochtones et une sacrée fierté.

Impossible d’imaginer nous refaire dans un territoire transformé. Nous n’aimons pas cette idée-là. Notre culture, nos valeurs, cela consiste précisément à faire perdurer ce qui a toujours fonctionné de façon habituelle, attendue, automatique. Cette maîtrise, c’est notre socle social et nous ne sommes pas près de l’abandonner. D’une seule voix, nous voulons retrouver la France d’avant. Nous ne voulons pas en construire une autre, quelle idée idiote !

Nous ne sommes pas les Américains qui couvrent leurs déserts de panneaux solaires pour y alimenter de grotesques datacenters. Nous n’avons pas de désert. Et puis nous aimons mieux les vaches que les datacenters. Elles sont comme nous : elles ruminent si bien. Et elles font du beurre, que les pros de la Tech achètent par kilos lorsqu’ils viennent en vacances.

Nos vacances. Nos 5 semaines adorées - même sous la canicule. Est-ce qu’il va falloir y renoncer, à elles aussi ? Alors là, ça serait vraiment la fin du monde.

Bon, trêve de plaisanterie. Retournons à nos douces rêveries et laissons-nous bercer par la torpeur estivale. Un jour, septembre viendra et finira bien par rafraichir nos corps engourdis et nos idées grillées par le soleil…

Véronique

Illustration de la lettre « Profitons quand même »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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