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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 05/07/2026

De Chicago jusqu’aux Bleus

Si, si, les Bleus ont gagné. 1-0 (Et avant cela, le Maroc. On a entendu une folie de klaxons sur la Prom’ à la fin du match. C’est quand même quelque chose, cette coupe du monde de foot aux USA).

Et pendant ce temps-là, je compte. Ça fait dix ans que j’ai quitté Chicago. Dix ans ! J’y ai pensé toute la semaine. Je me souviens de notre vieil immeuble massif en briques rouges, le lac Michigan et le parc luxuriant qui le borde. J’y ai rencontré des amis précieux et quelques femmes plus âgées parlant un français universitaire élégant, qui m’ont fait grande impression : elles étaient les premières personnes qui m’ont donné envie de vieillir.

Quitter cette ville magnifique, nos amis, l’école de mon fils, tout cela a été un moment lourd. Nous partions à Berlin sur mon insistance, pour débuter une nouvelle aventure familiale et faire découvrir le vieux continent à mon fils.

Ce saut au travers de l’Atlantique nous permettra de voyager dans les pays d’Europe de l’Est et de rentrer plus souvent voir mes parents, mes frères et l’entourage de mon enfance.

Nous apprendrons tous la langue de Goethe et rencontrerons de multiples personnes, y compris des Allemands évoquant un passé encore brûlant : les blessures visibles et invisibles de la seconde guerre mondiale puis de la division de la ville en deux, alors que le mur de Berlin était infranchissable. Et puis nous suivrons le cours de l’histoire, en arrivant au moment de la grande vague migratoire syrienne.

Nous ressentirons intimement ces cicatrices historiques tout comme la tristesse du climat, mais aussi la spontanéité d’une ville qui n’en finit pas d’être en reconstruction, posée au milieu des forêts, des lacs et des herbes folles.

Je me souviens qu’il y avait beaucoup d’immigrés, comme à Chicago. Berlin, cela restera aussi des amies françaises proches qui me manquent beaucoup. C’est aussi là que j’ai connu des passages de la vie très marquants : le départ de mon fils pour faire ses études au loin, le doute persistant sur mon avenir professionnel et personnel et bien sûr les marées montantes et descendantes de la ménopause. Tout ce qui a transformé mon esprit, mon cœur et mon corps de mère… et qui m’a amené à inventer ce blog.

Le Chicago que nous avons connu était une ville flamboyante, cossue, familiale, un peu loin de tout. Berlin sera jeune, modeste, excentrique et superbement située au cœur de l’Europe.

Nous sommes restés presque 6 ans à Berlin, Covid compris. Puis nous avons déménagé à Nice, après un voyage-coup de foudre venu clore l’enfermement de la pandémie. Je vous en ai parlé en direct, puisque j’avais déjà créé cette newsletter.

Nice, cette merveille de soleil et de collines qui sent si bon l’Italie et les oranges. C’est ici, depuis 4 ans que mon mari, qui possède une petite entreprise de logistique basée aux USA, a débuté un procès contre un prestataire de service. Cette affaire, toujours pas résolue, nous a plongé au cœur de l’incertitude et d’une fragilité financière qui nous était inconnue (mais ouf, nous commençons à en voir le bout). C’est d’ici aussi que j’ai suivi la maladie puis le décès de ma belle-mère Carolyn… avant de déménager pendant un an chez mes parents malades… qui sont partis ensuite tour à tour.

Nissa la bella n’a pas été facile. J’y suis de nouveau, dans un appartement prêté par de généreux amis. Impossible de nous réinstaller quelque part pour l’instant, nos affaires restant calfeutrées dans un entrepôt : nous devons quitter le territoire français pendant l’année 2027 pour des raisons administratives de fiscalité américaine. Et voilà qu’à l’heure où je vous écris, mon fils déménage de New York à San Franscisco, près de chez mon beau-père ! Alors est-ce en Californie qu’il faut aller ? Ou alors à Valence, Espagne, le rêve de mon mari ?

Est-il utile de prendre pied quelque part, n’aurions-nous pas intérêt à voyager pendant un an tout en travaillant à distance, comme nous en avons l’habitude ? Je sais que la plupart d’entre vous ne se trouvent pas dans ce genre de situation. Vous aimeriez peut-être changer votre géographie. Ou peut-être pas, car tout ce va-et-vient vous donne le tournis.

Chacune d’entre nous, après 50 ans, a bien compris ses rythmes et ses besoins de stabilité, de renouvellement ou de mouvement.

Bon, en tous les cas je vais remettre en branle mon dossier d’immigration aux USA (j’ai déjà possédé une carte verte). On verra. Ces dernières années ont été drôlement déstabilisantes, mais je comprends désormais que le fil de ma vie serpente de lui-même, dans des contrées inattendues. Et puis je suis une fille de la campagne.

J’ai toujours aimé marcher sur les chemins creux qui aboutissent dieu sait où.

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Ça m’a fait du bien de faire ce bilan des 10 dernières années avec vous - cela me recadre et me rassure. Quand je pense qu’il y a dix ans, je n’avais pas de lectrices et que nous ne nous connaissions pas…

Quelle distance parcourue ensemble. Quelle joie de vous savoir à mes côtés.

Véronique

Illustration de la lettre « De Chicago jusqu’aux Bleus »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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