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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 14 juin 2026

Quand la presse oppresse

Semaine de retour au calme et de récupération du décalage horaire. J’ai une dizaine d’articles sur le feu, et beaucoup d’interviews encore à programmer. Je suis ravie de tout cela.

Pour reprendre le cours de la vie française, j’ai épluché les journaux cette semaine, et je ne peux pas m’empêcher de vous en parler. C’est la rubrique « faits divers » qui me tracasse.

Notamment ces 4 affaires qui secouent l’opinion publique et qui nous interrogent sur nos motivations, nos fascinations et nos tabous - ainsi que sur les modèles éducatifs et judiciaires supposés nous encadrer et nous protéger :

Lola, 16 ans, avec l’appui de son petit copain de 15 ans, assassine ses grands-parents septuagénaires, Danielle et Francois, qui s’opposaient à sa relation avec lui (puis achète 3 téléphones portables avec l’argent qu’elle a trouvé chez eux).

Jérôme, 41 ans, viole et tue Lyhanna, 11 ans, dont il est le père d’une de ses amies. Il est lui-même issu d’une lignée de violeurs récidivistes peu ou pas inquiétée par la justice et intégrée dans la société.

Camille, 45 ans, scientifique de haute volée multi-diplômée, convertie au djihadisme aux côtés de son mari Sylvain, élève volontairement ses 5 enfants dans l’enfer de la guerre de Syrie, pendant 9 ans, avant d’être rapatriée.

Patrick, 67 ans, star parmi les stars et idole de notre jeunesse, nie les faits dont on l’accuse : il aurait profité de son aura pour violer et harceler sexuellement des dizaines de femmes tout au long de sa carrière.

Je suppose que cela vous a secoué vous aussi. Nous nous sentons démunies et horrifiées. Et puisqu’hier et aujourd’hui la violence semble être partout, soudaine ou lancinante, nous nous posons forcément ces questions : Et si, nous aussi, avions été victime ? Et si, nous aussi, avions été bourreau ?

Qu’est-ce qui nous amène à agir ou à subir ? Serons-nous punies, serons-nous vengées ? Saurons-nous dénoncer la violence et l’injustice ? Si le monde reste aussi dangereux, n’est-ce pas parce que nous n’avons rien fait, rien dit ?

Ne cherchons-nous des coupables que pour mieux nous disculper ? En lisant ces news, je m’interroge longuement sur les mécanismes retors de nos pulsions et de nos jugements. Même après des dizaines d’années d’existence, même en tant que femme, même en étant mère, même avec notre expérience des pièges de la vie, nous ne sommes pas à l’abri de la cruauté.

Elle rôde, elle guette, elle traque autour de nous - autour de chacun et chacune d’entre nous. Elle est un vrai risque pour nous qui sommes fondamentalement éducatrices et influons sur nos enfants pour toute leur existence.

Parfois la cruauté nous envoûte, tout simplement, au-delà de toute raison. Nos pouvoirs maléfiques qui sont bien réels, parfois trop réels. Mais nous avons aussi des tas de pouvoirs bénéfiques : le pouvoir de la considération, de l’estime, du respect et de la maitrise de nous-même. Et ils sont tout aussi réels, et tout aussi fascinants.

Véronique

Illustration de la lettre « Quand la presse oppresse »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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