Lettre du dimanche · 7 juin 2026
Le retour
Pour vous qui me suivez déjà depuis des années, vous devez savoir que je n’aime pas rentrer de voyage. La fin de l’aventure, de la nouveauté, de la découverte, j’ai du mal à m’y faire. Pourtant je devrais être heureuse de retourner chez moi (bon, il est vrai je n’ai pas vraiment de chez moi cette année) après ces 7 grosses semaines américaines. C’est sans doute ce que vous pensez toutes : retrouver mon lit, mon supermarché, mon bureau, mes voisins, mes légumes, n’est-ce pas confortable et rassurant ?
"Il y a un temps pour tout". C’est ce que disait ma mère, qui adorait reprendre ses habitudes et s’y préparait très à l’avance. Trop à l’avance. Je pense à ma carte d’embarquement au dernier moment. Ou plutôt non, je n’y pense pas, c’est mon mari qui s’en occupe, pendant que je laisse mon esprit vagabonder encore un peu.
J’adore voyager mais je déteste ces temps d’attente dans les avions, où il est impossible de bouger. Cela m’épuise, bien plus que de courir 5 kilomètres. Et je ne vous parle pas du décalage horaire...
Je vous écris de l’aéroport, précisément, juste avant d’embarquer sur un vol direct Newark-Nice. Pas de transit par Paris, je ne devrais pas me plaindre. Et pourtant je le fais quand même. J’espère voir un bon film dans l’avion. Mais surtout, je vais terminer 1Q84, le premier de la série de Haruki Murakami, un livre étonnant, comme tout ce qu’il fait.
Au moins ça ne sera pas du temps perdu ! L’avion - des heures de fatigue, des heures de lecture, des heures de bonheur. Les écrivains tombent à pic, parfois. Il y a des gens qui doivent s’arranger pour prendre les transports en commun uniquement pour lire davantage. Si seulement j’avais un corps immobilisable à volonté pour pouvoir le faire !
Je pense que c’est la raison pour laquelle j’ai toujours voulu écrire : pour occuper quelques instants ces malheureux voyageurs, prisonniers de leur siège impersonnel, remplis à ras bord de leur passé et de leurs pensées et filant de concert vers une destination mystérieuse. Et aussi pour oublier un peu la tristesse de la séparation d’avec mon fils, qui reste loin là-bas... alors que je dois revenir ici.
Véronique

La lettre du dimanche
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