Lettre du dimanche · 29 mars 2026
Le soleil dans une prison
Pas facile de se lever ce matin. Mais ce changement d'heure, c'est aussi l'avancée dans le printemps et de belles soirées à venir, profitons-en. J'ai vu un film cette semaine, que je vous conseille de regarder vous aussi ici. Il s'agit d'un documentaire sur les femmes prisonnières et la foi.
Sujets fascinants, surtout lorsqu'ils cohabitent : les femmes, la prison, la foi. Un trio qui nous parle forcément :
- Nous sommes des femmes, souvent des mères et forcément des filles, ce qui nous marque au fer rouge, pour le meilleur et pour le pire.
- Nous avons toutes des barreaux qui nous retiennent de fuir ou qui nous empêchent d'agir. Qui nous cadre. Sans eux, nous errons et nous finissons par tomber. Mais les barreaux sont aussi durs, froids, coercitifs.
- Et nous avons chacune foi dans la vie, nécessairement, sans quoi nous risquons de nous laisser enchaîner dans la noirceur et de nous abîmer dans le désespoir.
La foi. Cette représentation intime et ultime du meilleur, qui nous tire vers le haut et nous apporte l'espérance. Une conviction inébranlable qui ne se raisonne pas. Qu'il s'agisse d'une foi religieuse en Dieu ou bien d'une confiance profonde et authentique dans la vie (c'est mon cas), nous devons trouver une grâce quelque part dans nos existences, une lumière qui nous guide au sens réel ou symbolique, faite de sens, de certitude et d'humilité.
Ce film nous présente quelques femmes dont le destin a été suffisamment cruel pour qu'elles se retrouvent derrière les barreaux et décident, alors que leur parcours personnel en était très éloigné, de s'ouvrir à la religion. Elles sont bourreaux-victimes.
Ce qui m'a frappée chez elles, c'est la brisure initiale de ce lien si simple que l'on crée avec un enfant dans la maternité, que l'on soit mère ou fille. Cette Vierge Marie qu'elles prient est une très belle illustration de la révélation de l'amour maternel, celui que l'on reçoit et celui que l'on donne, mais qu'elles n'ont pas suffisamment connu.
La figure idéale vers laquelle elles se tournent, nous voulons toutes y tendre. Mais une telle mère symbolique, fécondée sans homme, ne peut exister dans le monde des humains - et ce lien pur dont on se languit nous échappe parfois tellement qu'il va créer une chaine de souffrance.
Le manque d'amour maternel a produit des dégâts évidents chez ces femmes emprisonnées. Il a opprimé au lieu de réconforter, puis a poussé à se venger et à se punir. Il a éloigné drastiquement de la foi et de la confiance - devenue fausse, dangereuse. Ces prisonnières qui ne se sont pas senties protégées, qui se retrouvent sous les verrous et qui enfin se tournent vers le ciel, se sauvent elles-mêmes de leur passé. Elles renaissent... et elles nous réconfortent incroyablement en même temps.
Par ricochet, leur foi nous rend heureuses. Peut-être parce que nous pressentons que cela va les guérir. Et qu'en témoignant ainsi avec sincérité et candeur, elles nous soignent aussi, nous qui les regardons prier.
L'amour, finalement, prend souvent des chemins détournés pour nous atteindre les unes les autres.
Véronique

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