Lettre du dimanche · 15 février 2026
Leur maison
Vendredi, la maison de mes parents a été officiellement vendue aux nouveaux propriétaires. Il s'agit d'un couple d'agriculteurs prenant leur retraite et voulant se rapprocher de la ville, exactement comme mes parents l'avaient fait 32 années auparavant. Ils veulent se faire des amis, s'amuser avec leurs petits-enfants, recevoir tout le monde pour des retrouvailles au moment des fêtes... tout comme ma mère et mon père le voulaient.
A la campagne, dans ces familles rurales, les habitudes n'ont pas changé. La famille est centrale, la communauté aussi, et à la retraite, on veut voyager, s'instruire, participer, car on n'a pas beaucoup vu le Monde pendant toutes ces années, indissociables des champs et des animaux.
J'ai eu la chance de grandir au grand air, très proche de mes parents dont je comprenais chaque geste ancré dans le quotidien et chaque mouvement anticipant la prochaine saison.
Si peu d'enfants voient leurs parents travailler et comprennent ce qu'ils font et pourquoi ! J'ai aussi eu la malchance de grandir loin de tout, des villes, des idées nouvelles et de la diversité des croyances et des comportements. Mais ma plus belle étoile n'a pas été de grandir à la campagne. Elle a été que mes parents nous ont toujours donné la clé de leur maison, qu'ils considéraient comme le cœur de la famille, l'habitat de chacun d'entre nous.
Chez eux, nous étions chez nous. Quand je voyageais, quand je vivais très loin, je savais que mes parents m'attendaient chez eux, et que j'y retournerai un jour ou l'autre.
Certaines d'entre vous connaissent bien ce réconfort. Mais beaucoup d'entre vous n'ont jamais eu la clé de logement de vos parents en votre possession, et ne se seraient jamais aventurées à débarquer n'importe quand.
Beaucoup d'entre vous y vont pour faire plaisir et repartent avec soulagement. D'autres y vont à reculons. Certaines d'entre vous ont des parents divorcés, voire des parents remariés chez qui vous ne vous sentez pas vraiment à l'aise.
Certaines d'entre vous êtes séparées ou de nouveau en couple, un peu gênées de mélanger des générations qui ne se connaissent pas. Certaines d'entre vous n'ont plus de parents ni de lieu qui les symbolise.
Au moment de transmettre les clés aux nouveaux propriétaires (ce sont mes frères qui s'en sont chargés, je suis restée à Nice où j'ai été malade toute la semaine), j'ai compris à quel point cette sécurité et cette confiance allaient me manquer.
J'ai aussi réalisé combien cela m'attristait de ne pas pouvoir donner la clé de mon logement à mon fils - car en ce moment j'habite partout et nulle part. Je m'y habitue bien sûr, et puis j'aime bouger. Mais il reste comme une transmission essentielle que je ne peux pas faire, alors que j'ai hâte qu'elle se produise. Il me semble que je ne me sentirai de nouveau chez moi que je jour où je lui remettrai sa clé à lui.
Une maison, c'est un lieu de partage et un lieu de ressourcement. J'emmène la campagne familiale avec moi partout où je vais, car ma famille me permet de voyager avec sérénité : je sais que je la retrouverai.
C'était la St Valentin hier, le jour où les amoureux se regardent les yeux dans les yeux. J'avais la chance d'avoir mon mari avec moi.
J'aurais beaucoup aimé avoir aussi mes parents et mon fils, puisque l'amour est merveilleusement expansif. J'ai beaucoup pensé à eux, et à cette clé que je tarde à relayer. Mais cela viendra.
Pour conclure ce weekend particulier, je voulais évoquer la conclusion de cette étude, aussi simple que désarmante : Le bonheur, c'est de se sentir aimé. Tout est dans le verbe "se sentir". Je vous écrirai un article dessus.
Véronique

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