Lettre du dimanche · 8 février 2026
Pleine nuit
Je vous écris cette lettre au milieu de la nuit. J'ai des insomnies depuis une semaine ou deux et je me réveille après quelques heures de sommeil, avec l'esprit complètement clair.
Je suis évidemment fatiguée et nerveuse ensuite, en pleine journée, mais j'ai décidé de profiter de ces moments de veille nocturne pour travailler plutôt que pour ruminer - puisque de toutes façons je ne trouve pas le repos.
Je réalise à quel point je suis perturbée par les news aux USA. Je ne devrais pas les regarder, tout simplement, mais ce tourbillon qui se dirige à grande vitesse vers le siphon des caniveaux est absolument fascinant à observer.
Je suis scotchée aux journaux, emportée moi aussi dans cette spirale ahurissante et infernale. Ce n'est pas la première fois que je me transporte corps et âme dans une société en pleine transformation.
Je me souviens de fin 1989. J'étais à l'hôpital l'Angoulême à la suite d'un accident de voiture et je n'avais rien d'autre à faire qu'à regarder la télé. C'était l'époque de la chute du mur de Berlin puis de la fissuration et de l'écroulement en cascade de l'empire soviétique, à commencer par les pays baltes.
On était littéralement emporté à distance par cette vague, il était impossible d'y résister. Je comprends que l'on parle du "cours de l'histoire" dans ces cas-là, c'est réellement celui d'un fleuve torrentiel qui envahit tout.
Aux USA, il y a ainsi quelque chose d'irrésistible qui se déroule. Comme une gigantesque réaction chimique qui arrive à un point de non-retour, sans que l'on ne connaisse la nature de la nouvelle matière à venir.
Tout peut arriver, il me semble, et tout semble surgir des oubliettes : aspirations collectives, calculs, croyances et principes, coups bas en tous genres, intelligence et bêtise - naturelles et artificielles.
En plus de l'action gouvernementale, il est intéressant de voir combien la révélation des emails de Jeffrey Epstein provoquent une onde de choc, anéantissant de multiples voix de la société civile, professionnelle, universitaire, culturelle... qui auparavant ancraient la confiance, ou en tous cas une certaine stabilité.
Tout le monde a l'air pourri, car tout le monde a l'air impliqué. On se demande bien ce qu'il en serait si on dévoilait les emails de tous les "grands" de ce monde ! Qu'il est difficile que reconnaitre que les "grands" peuvent aussi être médiocres. Et les "petits", s'avèreront-ils aussi décevants ? Et nous aussi ?
Est-ce que la vie ne nous rend pas cupides ou manipulables, prêtes à croire pour ne pas avoir à contrer ? Espérons que derrière nos faiblesses, et derrière les faiblesses américaines, se cachent encore quelques ressources qui ne sont pas aspirables dans les canalisations. C'est comme si une grande bataille s'annonçait, une bataille de civilisation - le vrai début du millénaire. Ça va être passionnant à observer. Et il va falloir s'accrocher pour arriver à dormir ! Il est 3h29. Allez, j'y retourne, mais pas avant de vous souhaiter un très bon dimanche et une excellente semaine. En gardant un œil ouvert, of course 😉.
Véronique

La lettre du dimanche
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