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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 11 janvier 2026

Le départ

L'année démarre décidément sur les chapeaux de roue. Encore plongés dans les 9 heures de décalage horaire (retour de Californie), une fois le réveillon passé, la découverte de la rupture de la chaudière et de l'eau chaude (en pleine vague de froid), la grande fête malgré tout avec la famille de ma mère... nous avons fait les cartons.

Trois déménagements pour moi :

- les valises pour Nice, avec des vêtements pour toutes saisons puisque je ne sais pas combien de temps nous resterons itinérants,

- un petit convoi par camion avec les beaux meubles de mes parents (qui arrivera mardi et viendra compléter ce qu'il y a déjà dans les containers de notre entrepôt),

- et enfin tout ce qui reste de la maison de mes parents, à démonter, vendre, trier, donner, recycler, jeter... Une douzaine de personnes sont venues récupérer des affaires, qu'il a fallu aussi coordonner.

Ca a été épique. Je ne crois pas avoir vécu une telle semaine de toute ma vie. Mon frère ainé a été formidable... c'est à dire qu'il est venu sans hésiter et qu'il a suivi toutes mes instructions en ne bronchant pas trop. Il n'a jamais déménagé de sa vie et ne savait pas du tout comment s'y prendre.

Par contre mon petit frère, le seul qui vit à proximité de la maison de mes parents, n'a pas levé le petit doigt. Il nous a autorisé à aller prendre une douche chez lui deux fois car nous n'avions pas d'eau chaude, en son absence.

Personne n'a compris son attitude et son choix. Il n'est pas du tout paresseux, donc c'était une décision assumée. Nous n'avons même pas eu le temps de nous fâcher avec lui, de le secouer dans tous les sens. Mais nous avons envisagé toutes les hypothèses à son sujet, y compris celle que son étrange femme ne voulait pas qu'il participe, mais je n'ai jamais trouvé d'explication satisfaisante.

Lui-même m'a paru absolument désorienté. C'est comme s'il avait disparu. Mon père et ma mère sont morts, mon petit frère s'est évaporé, la maison de mes parents est désormais vide et déserte.

Une grosse boite en parpaings posée sur un sol aride, dans le brouillard et le givre étincelant de janvier 2026. J'ai beaucoup pleuré, dans les bras de mes tantes venues récupérer des vases, des couettes ou des chaises, épouvantées par l'intérieur sens dessus-dessous leur faisant perdre tous leurs repères.

Un jour, c'est chez elles que leurs enfants videront toute leur vie - une vie se résumant sous la forme d'objets, tant désirés, tant accumulés, tant oubliés, tant usés. Nous sommes partis vendredi matin à 10h05, après avoir nettoyé le sol plusieurs fois d'affilée à la lumière d'un abat-jour (nous avions donné tous les halogènes).

Je n'ai pas vu le trajet Poitiers-Montpellier tellement ma tête était pleine d'événements à digérer. Et puis hier en début d'après-midi, nous sommes arrivés à Nice. J'ai vidé la voiture pleine à craquer, je suis allée faire des courses (il y avait un monde fou à cause des soldes), j'ai bu du vin plus sur d'habitude, avalé un comprimé d'ibuprofène et dormi comme une masse. Et je me suis réveillée ce matin à 5h30, comme d'habitude ☀️.

Voilà. Je suis assise ici, à la table faite sur mesure de ce bel appartement très américanisé, tout près de la Méditerranée. Les rues sont désertes, mais je sais que les boulangeries vont ouvrir. Il faut déjà repartir vers l'avant.

Allez, je me bouge.

Véronique

Illustration de la lettre « Le départ »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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