Lettre du dimanche · 7 décembre 2025
Dans la neige
Dernier mois de l'année. Il y a un an pile, je faisais mes paquets frénétiquement avant de mettre mes affaires dans un entrepôt, de quitter mon logement de Nice, de récupérer ma nièce au vol et de rejoindre la maison de mes parents. Je me souviens de ces sympathiques déménageurs, très différents de ceux venus de Berlin, qui nous avaient apporté nos meubles trois ans plus tôt. En 2016, c'est de Chicago que je déménageais. Là où je me trouve précisément aujourd'hui. Une boucle se referme. Le temps est passé si vite, et pourtant ces changements ont été intenses.
Chicago, Berlin, Nice, puis la campagne poitevine. Difficile de faire plus contrasté. Je n'aurai jamais prédit tout cela, tous ces bouleversements en une seule décennie, ces avancées, ce stress, la tristesse de perdre mes parents en six mois, et cet espoir de renouveler ma vie personnelle et notre vie familiale. Quand on aborde la cinquantaine, on peut facilement craindre que notre chance soit passée. Que soit venu le tour de nos enfants. Nous, on n'aurait plus droit qu'à la routine, à la répétition, à l'acceptation de notre sort, à l'appréciation du présent ou à l'enfoncement progressif dans un néant sans début ni fin - celui de l'après-ménopause. Mais en réalité, nous devons avancer, tout comme nous demandons à nos enfants de le faire.
La vie ne s'arrête pas une fois que l'on a fini ses études - elle poursuit une route que nous pouvons choisir, même si les étapes sont moins encadrées que celles de la première partie de notre existence. Même si nous adoptons une prudence de sioux devant les risques potentiels. Montrer l'exemple, c'est aussi nous mettre en action, en apprentissage. Ne pas être systématiquement prudente, mais audacieuse, ouverte et courageuse. C'est en renouvelant sa vie encore et encore, tôt et tard, que l'on réalise que c'est tout à fait possible, et parfaitement enrichissant.
A n'importe quel âge. Peu de gens nous ont dit cela quand nous étions jeunes. Du coup nous avons tendance à penser que nos choix de 25 ou 35 ans sont définitifs, gravés dans le marbre, et que l'on ne se contentera plus que de l'affinage, de rattrapage ou de passions secondaires. Pourtant je sais que l'on peut se refaire des amis, sans oublier les précédents - je l'ai fait à chaque déménagement. On peut changer de carrière- je l'ai fait aussi. On peut apprendre de nouvelles technologies, évidemment qu'on le peut. On n'est pas des manchots, ma parole ! On peut maigrir, devenir super bonne en sport, dormir de mieux en mieux, se mettre à l'allemand.
J'ai fait tout ça aussi. On peut regarder en arrière et se dire que finalement, on a drôlement évolué. Beaucoup plus que prévu, en fait. On se découvre des capacités de résilience surprenantes, mais aussi des trésors de créativité. On se trouve solide parce que on a su changer. Sans changement, on aurait été bien plus fragile. On aurait renforcé notre faiblesse, en l'entretenant chaque jour faute de renouveau. Voilà ce que je voulais vous dire aujourd'hui, dans les rues gelées de la belle ville de Chicago si chère à mon cœur. Je vous souhaite un très bon mois de décembre 2025.
Véronique

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