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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 21 septembre 2025

Pourquoi les news ?

Parfois je me demande pourquoi les journalistes se sont laissé embobiner. Il y a ceux qui décryptent l'actualité en tirant leurs témoignages de Tic-Toc. Il faut quand même avoir un sacré manque de jugement pour s'appuyer sur Tic-Toc comme source d'informations (à moins que l'anecdotique ne soit vraiment devenue la passion universelle). Cette plateforme n'a jamais été faite pour renseigner (forcer le cerveau à réfléchir) mais pour faire réagir (titiller les émotions pour qu'elles se déploient), en survalorisant les personnes plutôt que les idées ou les actes. Il y a ceux aussi qui remplacent la fonction exigeante de tri des données par celle plus glamour de présentation et de storytelling, qui sont supposées davantage "toucher" le public.

Est-ce bien utile de nous faire pleurer, crier, insulter, rire, soupirer et même rêver ? Est-ce que ça n'est pas ce que nous sommes supposées faire nous-mêmes au travers de notre vie privée, sans passer par un journaliste qui nous mâche le travail ? Les artistes n'existent-ils pas pour remplir cette mission plutôt que les médias ? Il me semble que l'empathie intense et sélective, désormais obligatoire sur les écrans et les réseaux sociaux, nous évite de nous mettre directement en situation de pratique, en face de personnes réelles que l'on cherche à comprendre à la fois sur un plan intellectuel et un plan sensitif. Ça n'est pas en reniflant de concert avec un inconnu qui se filme lui-même en gros plan que l'on va résoudre ses problèmes - ni les nôtres.

On ne va pas non plus corriger les politiques ni renforcer la démocratie ou la citoyenneté. Quel dommage de concentrer les news sur ce qui amplifie instantanément notre instinct primal. Est-ce que les jeunes et les vieux, les pauvres et les riches, ne sont plus capables de s'informer la tête froide, sans être scandalisés ni se sentir victorieux ni outrés ni cyniques ? Au fond, je me demande si ce partage civilisationnel de nos humeurs et de nos opinions ne nous transforme pas en "aquoibonistes". S'il n'y a plus de filtres ni de guides fiables intermédiaires - les journalistes - chacun est libre de piocher dans les humeurs de la population, ce grand réservoir omniprésent et plein de bonnes intentions qui ne servent pas à grand-chose. Car à quoi bon agir quand on est saturé de "sujets" et repu de sensationnalisme ?

Nous n'avons plus qu'à subir, n'est-ce pas ? Subir et digérer des choix éditoriaux bidons ou criards qui nous laissent impuissants, finalement étrangers à ce que nous percevons comme étant la fatalité du monde. Depuis que les neurosciences ont envahi le marketing et la communication, l'impression que va faire un événement est devenu plus important que l'évènement lui-même - car il nous pousse à visionner encore et encore - et finalement à ne plus avoir le temps de comprendre. Les news s'empilent et s'effacent ultra rapidement, comme de la fast fashion. Au bout d'un moment, on décroche pour de bon, ce qui est un mauvais choix.

Je déteste parler ainsi comme une personne du XXème siècle, mais j'ai tellement attendu la lecture des dernières infos, chaque matin et toute ma vie, que je me sens trahie. J'en viens même à regretter le Tagesschau, le journal allemand de 20 heures de la télévision publique allemande, qui en 15 minutes chrono et avec une sobriété incomparable réussi à ne pas nous faire sombrer dans le mélo. La première fois que je l'ai vu, j'ai eu l'impression de retourner sur les bancs de l'école - avec une maîtresse sévère en face de moi. Désormais, je m'y sens en sécurité.

De l'autre côté de l'Atlantique, les institutions de NPR (radio) et PBS (télé), qui ont éduquées des millions d'Américains, cette fois grâce à un art consommé de la pédagogie, sont en train de flancher sous les menaces trumpiennes. Quel dommage. Car une fois adulte, une fois que nous perdons le lien avec les établissements d'enseignement de tous niveaux, nous avons le devoir de nous informer, d'apprendre et de réfléchir par nous-mêmes. Et normalement, c'est la presse qui prend le relai et qui nous accompagne dans ce formidable processus. Quel beau métier que celui de journaliste ! Et quel bel élan que celui de désirer comprendre le monde ! Alors cette semaine, je vous demande de faire un tour systématique des programmes de cette rentrée qui vous dérouillent les méninges - sans en rajouter dans les explications alambiquées, sans vous flatter et sans vous faire peur.

Sans utiliser à tour de bras ce mot magique et qui fait beaucoup vendre : "émotion". Cela vous rassurera et vous redonnera une sensation de pouvoir et d'équilibre, indispensable quand on est une femme forte et ménopausée.

Véronique

Illustration de la lettre « Pourquoi les news ? »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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