Lettre du dimanche · 31 août 2025
Leçon du jour
Dernier jour d’août, ouf ! Après les retrouvailles avec mon fils en Chine puis l'agonie-surprise de ma mère, j’ai hâte d’en terminer avec cet été 2025 - hâte de retrouver l’atmosphère active de la rentrée et de repartir sur quelque chose de nouveau. Je me souviens de ce trépignement mêlé d’inquiétude quand nous étions jeunes. Les protège-cahiers, les jolis crayons, puis la liste des profs, les devoirs, les activités extra-scolaires. Tout ça sentait le neuf et l'inconnu. Et c'était extra. Il y avait tellement de choses que l'on ne connaissait pas, à commencer par soi-même.
Un monde de révélations nous attendait. Et si on se refaisait une bonne vraie rentrée chaque année de sa vie ? On s'achèterait une nouvelle tenue et on franchirait une porte différente, qui mènerait dans une salle gigantesque et mystérieuse. On se donnerait des objectifs pédagogiques (qu’est-ce que je veux apprendre ?) et on choisirait nos notes (sous le format de notre choix : salaire, stress, transport, responsabilités, projets, créations, clients, etc.). Souvent j'en rêve. Cette ponctuation annuelle de notre existence, caractérisée par la nécessité de passer au niveau supérieur, me manque.
La rentrée, l'année scolaire puis le dernier jour des classes rythmaient nos vies de jeunes filles. Une fois que cela s'est arrêté, plus rien ne nous a indiqué qu'il fallait encore grandir. C'est à nous de nous en rendre compte et de nous imposer la méthode qui nous étire vers l'avant. Tant qu’on est jeune, on suit un dispositif strict mais progressif, mis en place par d’autres selon des savantes règles culturelles, qui nous dit quoi faire et quand, à chaque heure de chaque jour, entre septembre et juin (on a ensuite les mois d’été pour nous remettre de cette intense pression). ... Et puis on vieillit, on termine ses études et un beau jour tout s’arrête.
Plus de tests hebdomadaires, de préparation de diplôme, de travaux dirigés. Adieu les deux heures de maths du lundi matin à 8h. Pas de passage en classe supérieure, pas de conseil de classe, de planning imposé, pas de grève inopinée des profs. Pas de cérémonie de remise des diplômes. Pas d’enthousiasme démesuré ni d’ennui profond. Le mois de septembre devient celui où les jours raccourcissent dangereusement et où il faut retourner au boulot. Le jour de la rentrée reste intense : il faut emmener les enfants à l'école. Mais nous, qui nous emmène plus loin dans la vie ?
On a oublié que pendant des années, début septembre, à l'heure où les marrons éclatent sur le sol et roulent sous nos pieds dans la cour de récré puis dans les allées du campus, quand la lumière orange devient si belle, il a fallu débuter un nouveau cycle. Et que cette organisation non choisie nous a portée et nous a été salutaire. Au départ de cette époque postscolaire, ça a été un soulagement. La vie est devenue moins hachée et moins contrainte. On s'est mise à avoir envie de choses matérielles plutôt que d’expériences amicales. On a voulu acheter des meubles pour notre logement et on s’est arrangée pour gagner l’argent qui nous le permettait. Même nos discussions ont changé.
On ne refaisait plus le monde - on le vivait ; c'était moins drôle mais plus utile. On est devenue une adulte, beaucoup moins naïve, acceptant notre position avec fatalité, sans chercher à transformer ce que l’on sentait n'être plus transformable. On avait intérêt à être contente de notre sort - surtout nous les femmes nées il y a plus de 50 ans.
Sinon, tant pis. Mais voilà.
Un beau jour, par exemple aujourd'hui, dimanche 31 aout 2025, après des années assez semblables les unes aux autres, on a irrésistiblement envie revoir le plan. De remplir un nouveau cahier du jour, qui sente bon le papier frais et crissant. De retrouver de vraies amies avec qui pérorer quand le prof a le dos tourné. De se préparer pour les tests (et de les réussir). ... De retourner à l'école. Demain, pour le 1er septembre, je vous propose de vous remettre dans la peau d'une élève. Je vous invite à retrouver cette fraicheur de pensée qui vous caractérisait, cet élan vital qui vous animait, ce désir d'avancer malgré le doute et l'insécurité... parce que reculer n'était pas possible : on passait malgré nous d'une classe à l'autre, même s'il fallait les répéter.
Pourquoi ne pas vous inscrire dans un cours de japonais et réserver dès aujourd'hui un billet pour Tokyo pour les prochaines vacances d'été ? Cela vous obligerait à vous faire toute petite au milieu d'autres étudiants. Cela vous obligerait à fraterniser avec votre voisine de table. Cela vous obligerait à regarder le monde avec des yeux curieux et sincères. Des yeux qui ne sont pas blasés. Cela vous obligerait à apprécier des points de vue que vous ne comprenez pas a priori. Cela vous rajeunirait. Si, si. Plus que l'acide hyaluronique. Plus que les blueberries.
Plus que les séances de Pilate. Rien n'est plus rajeunissant que de se retrouver en position d'écoute sur les bancs de l'école. Choisir d'être obligée d'apprendre. C'est le truc. Allez, je vous laisse digérer tout ça. C'est ma leçon du jour. Bien sûr, je peux vous aider à passer le pas si cela vous tente et vous affole, et dans ce cas-là il suffit de me contacter.
Véronique

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