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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 17 août 2025

Histoires de gourdes

Hier, pour oublier un peu la canicule, nous sommes allés à Auron, une des deux grandes stations de ski des Alpes Maritimes. Nous avons fait un bout du GR5 (un tout petit bout). Ça nous a rappelé quand nous habitions au Colorado : il faut se réhabituer à l’altitude avant de pouvoir randonner. J’avais mon ordinateur, alors que je ne l’apporte jamais dans ce genre de situation. Et j’ai trouvé le moyen de l’asperger avec l’eau de ma gourde glacée. Je sais, je sais, je suis une véritable idiote, d’autant plus que j’avais fait la même chose (avec du thé bouillant, nous étions en plein en hiver) sur mon ordinateur précèdent, à Berlin.

Je me suis couchée avec une vague appréhension, en ruminant sur mon écran trempé. Pas loupé ! Ce matin au moment de vous écrire, mon ordinateur a produit d’étranges clignotements avant de cesser tout signal. Impossible de communiquer. Quelle vexation ! Heureusement que mon mari m’a filé le sien (avec pour consigne de ne pas poser un quelconque liquide à proximité). Demain, je file à l’Apple store. Pourvu que ça soit réparable. Quand même, j’ai bien fait de revenir à Nice et de ne pas rester dans le Poitou. Malgré la chaleur, malgré les touristes, malgré les méduses, malgré les prix.

Malgré les gourdes. Se balader sur la prom’ le soir, c’est l’occasion idéale pour observer les foules, du plus petit au plus grand, du plus notable au plus transparent. Premier constat : c’est sûr, les gens grossissent. Pas seulement vous et moi. Tous. Les jeunes femmes mettent leur attention dans leur chevelure, la plus longue possible, et ne prêtent pas tant d’intérêt à leur silhouette – sauf celles qui ont décidé qu’elles étaient sportives et qui exhibent leurs muscles, comme les hommes. On est bien sur la côte d’Azur, où tout le monde a un œil sur tout le monde. C’est fou comme je ne suis plus les codes de la mode et de la séduction autant que je le faisais auparavant.

J’ai la sensation que les jeunes sont identiques, à la fois trop apprêtés et trop négligés. Pas particulièrement beaux : ils ne semblent jamais savoir ce qui leur va ou pas. Peut-être parce qu’ils n’ont pas l’air si heureux. On ne les voit pas vraiment sourire au naturel, tout penchés qu’ils sont sur leur portable ou occupés à poser nonchalamment devant la foule en enchainant les selfies. D’ailleurs l’activité principale, en vacances à Nice, ça n’est ni de bronzer ni de se baigner. C’est de trouver des spots (les meilleurs sont ceux qui sont les plus fréquentés) et des figures de style pour les photos - avec des mines supra-artificielles - de les faire circuler sur les réseaux, de s’admirer sous toutes les coutures en grossissant copieusement l’image et de comparer avec ses copains et copines qui font exactement la même chose.

Si j’étais encore jeune, je le ferais probablement aussi. Je repérerais en un clin d’œil ceux ou celles qui sont les plus stylés et je serais capable de dire quelles sont les marques in et les marques out. Je parle de shampoing et de cosmétique, bien entendu, nos loulous ayant l’air d’y passer un sacré budget. La prom’ le soir en été, c’est un défilé de ce qui se fait de plus actuel dans le monde terrestre occidental. On y voit parfois des familles, oui, il y a en a même pas mal, avec de tous petits bébés si mignons, mais aussi d’immenses adolescentes droites comme des i, dont les épaules et le cou ne sont pas encore déformés par la contemplation des smartphones.

Comme elles seront voutées dans 40 ans ces quinquas-là, si on se ne presse pas pour inventer un autre passe-temps que Tik-Tok ! Heureusement, elles n’auront plus besoin d’ordinateurs portables. Leurs doigts pianoteront des ordres dans l’air libre et caniculaire, nous prédit la Pythie de Meta Mark Zuckerberg, et seuls leurs propres yeux pourront en comprendre le message subliminal. Elles porteront davantage de gourdes pleines d’eau fraiche, en revanche, car on ne risque pas d’avoir froid dans 40 ans sur la côte d’Azur – si j’ai bien compris.

Véronique

Illustration de la lettre « Histoires de gourdes »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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