Lettre du dimanche · 29 juin 2025
Chine, la suite
Il s'en est passé des choses depuis ma lettre de la semaine dernière ! C'est le miracle des voyages, où le temps ne s'écoule pas de la même façon que d'habitude. Au cours d'un voyage, les heures sont multipliées par mille. J'ai vu la Grande Muraille, et nous étions loin d'être les seuls sur les marches ultra-raides et usées). Nous avons célébré le diplôme de mon fils, qui a calculé qu’au cours de son master, il avait passé plus de jours en expéditions partout en Chine que sur son campus. J'ai inspecté dans tous les sens un supermarché alimentaire luxueux, avec des coffrets-cadeaux de cerises géantes, et d'autres de couenne de porc ciselée (si si).
J'ai admiré la skyline de Shanghai la nuit (extraordinaire) et regardé des groupes de femmes et d'hommes de tous âges faire leur gym en cœur. J'ai mangé des choses surprenantes et délicieuses, vraiment - et toutes sortes d'entre elles, y compris un poulet entier coupé en petits morceaux, peau, os et organes inclus. J'ai pris des tonnes de photos des rizières, des champs de lotus, des palais anciens en bois avec leurs toits courbés, de mélanges de plantes et champignons séchés dont l'eau de cuisson permet de guérir des maladies communes, de viscères de poissons évidées (il y en a partout, mais à quoi servent-elles donc ?), de femmes très âgées binant leurs champs-jardins sous leur chapeau pointu, de lycéennes habillées en poupée, des gratte-ciels innombrables à Hong Kong.
La Chine, c'est un régal pour les yeux, un festin pour les papilles et la sobriété dans l'attitude. Le plus surprenant, c'est cette aisance avec laquelle la vie se déroule. Il y a des milliers de voyageurs dans les gares et sur les routes, mais jamais on ne se sent écrasé, ni oppressé. Les gens marchent et conduisent au même rythme, sans se précipiter. Pas de cris, pas de vols, pas de bousculades, pas d'individus agressifs, déplaisants ou éméchés - le sentiment de calme, de propreté et de facilité saute aux yeux (nom de nom, voilà que je parle comme une petite vieille !). Cette organisation stricte qui fait si peur aux étrangers est en vérité super efficace et très pratique quand on y vient en vacances - on ne la perçoit pas comme une menace mais comme une protection.
Je sais que ce paradoxe vous étonne, mais je vous assure que c'est vrai. Mon fils qui y vit depuis un an ne cesse de noter combien il est simple d'y circuler. Notre passeport sert de billet de train et d'avion, notre carte bancaire de ticket de métro et de moyen de paiement universel. Oui, on est pisté partout - et oui, cela nous arrange bien.
Bref, la Chine est aussi fascinante que facile et surveillée. Quel effort collectif et quelle discipline individuelle cette fluidité a dû demander de la part des habitants ! Le pays s'est entièrement transformé sous l'effet du choc démographique. Saurons-nous nous adapter de cette façon sous l'effet du choc climatique ?
Véronique

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