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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 20 avril 2025

Sourire

Il m’est arrivé quelque chose de magique cette semaine. Ou plutôt : il m’est arrivé quelque chose d’anodin qui m’a fait penser à la magie de la vie. J’étais retournée au forum Jorge François, l’espace social où je sers le petit-déjeuner aux personnes démunies depuis 4 ans. Comme je ne vis plus à Nice depuis plusieurs mois, d’autres personnes ont pris le relai et je ne m’y rends que lorsque je suis en ville et qu’un créneau se libère. (Je vous ai déjà parlé de mon amour pour le bénévolat dans cet article). J’ai sauté sur l’occasion jeudi quand j’ai pu y retourner, en binôme avec Howard, un artiste californien un peu dingue qui parle notre langue avec force enthousiasme et approximation.

En servant le café, j’ai vu arriver à la queue leu leu et dans l’ordre tous les clients fidèles : Tunisiens, Ukrainiens, Russes, Italiens, Français, etc. ainsi que quelques voyageurs occasionnels venus chercher le soleil du sud. Depuis le tout début, je me suis forcée à apprendre leur nom par cœur et à retenir leurs goûts concernant le café et le thé (au lait ou noir, chaud ou tiède, etc.). Jeudi, quand je les ai vu apparaitre, mon cœur a bondit et je me suis mise au boulot l’air de rien, comme si je n'avais jamais quitté la ville et que je les avais vu la veille.

Salut Nabil, ça va ? Tiens, j’avais mis de côté ta tasse blanche. Repasse me voir tout à l’heure, d’accord ? Bon appétit ! Pareil pour Lydia, Elias, Ahmed, Dimitri, et toute la clique. J’ai adoré voir le sourire envahir leur visage fermé - un éclair de reconnaissance fugitif, imprévu, totalement innocent. J’étais revenue. Eux aussi. Ils étaient soulagés de me voir. Moi aussi. Nous étions exactement sur la même longueur d’onde. Cela m’a procuré une joie éblouissante. Je ne connais pas de plaisir plus fort que celui de faire sourire ceux qui ne sourient plus.

Cet extrait de joie pure, très brève, très simple, est la marque de la vie qui coule dans nos veines. C’est la force de l’amour entre les humains, qui s’exprime librement et spontanément, comme parfois coulent nos larmes, ou éclate un fou rire. Ces matins, désormais rares, où j’engrange quelques dizaines de sourires venus du tréfond des âmes blessées, me structurent plus que tout : je pousse comme un bébé de trois jours - c’est là que je grandis vraiment, que je suis la plus épanouie en tant que personne. On a tous des instants où l’on est vraiment, authentiquement, soi-même.

Pour ma part, il s’agit de ces rencontres sommaires, où je n’ai que quelques instants pour transmettre le goût de vivre pour l’éternité. Le sourire dans l’urgence, en dernier recours : c’est mon truc. Et vous, qu’est-ce qui vous donne des ailes, de vraies ailes, qui vous font voler très loin ? Je vous laisse avec cette question difficile, en espérant qu’elle vous permette d’avancer vous aussi.

Véronique

Illustration de la lettre « Sourire »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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