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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 30 mars 2025

Les choses en place

Changement d'heure, dring dring ! Ces jours de décalage horaire sur place, sans voyage et sans raison particulière autre que l'habitude collective, cela m'interroge. Que faire pour s'y faire - et ne plus y penser ? Quand je me sens perdue, cernée, révoltée ou écrasée, bref, quand rien ne va plus (ce qui n'est quand même pas le cas ce matin), je me repositionne dans les cercles concentriques qui m’entourent. « Où suis-je ? » C’est ma question principale.

Je pense à mon corps. Je vis parce que j’ai un corps (et je vous répète très souvent : « on n’est que des corps »). Est-ce que mon inconfort vient de mes os, de mon cerveau, de mes intestins, de mes hormones ? Avant toute chose, je règle ma souffrance physique.

Je pense à mon environnement actuel et factuel. Le lieu, la saison, l’heure (ha ha), la température, la nourriture, le mouvement. Est-ce que quelque chose clocherait sur ce plan ? Est-ce que mon corps est à l’aise dans le contexte dans lequel il baigne ? Est-ce agréable, sécurisant, pratique, constructif ?

Je pense à mes proches. Ceux qui sont là, sous la main : mon mari, mes collègues, mes voisins, mes lectrices, ma boulangère, mon fils. Est-ce que quelqu’un me dérange - ou est chagriné au point où cela me perturbe trop ?

Je me concentre sur le moment présent. Juste maintenant. Je souris le plus possible, je pleure si c’est nécessaire ; je parle et j’écoute ; je lis et j’écris ; je marche et je travaille. Je veille à préserver les équilibres et je vérifie si tout est d'aplomb dans ma balance.

Je pense à ce que je fais, aujourd’hui. Le travail, la cuisine, le rangement, le sport, le téléphone, les projets. Et à tout ce que je ne fais pas : le travail, la cuisine, le rangement, le sport, le téléphone, les projets. Qu’est-ce qui est le plus important ? J’essaie de le rayer de ma liste, un trait après l’autre, même si c’est minuscule.

Quand je me sens impuissante sur un point, je me souviens que je suis aussi multiple : une femme, une mère, une amie, une fille, une sœur, une conjointe, une consœur. J’ai la chance inouïe d’avoir dépassé la moitié de ma vie en conservant mes facultés mentales et physiques. J’habite dans un pays désirable (même s'il pratique encore le décalage horaire), où toutes choses étant égales par ailleurs, les femmes gagnent autant que les hommes. J’exerce une activité que j’ai choisie. Je ne suis pas à plaindre - mais j'ai le luxe de pouvoir le faire.

Je pense à toutes ces échéances qui ponctuent ma vie, les bonnes, les mauvaises, et celles qui ne se sont pas encore révélées. Je me concentre sur celles sur lesquelles je peux agir. Je n’ajoute pas d’inconnu si je n’ai pas la place pour m’en occuper. Mais si ma vie est fade, je l’épice librement, avec du rêve, des rencontres, des voyages - et du jet lag véritable.

Je pense à la politique. Oui, je pense à Elon Musk et à JD Vence - ils sont beaucoup trop présents dans la presse pour qu’on les oublie. Je pense aux 27 pays de l’Europe, sans oublier la Suisse ni la GB. Je pense à nos voisins du sud, de l’est, de l’ouest. Je pense aux pays lointains dont les habitants ne sauraient pas poser Paris sur une carte. Je suis une quinqua française domiciliée sur la planète Terre, une habitante parmi huit milliards. Je ne suis pas seule.

Quelque part dans cette immense chaine humaine, je pense à donner le meilleur de moi-même - au moins quelques minutes par jour. Même si c’est pendant mon sommeil - et que j'ai dormi une heure de moins !

Véronique

Illustration de la lettre « Les choses en place »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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