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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 12 janvier 2025

Entre les deux ton cœur balance

J’ai noté que vous avez tendance à vous adresser à moi en tant qu’appui après (ou en même temps) avoir consulter des conseils et thérapeutes professionnels, de toutes sortes. Est-ce parce que plusieurs méthodes conjuguées ont un résultat plus performant ? Je pense que oui, et je suis moi-même du genre à attaquer les problèmes sur plusieurs fronts. Mais c’est aussi parce que tous nos problèmes ne viennent pas de nous. Ces émotions perturbantes, ce sont toujours notre environnement et notre cadre de vie qui les décuplent.

Mon petit doigt me dit qu’au-delà de nos difficultés individuelles, nous avons un questionnement générationnel et culturel. C’est d’ailleurs tout l’objet de mon blog : 1) mettre le doigt sur ce malaise que nous ressentons-nous, à nos âges, dans ce cycle de nos vies qu’est la cinquantaine, et ce qu’il implique pour nous toutes ; 2) inventer et construire des solutions ; 3) avec le sourire.

Le départ des enfants, la ménopause et l’alourdissement de notre corps, le besoin de nous révéler sur le plan public et professionnel (avant que la retraite ou la mise à l’écart ne sonne), l’ennui rampant dans notre couple, les falaises à gravir quand on est séparée, les couleuvres à avaler quand on est ambitieuse, l’aplanissement de nos désirs et passions (pas seulement sexuels), les craintes concernant l’avenir financier, la déconnection d’avec le mode de vie de nos enfants, la solitude affective tenace, le deuil de proches ou la maladie qui rode : tout cela prend une couleur particulière qui nous est propre, à nous les quinquas.

Il y a ce désir d’être performante et constructive (car quand même, il y a un sacré bon moment qu’on est sur terre, on doit bien être bonne à quelque chose), et cette crainte de ne pas l’être. De ne jamais l’être. Car nous ne sommes pas une génération de femmes qui s’est spontanément et systématiquement mise en avant. Même si l’air du temps aurait voulu qu’on le fasse, peu de femmes ont réussi à construire leur destin en ne plaçant pas leurs enfants au centre de leur vie.

Notre situation semble éphémère, entre deux modèles semés d’embûches : quelque part entre l’image de la mère malgré tout (du modèle de la recomposition familiale de la fin du XXème siècle), et celle de la femme mentale et stratège (du modèle post-familial du début du XXIème siècle).

Comme il est loin, comme il semble poussiéreux, mais comme il nous fait encore secrètement envie, le modèle idéalisé de la famille soudée autour de notre petite personne. Il nous a servi de manuel d’éducation et nous l’avons respecté. Mais il nous laisse désœuvrée une fois qu’il se rompt, dépourvue de représentation positive de l’avenir, manquant d’ambition et d’élan.

Bref : il est absolument normal de consulter et de discuter avec des professionnels de plusieurs spécialités quand on veut changer, tant nous voulons savoir dans quels sables mouvants nous mettons les pieds de nos existences. A ce propos, quand nous commençons à nous torturer, à franchement nous plaindre et nous lamenter, c’est l’envie d’une autre vie qui nous assaille. C’est un signe clair : le moment est venu de s’y consacrer.

Il est temps de nous remémorer que lorsque nous avons débuté la constitution de notre famille et organisé toute notre vie, privée et professionnelle, autour de nos enfants, nous ne pensions pas que cela ne durerait que le temps d’une génération. Lorsqu’ils partent, on tâche de les aider au mieux à s’orienter dans leur existence personnelle, étudiante et professionnelle… et on oublie que nous aussi, on a besoin de nous réorienter, de changer nos conditions de vie puisque notre vie n’est plus la même, et qu’elle ne le sera jamais plus.

Le départ des enfants inaugure donc une phase de vide et une phase de liberté qui n’ont rien à voir avec la vieillesse et qu’il va falloir aménager. C’est une étape majeure, plus importante finalement, que celle de la retraite : on peut y intégrer des objectifs professionnels, des rêves inaccomplis, des centres intérêts dont nous n’avions pas la moindre idée à 20 ou 25 ans.

Sans oublier de mettre en valeur ce que l’on a pratiqué pendant ces deux décennies où l’on a travaillé (même beaucoup) tout en considérant notre accomplissement maternel comme prioritaire, pour le meilleur et pour le pire. C’est tout l’avantage d’être mère de famille, quand on y pense : on peut avoir plusieurs carrières et se renouveler profondément à mi-vie, aux alentours de la cinquantaine.

Véronique

Illustration de la lettre « Entre les deux ton cœur balance »
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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