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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 5 janvier 2025

C'est quoi, une bonne année ?

La vie humaine est découpée en tranches. Celle des années est la plus célébrée et avec un peu de chance, on répétera 90 ou 100 fois nos bons vœux et nos objectifs, illusoires assez souvent, pour les 365 jours suivants. Nous sommes supposées décompter le fruit de notre activité au cours de multiples périodes prédéfinies : les jours et les nuits, les saisons, les 35 heures, les cycles physiologiques féminins, les âges optimums pour faire ceci ou cela. Le découpage du temps nous sert-il à mieux ronger notre frein ou à mieux doser nos efforts ? Je me le demande encore.

A la fin de nos 95 années vécues (34 675 jours, 332 200 heures), on aura sous le bras un grand panier plein de souvenirs, de rencontres, d'ennui, de déceptions, de patrimoine, de joie et de tracas. Tout ce qui aura rempli notre existence. Beaucoup de choses anecdotiques, finalement, qui ne comptent que sur le moment, mais aussi quelques phases d'élan véritable, qui sortent du lot. Ces étincelles vitales, qui nous définissent et nous révèlent, sont indispensables pour structurer la valeur que l'on a de nous-mêmes. Elles n'ont pas besoin d'être énormes, ni fréquentes. Elles ont juste besoin d'être.

On peut mener une vie très pleine, remplie de rendez-vous et de productions multiples, et ne jamais être en situation de "déclic", car on s'est auto-emprisonnée. On s'est interdit les périodes de procrastination, d'inutilité, de déception, de ratage, qui sont nécessaires pour que le plaisir d'exister puisse germer. Le sol qui est sous nos pieds contient les ferments qui feront pousser les arbres. Le vide qui est dans nos têtes contient les ferments de notre fertilité créative. Comme les enfants que l'on incite à se tordre d'ennui pour qu'ils apprennent à se motiver, à se mettre en mouvement, à inventer ce que seuls eux peuvent inventer, nous aussi devons accueillir nos phases d'insignifiance, d'absence, d'ombre.

Les définir, c'est déjà commencer à imaginer leur remède. Et après, il suffit de creuser. Au cours de la cinquantaine, on se sent parfois emmurée dans un vide existentiel (j'ai beaucoup écrit sur le sujet, vous pourrez regarder là). Contemplez-le, dessinez-le, narrez-le, il n'appartient qu'à vous-même et il a beaucoup de choses à vous apprendre. Tout cela pour vous dire que je vous souhaite une excellente année 2025... ponctuée de ces déclics qui valent vraiment le coup. Car si la vie y est tranquille et sans heurt, vous ne vous en souviendrez pas : on se rappelle surtout les tourments, des blessures, des surprises, des retournements, des disparitions.

La routine se diffuse dans la tisane du quotidien, devient transparente et finit par disparaitre. Seuls les hoquets de la vie sont notables et vous poussent de l'avant. Malgré vous, mais avec vous. Alors profitez-en : plongez dans l'inconnu, dans l'inaction, dans l'imprévisible, dans tout ce que vous redoutez et qui vous paralyse... puis rebondissez. C'est une bonne gymnastique qui vous mettra, littéralement, en forme. Pour ma part, je rôde toujours entre les nuages et le spleen poitevin, en m'en voulant de gaspiller mes heures si précieuses, mais ne sachant pas quoi faire d'autre.

Le soleil a abandonné cette région depuis des mois, mais je me force à fabriquer d'autres rayons, d'autres lumières, petit à petit. Mon père a renoncé une nouvelle fois à tous ses traitements à l'hôpital, il a l'air en forme... ça peut durer des semaines...jusqu'à ce que resurgissent les microbes tapis en embuscade, qui le précipiteront vers son dernier déclic libérateur. Vous et moi avons beaucoup d'années avant l'échéance de la mort. Alors libérons-nous, soyons pleinement en vie et extrayons le meilleur de nous-même en 2025 !

Véronique

Une femme coiffée d’un bonnet gris-beige jardine dans un paysage hivernal parsemé de calendriers et d’horloges.
Illustration créée avec l’IA pour Les Nouvelles Femmes, sous la direction de Véronique Mokski.

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