Lettre du dimanche · 22 décembre 2024
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La semaine dernière il m'est arrivé un truc insensé. J'ai perdu vos lettres. Presque toutes les réponses que vous m'avez envoyées ces deux dernières semaines auxquelles je m'apprêtais à répondre, tandis que je me libérais pour un ou deux jours de ces obligations familiales qui s'accumulent depuis un an. Quelques-unes d'entre elles sont encore là, bien protégées au fond de ma boite email, attendant que je m'installe devant mon ordinateur. Mais la plupart ont disparues. J'ai retourné mon téléphone et mon ordinateur dans tous les sens pour tenter de retrouver vos traces.
Rien n'en est sorti. Je m'en souviens, il y avait des amies françaises, allemandes et américaines, mais la grande majorité d'entre vous ne m'avaient jamais rencontrée - et réciproquement bien sûr. Pourtant j'adore correspondre avec vous, j'ai l'impression de vous connaitre, et perdre vos messages m'a bouleversée. Décidément il est temps que cette année se termine. J'essaye de trouver du positif dans ces événements tordus. Et j'en trouve : Mon père va décidément mieux, il a en quelque sorte ressuscité. C'est aussi miraculeux qu'éprouvant, et il se morfond en pensant à son avenir incertain.
Nous avons eu du soleil cette semaine, de temps en temps, après ce défilé de journées grises. Et puis je peux quand même vous écrire, même si je n'ai pas pu vous répondre... Noël me semble à des années-lumière, mais je vais malgré tout le préparer et recevoir la famille chez mes parents qui n'y sont plus, comme l'année dernière. Il a fallu que je regarde les photos de 2023 pour me souvenir que nous commencions notre périple hôpital-Ehpad il y a tout juste un an. Nous referons le même cérémonial cette fois-ci. La seule différence, c'est que mes cheveux, courts au moment de Noël dernier, ont drôlement poussés depuis. Et voilà. Cette année a été à moitié lente, car j'ai suivi le rythme de mes parents, bien moins énergiques de moi, et à moitié vive, car j'ai beaucoup avancé sur mes projets professionnels et d'insertion niçoise.
Ce weekend, j'ai voulu balayer cette sensation de semi-piétinement avant de conclure l'année. On est à Royan, ville autrefois opulente, détruite à 85% pendant la guerre, puis reconstruite dans les années 1950, dans un style moderne-minimaliste-fragile-pas-cher, qui commence tout juste à être vraiment compris, revalorisé, consolidé, classé et promu. Il a fallu des décennies pour que les habitants soient fiers de cette transformation qui avait défiguré leur habitat. L'architecture reste inégale, presque bancale, mais on sent que le désir de qualité et de pérennité reprend le dessus. C'est fascinant, très original parfois, je vous conseille d'y faire un détour.
Parfois nos vies sont comme Royan, dévastées puis renaissantes, avec des époques qui se suivent et ne se ressemblent pas. C'est une chance, j'en suis convaincue, qui nous transforme de l'intérieur et de rend plus solides que jamais. Bonne fêtes de fin d'années à toutes, je vous donne rendez-vous en 2025. Déjà un quart de siècle depuis le changement de millénaire, c'est dingue. Nous ferons le point sur ces 25 dernières années de nos vies d'adulte, et nous parlerons progrès, bien sûr !
Véronique

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