Lettre du dimanche · 15 décembre 2024
Caractère, caractères
Entre le début et la fin de la cinquantaine, la vie se transforme magistralement pour les femmes : outre la ménopause, la famille nous accapare puis nous délaisse. On se retrouve vide, vidée plutôt, et il faut trouver des combines, et même des systèmes entiers, pour réaménager sa vie. C'est comme si on réaménageait son intérieur, qu'il était potentiellement immense mais en grand bazar. Il y a quelque chose que j'aime particulièrement faire pour chouchouter mes méninges épuisées : du tourisme. Comme je suis scotchée ici dans le Poitou chez mes parents, je visite les petites cités de caractère du secteur. Il n'y a que la France pour nous réserver de telles surprises.
Partout où l'on passe, on peut y trouver de quoi se ravir les yeux et se dégourdir les jambes à proximité. Il y a quelques semaines, nous sommes allés voir l'abbaye de St Savin et la ville médiévale de Chauvigny. Hier, c'était Charroux, puis Lusignan, berceau de la fée Mélusine. Une amie nous a accompagnés, nous sommes tombés sur un marché de Noël anglais (les Britaniques ont colonisés la région du sud de la Vienne), et nous avons terminés la journée dans un merveilleux restaurant choisi au hasard, en pleine campagne - de ceux qui soignent le service, les vins et les mignardises.
C'était extra. Les petites cités de caractère ont le don de me requinquer, à n'importe quelle saison. Près de Nice, nous avons Biot, qui est un bijou. Le comité de tourisme nous y a donné un recueil de tous les sites français qui possèdent ce label, et depuis on s'arrête pour faire le tour de ces bourgades dès que l'on a l'occasion - en une, deux ou trois heures, selon notre humeur. Petit et avec du caractère... c'est aussi le cas de mon père. Lui qui voulait mourir dans l'heure et avait convoqué la terre entière pour lui dire au revoir, a réécrit ses directives anticipées de fin de vie sur son lit d'hôpital - pour faire plaisir à la cheffe de service qui voulait tenter un nouveau traitement. Il ne bougera plus de son lit mais restera encore présent avec nous jusqu'à 2025, c'est à dire quelques semaines.
Enfin, c'est ce qu'elle espère. Mes frères et moi avons été déroutés et secoués par ce changement soudain d'attitude, comme s’il ne nous faisait plus confiance. Mais après tout il s'agit de sa vie à lui... il a le droit de repousser ce qu'il veut, même s'il ne peut plus bouger. Bref, j'avais bien besoin de me changer les idées hier. La tension était à son comble la semaine dernière. Comment se déroulera notre fin de vie à nous, est-ce qu'on changera de conviction au dernier moment, par peur de la mort ou pour boire encore quelques gouttes de la vie humaine ?
Je me le demande. Je vais aller dans un espace de coworking cette semaine, répondre à vous toutes, et écrire un article de blog pour conclure cette année étrange et instructive, où j'ai noué de vrais liens avec ma ville d'adoption, Nice, qu'il a fallu quitter dans l'urgence. On est déjà le 15 décembre ! Dans dix jours c'est Noël. Quand j'étais ado, le temps était si long parfois. Désormais, même quand je m'ennuie, il passe à toute vitesse.
Véronique

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