Lettre du dimanche · 1er décembre 2024
Nice et bien plus
J'ai devant moi sur la table de la cuisine cinq bouteilles d'eau à moitié pleines (à moitié vides ?) récupérées dans la voiture, à mon bureau, dans le salon. A côté, des boites en plastique avec des médicaments périmés, de la vitamine C effervescente, un tensiomètre, des pansements achetés en Allemagne, des dizaines de dosettes de sérum physiologique. Des piles d'assiettes sur un chariot à ma droite. Et les cartons livrés par les déménageurs à ma gauche. Je ne veux pas me retourner - il y en a bien davantage derrière. Je suis cernée par les marques du départ.
Les déménageurs arrivent jeudi matin, ils emballeront tout ce que je n'ai pas emballé moi-même, selon une méthode inhabituelle : on ne fait pas que passer d'un endroit à l'autre, on stocke nos affaires dans un garde meuble, quelque part à St Laurent du Var, dans de grandes boites en bois blanc qui seront empilées les unes sur les autres jusqu'à ce qu'on se décide à réaménager. Un jour. Cela me déchire le cœur de quitter Nice, cette ville si chaleureuse. Ça n'est pas tous les jours que l'on se sent parfaitement bien quelque part. Cela me déchire le cœur de dire au revoir à mes amis rencontrés ici. C'est un vrai effort de construire des amitiés et de les entretenir. Cela me déchire le cœur de retourner à Poitiers.
Mon père nous y attend au CHU, où il est en train de mourir - son heure est venue. Je me dépêche, je me dépêche, je me dépêche, pour aller le retrouver. Mon fils rentre de Beijing pour lui dire au revoir, on prend ma nièce au passage à Aix, mes frères sont déjà là. Toute la famille sera réunie, chacun pourra lui parler. Sa voix baisse chaque jour, mais il a gardé toute sa tête. C'est juste son corps qui l'abandonne. Les médecins ont promis de tout faire pour qu'il tienne le coup, peut-être encore 8 ou 9 petits jours ? J'ai tellement de logistique à gérer que je n'ai pas le temps de me laisser aller.
Je ne pourrai penser à l'avenir que vendredi après-midi, quand nous remettrons les clés au propriétaire et que nous filerons vers cette part de mon passé qui s'éteint à petit feu. En attendant je fais les paquets, je contemple les orangers chargés de fruits, juste devant la cuisine, j'embrasse les voisins, je réunis les paquets de Kleenex. Flute, j'ai encore oublié d'annuler l'abonnement à la gym ! Ça va être une drôle de semaine. Et comment seront les semaines suivantes ? Un grand saut dans l'inconnu. Accrochons-nous. Je pars faire mon dernier tour de ville dominical, j'ai fait cela chaque dimanche matin depuis 3 ans, juste après avoir poussé le bouton "send" de cette newsletter.
Je vous emmène avec moi voir le soleil se lever sur le port, ensuite nous irons sur la prom', le cours Saleya, retour par la vieille ville. On n'ira pas très loin aujourd'hui mais vous serez bien au chaud dans ma poche. Sous les palmiers.
Véronique

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