Lettre du dimanche · 17 novembre 2024
Baisse de la natalité, chance ou cata ?
Il y a peu de sujets qui nous affectent autant sur le plan intime et sociétal que la baisse de la natalité. Même pour vous toutes qui lisez cette lettre après votre ménopause... et donc ne pouvez plus faire d'enfants. C'est exactement à notre âge que l'on réalise combien les enfants ont marqué notre passé personnel et collectif. Et ils vont continuer : notre futur dépend tout autant d'eux. Grâce à eux, on percevra, en principe, une retraite ad vitam aeternam, et on pourra se prélasser à l'hôpital sans débourser un seul centime pendant nos vieux jours. Nos enfants, par le biais des cotisations, impôts et contributions diverses qu'ils payent, vont faire en sorte que l'on puisse vivre et survivre sans trop se faire de mouron.
On a drôlement intérêt à ce qu'ils demeurent motivés et enthousiastes à l'idée de nous financer - il va falloir être attentives à l'idée de ne pas heurter leur sensibilité et leur sens du devoir intergénérationnel, sinon on va souffrir. Et pourtant, ils en auraient, des raisons de ne plus vouloir nous prendre en charge ! Les techniques de prolongation de la longévité sont de plus en plus variées et performantes, nos descendants voient bien que l'on pourrait vivre plus longtemps que prévu, et que l'on est prêtes à y mettre une partie de l'héritage. Le bouleversement climatique et tous les tourments environnementaux qu'il provoque est, et sera, absolument ruineux.
Un jour, nos petits loulous finiront bien par se poser la question de savoir s'il est préférable, autrement dit rentable, de protéger les arbres et les océans plutôt que les vieux et les malades... Et n'oublions pas que les déchets sont recyclables - pas nous. L'empowerment féminin pousse à amoindrir ou renoncer à la maternité et à ses contraintes réelles ou supposées. Autant de ressources en moins. Et l'argent non dépensé dans l'éducation des enfants pourra être réinvesti dans la retraite par capitalisation - une nouvelle société occidentale dans laquelle chacun sera tenté de financer la totalité de sa propre protection sociale se profile bet et bien. Et il ne faudra pas compter sur l'intelligence artificielle, dans laquelle nos enfants se plongent corps et âme, pour rapprocher les générations, les valeurs, les comportements.
Nous, on ne connait que l'intelligence naturelle, et encore, on a bien du mal à savoir si elle fonctionne vraiment. Parions aussi, sans cynisme aucun, que les lois sur la fin de vie vont évoluer très très vite, pour autoriser ceux qui souffrent, et qui un jour ou l’autre ne pourront plus s'offrir les baumes soulageant leurs souffrances, de les abréger au plus tôt. Le droit à mourir quand on veut pourrait devenir aussi important que celui de d'avorter quand on veut. Tout cela n'est pas une histoire d'éthique, ni de liberté, ni de progrès, ni de recul. C'est une histoire de budget.
Dans notre société consumériste, il faut avoir les moyens de vivre. Demain plus que jamais. Oui, la chute de la natalité, c'est un sacré problème. … Sauf si on transforme notre façon de vivre. Si on rétablit une solidarité avec nos propres enfants, pour s'entraider sur le plan intergénérationnel, de la naissance jusqu'à la mort. Si l'on redonne du poids à l'unité familiale, celle qui secoure, protège, prospère et que l'on retrouve la proximité physique qui s'étiole depuis deux ou trois générations. Si on recrée d'autres familles, non liées par la biologie mais par l'amitié, le besoin et le désir d'être ensemble, dans un cadre choisi, maîtrisé, adapté.
Si l'on adapte nos villes pour y vivre mieux, plus sereinement. Si on se serre les coudes et que l'on partage notre chaleur humaine, notre bon sens, notre désir que la vie humaine perdure. Nous les femmes seniors avons plus que jamais un rôle de lien et d'entraide à tisser. C'est à nous de tenir les rênes de l'évolution de l'existence, de la naissance à la mort - de l'arrivée, un jour, des petits enfants au décès, un jour, de nos parents. Soyons chaque jour attentives à faire fructifier ces attaches, pour qu'elles résistent à la secousse de la désintégration des systèmes sociaux d'après-guerre.
Le XXème siècle, celui qui nous a construites (de manière injuste et imparfaite, si l'on en croit nos filles), s'éloigne à grande vitesse. Il est temps de penser à l'avenir et nous, qui sommes pile au milieu de ces populations jeunes et vieilles, avons notre mot à dire. Et notre main à tendre. Voilà, c'était ma réflexion de ces derniers jours, à l'heure où mes parents rapetissent inéluctablement... alors que je dois pour de bon repartir à Nice et préparer ce déménagement qui me pend au nez. J'ai hâte d'avoir de vos nouvelles, n'importe lesquelles, cela m'évade de ce brouillard et des journées qui s'écourtent les unes après les autres. Mais je vois que le solstice approche.
Le 21 décembre sera le plus court de l'année, et après on reprendra de la lumière, ouf.
Véronique

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