Lettre du dimanche · 10 novembre 2024
Changement d'air, changement d'ère
Tout d'abord, merci merci merci pour vos messages, auxquels je répondrai dès j'aurai quitté le Poitou, en fin de semaine espérons-le. Je ne suis pas particulièrement débordée d'activités ni de rendez-vous, ces dernières semaines ont plutôt été entre parenthèses, incertaines, brumeuses, avec une atmosphère d'entre-deux, à la fois aube et crépuscule. Impossible de dire ce qui va émerger : le jour ou la nuit ? Dans quelques jours, croisons les doigts, je reprendrai la voiture vers Nice, avec mon mari qui m'a rejoint, et je sens, j'espère, que le ciel va se dégager.
J'ai besoin d'air. Même si je passe des heures dehors. En attendant, mon père va s'installer à l'Ehpad, définitivement cette fois. Personne n'avait prévu ça, tout s'est passé si vite, tout a été si difficile à digérer... mais voilà, c'est fait. Il entre dans la même résidence que ma mère, et pourtant il s'était juré, et nous avait fait promettre, de ne jamais y mettre les pieds autrement que pour lui rendre visite. Il a toute sa tête mais son corps le lâche. Elle a un corps solide mais perd sa tête. A eux deux, ça fait un parent plein et un parent vide. Je les regarde au plus profond d'eux-mêmes et j'apprends ce que c'est d'être vieux, d'être faible, d'être à la merci du temps qui passe.
L'entourage - mes frères et moi, les petits-enfants, leurs frères et sœurs et amis proches - leur sert de structure physique et leur permet de tenir et d'entretenir la vie. Chaque visite, chaque appel, chaque mini balade à deux est un sursaut d'oxygène qui coule dans leurs veines. Ils parlent de moins en moins, et pourtant j'ai grandi dans la conversation, les discussions, les opinions, les débats. Mon père a à peine réagit à l'élection de Trump - il n'a pas cherché à comprendre, ce qu'il aurait fait avec passion auparavant. Il a très vite accepté - sa propre situation, la situation nationale, la situation internationale - que pouvait-il faire d'autre ?
Les changements d'ère, ça peut aller très vite. Tout était déjà prêt, il suffit de trouver le bon bouton et d'appuyer dessus. C'est un peu de hasard, un peu de fatalité - et ça prend forme en deux temps trois mouvements. Quand la vieillesse me prendra, je serai prête moi aussi. Des êtres intimes tout proches, un lieu paisible, agréable et fonctionnel, du soleil et des arbres, je préparerai tout ça. Je ne veux pas avancer vers la mort à reculons. Je ne veux pas que mon entourage vienne me voir à reculons. La proximité humaine, c'est ce qu'il y a de plus précieux quand on arrive sur Terre, quand on y vit et qu'on y circule, et aussi quand on en part.
Peut-être que le weekend prochain je serai de retour à Nice ? Je dois préparer mon déménagement. Bon, on verra bien - et puis j'adore les surprises et les changements de dernière minute, ça met du piment dans la routine. Je vous raconterai ça, bien sûr ! Très bon dimanche à toutes, excellente semaine, profitez de ces arbres qui font tout ce qu'ils peuvent pour qu’on les regarde et qu'on les admire, au point de se dépouiller de leurs feuilles le temps d'une saison. Mais d'autres vont pousser, dans quelques mois à peine.
Véronique

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