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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 6 octobre 2024

Lisez-vous des livres ?

J'ai repris la lecture de livres "papier" en triant ceux de ma bibliothèque - alors que je prépare toujours mon déménagement. Je conserve mes ouvrages préférés et surtout ceux que je n'ai jamais ouverts, en me disant qu'un jour l'envie me prendra. Et effectivement, l'envie est venue. Mais j'ai passé, je le réalise maintenant, plusieurs années à lire sur écran. Quand j'y pense, je me dis que ça a été une vraie rupture dans ma vie imaginaire. J'ai lu des essais surtout, quasiment pas de romans. Et beaucoup d'études et d'articles sur tous les sujets qui m'intéressent.

Je n’ai pas terminé la plupart d’entre eux. Parfois j’ai commencé par le milieu, ou même par la fin. J’ai picoré. Abondamment. Mais en ouvrant ces vieux bouquins qui m'attendaient patiemment dans la poussière, je redécouvre des frissons oubliés. Je regrette ces heures passionnées, calfeutrée dans un plaid sur mon canapé, à ne faire que lire et tourner les pages si fines et tendres du papier, à corner les feuilles et tordre les couvertures, à tenir les romans à pleines mains comme si j'allais les manger. Je n'ai jamais fait ça avec mon iPad, ni mon téléphone.

Le contenu des livres, j'adore, mais ça ne suffit pas pour que je m'y plonge exclusivement pendant des heures. L'écran m'ordonne de regarder mes emails, de vérifier un truc ou deux ou trois sur Google, d'ouvrir d'autres fenêtres et d'autres applications. Il fait tressauter mon cerveau, au lieu de le concentrer sur une seule chose. Pour que le lien soit durable et l'attention continue, il me faut l'objet livre. Du bout de mes doigts, je perçois le frémissement des forêts, l'odeur des copeaux de bois, la texture de pâte à papier... le grain de ces feuilles souples, rêches, douces - voiles de cachemire, de lin, de papyrus, de riz.

Se plonger dans un livre, c'est retrouver les ponts invisibles entre la Nature et l'intimité. Je me souviens de mon fils, petit, lisant comme si sa vie en dépendait. Nous avons des dizaines de photos où il avale les œuvres choisies avec soin par moi-même, dans toutes les positions imaginables, y compris la tête en bas. Il plongeait dans un autre univers si facilement, par les doigts et par les yeux, entrainant tout son corps sans s'en rendre compte... Les romans imprimés nous interdisent de penser à autre chose qu'à eux. Ils sont très autoritaires, et très protecteurs.

Les ordinateurs, eux, nous poussent à chercher sans cesse, quitte à nous perdre. Qu'il est bon de confier notre corps aux pages calibrées et rassurantes cousues par un imprimeur, garnies de ces mystérieuses voyelles et consonnes brodées par un écrivain.

Véronique

Illustration de la lettre « Lisez-vous des livres ? »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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