Lettre du dimanche · 22 septembre 2024
Vous sentez-vous légitime ?
Ce dimanche matin j’ai décidé de faire une chose inhabituelle : je vous recopie l’email que j’ai écrit à Valérie, l’une d’entre vous, qui me questionne sur le sentiment d’illégitimité dans son métier de coach et sa tentation de cumuler sans cesse des formations spécialisées. Beaucoup d’entre vous gravitent autour du monde de l’éducation, du conseil, de l'information, de l'encadrement et du soin aux personnes - donc de l’accompagnement, au sens très large du terme. C’est normal, ce sont des activités où les femmes sont performantes, surtout à la maturité : nous sommes portées à nous baser sur les relations pour mettre en œuvre nos vies personnelles et professionnelles - les hommes s'intéressant davantage aux techniques et aux organisations.
Je connais bien ce syndrome de l’imposteur qui donne l’impression de ne pas être à la hauteur de sa tâche, de tromper son monde, de ne pas mériter sa rémunération, et qui se manifeste dans la procrastination et la paralysie - ou à l’inverse dans la dispersion et le cumul d’initiatives infructueuses. D'abord, le sentiment d’illégitimité est bien plus fréquent dans les fonctions où l’on a du mal à mesurer les résultats. La qualité des relations que l’on a entretenues est difficile à estimer et laisse une large part aux doutes. N'oublions pas non plus qu’être indépendante (et débuter son activité, comme c’est le cas de Valérie) augmente l’isolement et la nécessité de devoir prouver ses compétences.
Les salariées ont moins ce problème, évidemment, puisqu’elles ont des supérieurs directs et ne doivent pas se construire de clientèle. Enfin, il y a des métiers où les diplômes sont obligatoires, et là on ne peut pas tergiverser. Mais le flou qui entoure l'apprentissage du coaching est révélateur d'une chose : aucune méthode n'est plus performante qu'une autre, et le pragmatisme domine. C'est la relation de confiance entre deux personnes qui compte, basée sur le respect, la déontologie, l'expérience et l'efficacité. Ayant beaucoup de contacts avec celles d’entre vous qui sont des professionnelles de ces secteurs, je vous livre ici le fond de ma pensée concernant ce besoin latent de se justifier, qui souvent nous plombe.
Qu’il s’agisse de Valérie ou de n’importe qui d’entre nous. « Ce que j’ai appris de mes études et formations, de ma carrière et de mon expérience personnelle et bénévole, c’est que la légitimité s’acquiert surtout avec la pratique et l’expérience. J’ai vu des gens très diplômés douter d’eux-mêmes et induire le doute chez les autres. Car faire du bon boulot, c’est donner l’impression que l’on fait du bon boulot ET produire un résultat, quel que soit le doute que l’on a de nous-même. C’est adopter très volontairement une attitude confiante, être créatif et mettre en œuvre un fort esprit de déduction, reconnaitre quand on ne sait pas et continuellement se documenter, autant pour comparer que pour apprendre.
Aux USA ou en Grande Bretagne, on peut faire des études de lettres anciennes puis commencer une brillante carrière en finances, sans transition. C’est la capacité de réflexion et d’anticipation qui compte, de même que l’adaptation ultra rapide à un nouveau milieu. Le coaching, c’est cela avant tout, beaucoup plus que de d’empiler des méthodes spécialisées : savoir replacer les problèmes dans un contexte, pratique, affectif, intellectuel… tout compte. Je suis des personnes dont je ne connais absolument pas le métier, le passé ni la famille, mais que je rattache à une façon de faire globale que je cherche passionnément à comprendre. Donc Valérie, pour en revenir à ta question, je te conseille de pratiquer, encore et encore. C’est comme l’écriture : il faut réfléchir et pratiquer, encore et encore.
Comme l’écriture, le coaching s’appuie sur des mots. Il faut être sûre de son vocabulaire (c’est l’outil de base du coaching), être claire (surtout évite les sous-entendus et les formules vagues) et rechercher systématiquement la clarté chez l’autre, jusqu’à temps qu’il ait parfaitement compris ce qu’il voulait vraiment dire. On n’aide l’autre que si on le comprend, au sens logique du terme, sur tous les plans : mental, émotionnel et culturel. En pratique, c’est accompagner l’autre jusqu’à ce qu’il se comprenne lui-même. Je ne suis pas quelqu’un qui a suivi des formations spécialisées en coaching, qui d’ailleurs ne correspond à aucun parcours universitaire identifié.
J’utilise pour ma part un peu mes études en communication et surtout mon expérience en journalisme, de maman et de contexte multiculturel, beaucoup plus que les cours spécialisés que j’ai reçu… et qui sont précisément beaucoup trop spécialisés pour la réalité des problèmes rencontrés. Nous ne sommes pas des médecins (qui de toute façon sont également remis en question, puisque très souvent nous ne suivons pas leurs conseils), nous ne sommes pas non plus de psychologues, ni des devins, ni des thérapeutes. Nous sommes avant tout des personnes capables de repérer une ou des problématiques dans un ensemble de faits complexes, de distinguer ce qui est important de ce qu’il ne l’est pas, de susciter des prises de conscience nouvelles et de pousser à l’action adéquate.
Nous sommes donc des professionnelles du dialogue fructueux. Nous possédons l’art de poser des questions nouvelles, et de guider l’interlocuteur jusqu’au moment où il va totalement et sincèrement y répondre. Jusqu’au moment où il va accepter la réalité de ce qu’il dit. Contrairement à ce que l’on entend partout, il me semble que c’est la pratique du coaching d’un certain détachement intellectuel, puisque nos clientes sont fréquemment enlisées dans des courants émotionnels, des impressions, des croyances, beaucoup plus que basées sur des faits. Si l’on a besoin d’être coachée, c’est bien parce qu’on est bloquée quelque part.
La personne coachée VEUT avancer, et c’est formidable. On repère donc le chemin sur lequel elle se trouve, et on marche un peu avec elle, le temps de traverser ces buissons piquants qui l’empêche d’avancer et qui lui coupent la vue de la suite du parcours. Donc Valérie, lance-toi. Trouve ton style de travail, celui qui te rend à l’aise et performante. C’est typiquement ce que je fais avec mes lectrices lorsque qu’elles me sollicitent : je les aide à rectifier leur posture publique et/ou privée pour qu’elles soient efficaces, sûres d’elles-mêmes pour de vraies raisons, et confiantes dans le fruit de leurs efforts.
Tu me dis que le fil rouge de ta vie, c’est d’informer et d’accompagner. Tu es donc à la bonne place ! Sois courageuse, accroche-toi, fais-toi connaitre et continue ». Conclusion : Pratiquez (même sans être rémunérée), autant que vous apprenez (même sans obtenir de certifications). Vous devez vous construire une réputation - et tous les moyens sont bons. Cela me fait penser à notre position de mère : on a systématiquement pratiqué ET appris sur le tas. Aucun diplôme n'existe pour être maman, même si on passe notre temps nous former ; c'est notre bonne volonté qui compte, l'adaptation aux circonstances... et le plaisir d'être entourée d'enfants et de grandir avec eux.
Véronique

La lettre du dimanche
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