Lettre du dimanche · 1 septembre 2024
Croissant de lune
Elle est si fine, la lune ce matin. Presque horizontale, très nette dans le ciel bleu marine, juste au-dessus de trois palmiers anthracites. Comme les jours raccourcissent - alors que les températures ne bougent pas d'un poil. Je me souviens de cet étrange parcours de la lumière solaire des zones tropicales ou équatoriales. L'aube ou le crépuscule y sont ultra rapides et n'apportent pas de répit thermal. En Europe, on a cette heure excitante et inquiétante, "entre chien et loup", où l'on ne distingue ni la réalité du jour ni celle de la nuit, où la brise étend un instant son voile, avant que ne surgissent la fraicheur, la rosée peut-être, et les frissons toujours.
Je suis très sensible à la vie atmosphérique. Il parait que plus on vieillit, plus on l'est. (En réalité, le murmure du ciel est toujours présent, mais on apprend à l'oublier quand on est adulte). Les bébés, eux, le sentent et le comprennent très bien. Les vieillards en parlent comme d'une fatalité qui peuple la longueur du temps, qui colore un peu le vide de ces heures toutes égales. Je vous écris ce matin devant ce paysage immuable, alors que ma vie va basculer. Nous déménageons dans 3 mois pile (notre contrat de location arrive à terme) et avons décidé de ne pas relouer ni acheter de logement à Nice.
Nous allons être sans domicile fixe pendant l'hiver et le printemps. On ira voir mes parents qui m'occupent de plus en plus de temps, mais aussi le père de mon mari près de San Francisco. Puis nos amis en France, en Allemagne et aux USA. Et on peuplera nos jours de voyages, en Amérique du Sud et en Asie. ... Mon mari et moi sommes indépendants professionnellement, mon fils est à Pékin pour un an, nous attendons la résolution d'un conflit juridique éreintant qui n'en finit pas... nous avons besoin d'un bol d'air pour nous recadrer sur le cycle de notre vie.
On a réalisé que c'était la solution idéale pour la période à venir : mettre nos affaires dans un entrepôt et partir quelque temps. Nous changer les idées, ou plutôt engranger de nouvelles idées, de nouvelles expériences, de nouveaux espoirs. Le ciel se rappelle à nous, qui aimons tant les voyages. Nous reviendrons à Nice, cette ville tendre et colorée, si chaleureuse. Hier encore nous étions en train de grimper les escaliers qui parcours les villages médiévaux du Mercantour. Que de paysages magnifiques. Les semaines à venir vont être riches et pleines. Et j'ai hâte d’accompagner celles d'entre vous qui ont besoin de vivre, en vrai, cette transition à laquelle elles aspirent.
De quoi sera-t-elle faite ? Voilà une question passionnante. Bien entendu, je vous raconterai les rebondissements de tout ça. En attendant, je vous souhaite un bon dimanche et une excellente semaine. Au plaisir de vous lire, comme d'habitude. (Mais que ferais-je, qui serais-je, sans vos lettres ?)
Véronique

La lettre du dimanche
On continue dimanche ?
Chaque dimanche matin, je vous écris sur nos vies après 50 ans. Sur ce qui m’arrive personnellement... sur ce qui nous arrive collectivement.
D’une lectrice à l’autre
Vous pensez à quelqu’un ?
Faites-lui plaisir et faites-lui découvrir Les Nouvelles Femmes !