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Les Nouvelles Femmes

Lettre du dimanche · 18 août 2024

Grands départs

Cette semaine sent comme la fin de quelque chose. Des séparations se profilent. Des adieux vont se faire. C'est LA semaine où on se prépare pour l'année qui vient, car elle commence bien plus à la fin de l'été qu'au début de janvier. Alors avant de repartir vers l'avenir, on se dit au revoir. J'ai dit au revoir à mes parents, dont la santé a trouvé un nouveau répit, une fois de plus. Au revoir à des amis mexico-roumains rencontrés à Nice, qui déménagent à Madrid précipitamment : lui commence un nouveau travail, elle est enceinte et ne pouvait plus attendre davantage pour prendre l'avion, selon la sage-femme.

Je n'ai pas pu dire au revoir à ma voisine Katia, qui vient de décéder d'un triple cancer. C'était une femme exceptionnellement belle qui s'était spécialisée dans le luxe. Née de parents juifs en Algérie, elle avait dû s'enfuir précipitamment en 1962 lors de la déclaration d’indépendance, en bateau, alors qu'elle était adolescente. Tout à l'heure, nous dirons au revoir à nos amis de Chicago, débarqués à Nice de façon impromptue, dont le fils unique et le mien ont noué des liens indélébiles à la piscine à l'âge de 6 ans, et avec qui nous sommes restés très proches.

Étudiants brillants, ils avaient quitté Calcutta sans un sous en poche pour venir faire un doctorat au Nebraska, un autre monde. Depuis ça, nous sommes particulièrement sensibles à la culture indienne - bengalie en l'occurrence. Le prochain aurevoir, qui me serre la gorge, sera à mon fils chéri lui-même. Il repart vers d'autres aventures, après 4 ans du côté de Boston. Prochaine destination Beijing, pendant un an. Il prend l'avion mardi. J'ai toujours aimé, protégé, les voyageurs. Les émigrés. Les immigrés. Les premiers partent de leur propre chef, les autres y sont forcés.

Tous apprennent à combler le vide de la séparation et la douleur de la solitude en ouvrant grand les yeux et le cœur sur l'inconnu. Tous apprennent à construire d'autres liens, des liens solides qui franchiront les drames, la distance, les années. Tous développent un incroyable sens de l'observation et de l'anticipation. Ce matin, j'ai une pensée particulière pour celles d'entre vous qui disent au revoir à leurs enfants. Je vous souhaite, et je leur souhaite, le meilleur. Partir, repartir, c'est dur, c'est excitant, c'est bouleversant, cela remue en profondeur - cela vaut toujours le coup.

Véronique

Illustration de la lettre « Grands départs »
Illustration créée par l’IA pour Les Nouvelles Femmes.

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